* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

it's alive

it's alive
Aka: le monstre est vivant, baby killer

it's alive

La petite famille Davis attend la naissance de son deuxième enfant avec bonheur. Et c'est dans la nuit que celui ci décide de montrer le bout de son nez. Après avoir amené leur premier fils Chris chez un ami, le couple David se rend à l'hôpital pour l'accouchement.
Le classique : pendant que la femme souffre le martyre sur la table d'accouchement, les pères se retrouvent dans la salle d'attente et discutent pour passer le stress, en fumant une petite clope (en ces années 70, il était autorisé de fumer à l'hôpital).
Lorsque Frank retourne vers la salle pour épauler sa femme pendant l'enfantement, les choses s'accélèrent. Il voit, étendu sur le sol, devant les portes battantes, un infirmier ensanglanté. Paniqué, il se précipite vers la salle d'accouchement, et constate avec horreur que tout le personnel médical a été sauvagement massacré, que son bébé a disparu et que seule sa femme est encore vivante...


le monstre est vivant

Le père de la série télévisée "Les Envahisseurs" (qui a débuté en 1967), Larry Cohen frappe une fois de plus avec un concept original. Pour son premier film d'horreur, il choisit de mettre en scène un bébé tueur. Un nouveau né monstrueux, aux griffes et aux dents acérées, aussi féroce que vorace. Et bien entendu, ce petit bébé, tout le monde le rejette...
Comme pour "les envahisseurs", on sent bien qu'il s'agit là intrinsèquement d'une satire sociale. La société n'accepte pas la différence et ne laisse aucune chance au bébé monstre, son souhait étant de se débarrasser purement et simplement de la chose gênante, de l'anéantir et de l'oublier. De même Larry Cohen en profite pour dénoncer la dérive de la science poussée à outrance qui peut s'avérer dangereuse pour l'humanité. De nombreuses allusions sont faites au célèbre Professeur Frankenstein. Le personnage principal s'identifie même à ce savant fou qui a engendré un monstre. Mais la critique ne s'arrête pas là, le pauvre père du bébé, traqué par les journalistes, se fait congédier d'une manière peut élégante par son patron, dans le style "vous comprenez.... notre agence de communication... quelle publicité ! les clients"... Il évoque la médiatisation à outrance des faits divers, la pilule, l'avortement... Bref, c'est l'occasion pour Larry Cohen de mettre à mal le monde dans lequel il vit.


it's alive

Mais revenons plus spécifiquement au film. L'intrigue est très simple. Pas de fioriture, elle est linéaire. Le bébé tue tout ce qui bouge (le laitier, le chat, l'ami...), sauf sa famille. Le père a dû mal à accepter et passe la moitié du film à renier son fils. La mère garde son instinct maternel et tente de cacher son enfant. Et la police et les scientifiques traquent cet enfant, mais dans des buts différents, les uns pour le tuer, les autres pour l'analyser. Les relations entre les personnages sont difficiles à cerner. Larry Cohen a choisi de développer peu d'émotion, tout au moins pour une grosse moitié du film. Ainsi, on se demande au début, lorsque Madame est sur le point d'accoucher comment le couple peut être aussi zen : ils sont tout léger, comme s'ils partaient à la plage... Et durant tout le film, leurs réactions semblent peu appropriés aux évènements qu'ils vivent. Le père surtout est imperméable aux émotions. Et la distance qui le sépare à la fois de sa femme et de son enfant ne semble pas le toucher plus que de mesure...
Cette austérité entre les personnages donne une atmosphère froide, neutre, presque rigide au film. Ce qui fait que le spectateur est incapable de s'identifier et de se laisser porter par l'émotion. Cette absence de sentiment rend effectivement le bébé inhumain. A tel point qu'on n'est nullement choqué de voir un nouveau né traqué par l'armée, ou de voir un père tirer une balle dans le ventre de son enfant.


le monstre est vivant

Bon effectivement, il faut dire que le bébé monstrueux n'est pas "mignon"... D'ailleurs, il n'apparaît que sporadiquement. Là aussi Larry Cohen a préféré la discrétion. Bien souvent il ne reste que quelques secondes sur lui, ou préfère filmer en caméra subjective, au ras du sol, en brouillant le décor. Il apparaît donc réellement comme une chose presque rampante. On ne voit jamais l'enfant tuer ses victimes. Les meurtres ne sont pas filmés directement, ils sont suggérés par une ambiance sonore ou par quelques traces de sang. Le bébé monstre ne sera humanisé qu'à la toute fin lorsqu'on l'entendra enfin pleurer (ouf ! il était temps !). Ceci dit, d'un point de vue des effets spéciaux, le monstre est réussi. Malgré un budget très serré, la marionnette est très laide certes, mais pas ridicule.
C'est au niveau de la réalisation que le film pêche le plus. Parfois, on a le sentiment d'être dans un téléfilm tant celle ci est neutre. Elle n'a pas d'esthétique particulière, on n'y retrouve pas le "petit plus", l'atmosphère, qu'on peut retrouver chez certains autres réalisateurs (si on le compare par exemple à Polanski pour "Rosemary's Baby", sur le même thème du bébé néfaste)... Dommage.


it's alive

Ainsi, bien que Larry Cohen sait s'entourer (notons que la musique est de Bernard Herrmann et que les acteurs jouent parfaitement bien leur rôle), bien qu'il ait de bonnes idées, la réalisation reste quelque peu à la traîne. Une bonne partie du film s'étend en longueur et on déplore le manque d'action, ainsi que la linéarité de l'intrigue.
Le parti-pris de ne laisser aucune émotion transparaître, de ne jamais filmer de scènes qui pourraient choquer, rend le film lisse. Pourtant, l'idée est bonne, et la mise en scène aurait pu rendre le film subversif. Car, tout de même, voir un bébé tuer et se faire traquer par l'armée devraient choquer ou dérouter ! alors que là tout au plus on se dit que c'est bien fait pour lui, qu'il n'avait qu'à pas bouffer le chat...
Bref, d'autres films mettant en scène des enfants tueurs sont bien plus choquants. Je pense notamment à "quien puede matar a un nino ?" qui est profondément percutant et dérangeant.
Larry Cohen, bien qu'il ait obtenu le prix du jury d'Avoriaz pour "It's Alive", n'a pas réussi un coup de maître et c'est bien dommage...
Il reste que malgré tout, "It's Alive" est un petit film divertissant qui se laisse regarder sans trop se poser de questions.


bloodyjane

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