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phantom of the paradise

phantom of the paradise

phantom of the paradise

Swan, l'affreux producteur de la célèbre maison de disque : Death Records, rêve d'ouvrir le Paradise, le palais du Rock, lieu dont il sera l'unique dieu, où il pourra passer les groupes qu'il choisit, où le public viendra en masse, bref, un lieu où l'argent coulera à flots (dans ses poches)... Devenu une idole, il impose ses choix en matière de musique et le public le suit. Il n'hésite pas à broyer les artistes dont il s'est servi pour satisfaire sa soif de gloire et d'argent. Et le naïf compositeur, Winslow Leach, comme tant d'autres, se laisse manipuler par Swan. Lui promettant de diffuser sa musique, Swan lui vole les partitions de sa cantate sur Faust, l'envoie en prison, lui fait arracher les dents et fait chanter sa chanson par le groupe en vogue du moment : les Juicy Fruits.
Hors de lui, Winslow Leach s'échappe de la prison et tente de se venger . Mais il ne sait pas à qui il s'attaque...


phantom of the paradise

D'emblée, on est surpris : Brian De Palma ne nous a pas habitué à ce genre de film. C'est d'ailleurs la seule comédie musicale qu'il aura réalisée.
Son film débute sur une scène des plus kitch. On y voit un groupe de rockers, banane et creepers, chemises roses et pas de danse ridicules, brailler à la manière des Rubbets une chanson niaise et gaie qui aurait pu faire partie d'un album des Beach Boys.
Le ton est donné, les personnages évolueront dans cet univers de néons roses et de paillettes fluos. Et ils sont kitchs les personnages, tous plus glamour les uns que les autres, à commencer par Swan, le maître des lieux, qui est un beau spécimen à la chevelure d'or, mélange de Dave et d'Andy Warhol. Joué par Paul Williams, il provoque chez le spectateur un certain malaise, tant par son physique (on se demande parfois s'il est fille ou garçon) que par son attitude. Bref, il est glauque et tient parfaitement bien son rôle de producteur véreux, manipulateur et qui n'accorde aucune importance à la qualité de ce qu'il produit, pourvu que ça plaise.


phantom of the paradise

Dans cette critique de la société culturelle de l'époque, Brian de Palma n'épargne personne, ni les chanteurs dont l'unique but est d'être stars (tiens, ça a soudain comme un air de modernité tout ceci...), ni le public, avide de sensation qui gobe tout ce que Swan leur présente, ni les journalistes.
Tous sont ridiculisés et bien ancrés dans l'époque. Ainsi les artistes qui passent devant la caméra sont stéréotypés : Winslow Leach a de faux airs de lennon, Beef est un somptueux mélange de Queen, de David Bowie, et son groupe, proche de l'esthétique d'Alice Cooper, a l'odeur et l'absence de saveur de Kiss... Et tout ceci pour notre plus grand plaisir.
Seuls la douce chanteuse, phoenix, d'une extrême simplicité, et le fantôme du Paradise, impressionnant de fragilité et de souffrance avec son masque d'oiseau brisé, ses dents d'argent et sa voix cassée, ne sont pas ridiculisés et s'en sortent grandis. Les deux seuls en fait qui ne participent pas à cette société d'apparence, les seuls qui sont intègres et ne vivent que pour leur art.


phantom of the paradise

Brian de Palma ne manque pas d'humour, et n'hésite pas à mélanger des scènes mélancoliques à des scènes comiques. Il se sert de la naïveté de son personnage de compositeur pour distiller ça et là quelques pointes comiques, ce qui ajoute à la cruauté du producteur.
D'ailleurs, le sujet a lui seul suscite l'émotion : un artiste qui ne vit que pour son art se voit dépossédé non seulement de son oeuvre, mais aussi de son amour. Mais dès qu'une scène (montrant par exemple la souffrance du compositeur) se charge d'émotion, il la coupe et s'en suit une scène absurde. Le film est ainsi haché, de sorte qu'on ne se laisse pas envahir par les sentiments et qu'il ne nous laisser pas l'occasion de s'apitoyer sur l'artiste maudit ou de se laisser envahir la beauté de la voix de la jeune première.
De même en cinéphile averti, le réalisateur fait quelques clins d'oeil qu'il détourne également à sa façon à d'autres réalisateurs, et notamment à Hitchcock. Ainsi la scène de douche de Psycho est rejouée plan par plan, avec à la place de l'héroïne, le rocker efféminé Beef, à la place du tueur, le fantôme du Paradis, et en guise de couteau : une ventouse !


phantom of the paradise

Ainsi, dans "Phantom of the Paradise", les sentiments, les actions, les personnages, les situations sont extrêmes et extrêmement kitchs. Brian De Palma a réussi son pari, faire un drame musical où il mélange comédie et horreur, où l'audace côtoie le sérieux. Certaines scènes sont sublimes.
Mêlant l'histoire de Faust et celle du Portrait de Dorian Gray, il réussit à susciter de l'émotion sans être larmoyant et fait une véritable critique du milieu du show biz. Ceci avec légèreté et originalité.
Le seul bémol serait peut être la bande originale, composée justement par Paul Williams, alias Swan, qui n'est pas de la qualité de la réalisation... bien qu'elle colle bien à l'image.
Je vous conseille donc ce petit bijou musical fait de strass et de diamants, qui se laisse regarder avec délice.


bloodyjane

Affiche(s)

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