* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

mah nakorn

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Aka: citizen dog

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Pod, un jeune homme distrait, quitte la campagne thaïe pour aller à la ville, persuadé qu'il aura alors une queue, comme le lui avait dit sa grand mère. Quand il arrive à Bangkok, il trouve un petit boulot dans une usine de découpe de poissons. C'est alors qu'il se coupe l'index, et que son doigt se retrouve enfermé dans une boîte de sardine. Désirant le retrouver, il part à sa recherche et achète le plus de boîtes possible. Il le retrouve pas hasard, et le remet en place. C'est alors qu'il se rend compte que ce n'est pas son doigt, mais celui d'un collègue de travail, Yhod. Ils échangent leur doigt, et décident de changer de travail, par peur que cela ne se reproduise un jour.
Pod trouve un travail d'agent de sécurité ou il surveille un ascenseur. C'est alors qu'il rencontre Jin, une jeune femme de ménage maniaque, qui passe son temps à lire un livre sans couverture qu'elle ne comprend pas.
Et Pod tombe littéralement amoureux. Mais est ce bien réciproque ?


citizen dog

En fait, Wisit Sasanatieng va, sur ce film, travailler le motif, un peu à la façon d'un peintre.
Motifs visuels, motifs cinématographiques, motifs narratifs : "Citizen Dog" est un immense patchwork enchanteur.
Le visuel d'abord : la lumière est assez typique au précédent film du monsieur ("Fah Talai Jones"), se basant sur un fort contraste et des couleurs saturées. On distingue cependant des nuances de traitement entre les couleurs de la ville et de la campagne. La ville (en extérieur) a moins de contrastes, si ce n'est les personnages qui se détachent littéralement du fond. Alors que dans les villages, la lumière se sature à outrance, toutes les couleurs sont pétantes, presque agressives, voir vidéo-ludiques.
La ville fantasmée par les personnages (tous campagnards à l'origine) est finalement plus terne que la campagne, même s'il s'y passe des choses extraordinaires.


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Mais la ville est aussi l'occasion d'explorer des symboles, des motifs répétitifs encore une fois : il suffit de voir les décors, les murs , les sols, les objets. D'une tapisserie à motif 70's à l'enchaînement des boîtes de conserve Campbell ou des boîtes de sardines, tout est sujet à la répétition et à la saturation de l'écran. Saturation qui n'est pas gênante, mais qui surprend par son caractère systématique.
Plus étrange : on voit beaucoup d'affiches de cinéma thaies peintes, de vieilles images d'illustrations couvrant les murs et les building... mais aucune photographie hormis une photo de Ben Ladden à la une d'un journal (et quelques photos de Jin à un moment, mais intégré à l'histoire, et non pas en tant que décor). Et la télé ne propose que des images de manifestations et de répression policière.
Pod, Yhod et Jin vivent dans un monde indécis entre le fantasme et ces étranges rappels à la réalité qu'ils ne semblent de toute façon pas voir.


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A la saturation des motifs visuels s'ajoute les motifs cinématographiques. Le film est présenté sous la forme d'une multitude de petits tableaux entrecoupés par des écrans noirs, un peu à la façon du cinéma muet. Chacun de ces tableaux répond à une forme plus ou moins particulière, et est une petite histoire à lui seul : ainsi, la narration de la réincarnation de la grand-mère de Pod prend la forme d'une chanson diégétique, d'une sorte de vidéoclip. Le générique est lui une sorte de comédie musicale. Et chaque partie du film se détache ainsi de la précédente.
Mais l'éclectisme des tableaux est lié par la structuration de la réalisation. Les plans, souvent assez frontaux et statiques, mettent en perspective avec des focales déformantes de type "grand-angle". Ils sont généralement bien construits, soignés (peut être même trop) et se répètent souvent (Pod donnant un coup de pied dans une boîte de conserve, la "petite Ma" fumant des cigarettes ou buvant son biberon).
Finalement malgré l'aspect vidéo-clipé et saturé (forcément un peu à la mode), Wisit Sasanatieng cache un sacré bon réalisateur : c'est dans la simplicité qu'il nous montre son talent, que farde un peu la débauche de lumière et d'effets de caméra.
Ajoutons à cela qu'il sait s'entourer, puisque les acteurs sont tout simplement parfaits. On retiendra la présence charismatique de Mahasamut Boonyaruk qui incarne magistralement Pod avec son air de ne jamais être vraiment là. Un peu à côté de la plaque.


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Pour l'histoire, difficile de raconter "Citizen Dog" tant le film prend la forme d'un rêve surréaliste. On y croise autant de situations improbables (l'échange de doigt, la construction d'une montagne de bouteilles en plastique, etc.) que de personnages fantasques (du motard mort-vivant en passant par le gecko à tête de mamie, ou encore un ours en peluche qui parle et fume des cigarettes). Et là encore, le film est basé sur des motifs : utilisation de l'anecdote à outrance, du surréalisme, de l'imaginaire enfantin. Autant de motifs qui reviennent continuellement à la charge.
Finalement, tout cela mis ensemble fonctionne à merveille.
Mais il y a un hic, qui est inhérent à ce présupposé : l'effet patchwork. On saute d'un personnage à l'autre, d'anecdote en anecdote, et de facto, certains tableaux deviennent anecdotiques. On nous présente souvent des personnages touchants, des situations enchanteresses, mais parfois les tableaux peinent à convaincre : ( l'histoire du doigt, la pluie de casque, ou encore le type qui passe son temps à lécher tout ce qui passe, par exemple).
Ainsi, parfois, on a un peu l'impression d'assister bon gré mal gré à un remplissage de pellicule. C'est le seul véritable point noir du film.
Mais attention : c'est un moindre mal, puisque "Citizen Dog" est extrêmement créatif, optimiste, un vrai concentré de bonne humeur, un milk shake de joie enfantine et surréaliste.
Un de ces films qu'on aura envie de revoir, pour se mettre de bonne humeur.


maht

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