* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

carnival of souls

carnival of souls
Aka: le carnaval des âmes, corridors of evil

carnival of souls

Le film démarre fort : Une bande de jeunes décident de faire un concours de vitesse en bagnole. Filles contre garçons ! Qui gagnera ? ... Et bien personne. Car la voiture des filles tombe du pont directement dans l'eau (qui a dit "femme au volant..." ?). Alors que les secours, après de vaines recherches, perdent espoir et s'apprêtent à drainer l'eau pour retrouver les corps des demoiselles, une jeune femme émerge de l'eau, choquée et noire de vase. Son regard est livide.
C'est cette jeune femme blonde que nous allons suivre tout au long du film. Cette jeune femme talentueuse qui décide, pour oublier le passé, d'aller vivre dans l'Utah, au bord de la mer, où elle trouve un poste d'organiste d'église. Depuis lors, cette jeune virtuose va vivre une série de phénomènes paranormaux contre lesquels elle est impuissante...


le carnaval des âmes

1962. Le film est en noir et blanc. Et on peut dire d'emblée que Herk Harvey nous a concocté un sacré petit bijou. Pourtant à petit budget, le film est une belle réussite.
D'un point de vue esthétique d'abord. Le réalisateur a assemblé les scènes avec un certain talent. Les images et les univers se succèdent les uns après les autres, donnant une atmosphère particulière au film. Les espaces semblent confinés qu'ils soient des décors intérieurs ou extérieurs, la caméra les rend clos, angoissants, étouffants. Et il semble que chaque lieu est possédé par des forces occultes, que chaque lieu oscille entre le monde des vivants et le monde des morts... et que notre héroïne ne peut échapper à ces phénomènes qui tentent de l'emprisonner.


carnival of souls

Ainsi, le personnage semble pris dans une gigantesque toile, dont elle tente de s'échapper où les choses, les êtres, et même les espaces lui paraissent hostiles. Tout ceci est angoissant et donne le sentiment que cette jeune femme, de plus en plus fragile, ne peut échapper à son destin. Admirablement, Herk Harvey balance son personnage entre le rationnel et l'irrationnel, jouant des décors, mais aussi avec les effets sonores. Pendant de longues scènes où la jeune fille devient invisible pour les autres et perd complètement pied, le film devient muet. On se retrouve ainsi plus proche du personnage qui n'entend pas et ne peut se faire entendre. Implicitement, on comprend alors qu'elle s'éteint petit à petit, et lorsqu'on entend, comme le personnage les piaillements des petits oiseaux, on comprend également qu'encore une fois, elle réussit à réintégrer le monde normal...
Le son participe intégralement à l'ambiance et parfois des pans entiers de films ont pour seul fond sonore une musique d'orgue, angoissante, qui rappelle la présence d'âmes hostiles...


le carnaval des âmes

D'ailleurs, le film emprunte beaucoup à l'atmosphère de certains films expressionnistes. Il a parfois la saveur d'un "Nosferatu", notamment lors de l'apparition de morts, qui tiennent plus d'ombres que de zombies. Et tout l'art du film est là ! Les morts apparaissent, disparaissent, dans des reflets de vitres, dans des miroirs, au milieu de la pièce, dans l'eau... âmes furtives, elles peuvent parfois autant effrayer le spectateur que la principale protagoniste. Et on comprend alors pourquoi celle-ci sombre dans la folie.
Et le réalisateur maintient subtilement le spectateur dans le doute, du début à la fin (même si à la toute fin, il nous délivre la clef de l'histoire), on ne distingue ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui tient de l'imaginaire de notre organiste... Il nous laisse dans le flou total. Car les personnages qui gravitent autour de l'héroïne sont certes un peu stéréotypés, mais ils semblent normaux, évoluant eux mêmes dans un monde normal, mais dans un monde qu'on sent parallèle à celui de l'héroïne. Bien que parfois, le réalisateur introduit habilement une confusion.


carnival of souls

Ainsi, tout au long du film, le réalisateur joue habilement de sa caméra et du spectateur. Il nous offre un film d'horreur atypique, où la confusion est de mise. Tant et si bien que l'on s'interroge durant tout le film, et que les interrogations se poursuivent après la fin. Il fait partie de ces films qui sont subtilement ouverts, qui ne se terminent jamais pour le spectateur, pour lesquels on a envie de dire à son voisin "et toi, tu y as compris quoi ?"
Le personnage principal est rendu attachant par l'impuissance qu'il a à se débattre parmi les âmes qui le torture. Ce qui facilite d'ailleurs l'identification du spectateur.
Le tout est parfaitement bien orchestré, les acteurs jouent de façon correcte, le maquilleur n'a aucunement à rougir des effets spéciaux, qui sont réussis. Les morts vivants ne sont pas ridicules, ils sont bien sûr moins impressionnants que ceux du premier Romero, mais parfaitement honorables. Distants, ils bénéficient même d'une certaine classe. L'idée est originale, il s'agit, à ma connaissance, des premiers zombies amphibies du cinéma.
Il n'est donc pas étonnant que ce film en ait époustouflé plus d'un (dont moi) et qu'il ait constitué une influence majeure pour d'autres réalisateurs (et notamment David Lynch).
Un petit bijou donc, à voir et à revoir !


bloodyjane

Affiche(s)

jaquetteposteraffiche