* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

shivers

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Aka: frissons, the parasite murders, they came from within

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"Bonjour, je m'appelle Roland Morpa. Et j'aimerais vous inviter à partir en croisière. Mais oui, en croisière ! Car vivre dans cet appartement, c'est comme s'embarquer dans un paquebot de luxe pour un long voyage. Bien que le centre de Montréal soit à 12 minutes seulement, il vous suffit de passer le pont pour être loin de l'enfer de la ville... Comme dans une île perdue au bout du monde.
(...)Tout est conçu pour bien recevoir dans nos appartements. Vous y trouverez les équipements électriques dernier cri, frappés aux sceaux des plus grandes marques. Ainsi que le câble et 2 télévisions, sans aucun supplément. (...) Découvrez les secrets de notre île paradisiaque en étant sûr que vos amis et vous serez les seuls à en explorer les merveilles. Laissez vous bercer par le rythme des saisons. Partez à la découverte du ciel et des étoiles sans quitter votre paquebot. Ici, tout est à portée de la main.(...) "


frissons

Ca fait rêver, n'est ce pas ? C'est le speech qui vous attend au début du film, la pub pour l'immeuble de haut standing qui sera la scène de ce "huis clos". Ah les années 70, et toutes les utopies que les urbanistes pensaient rendre possible rien qu'en croyant aveuglément en l'architecture et au confort moderne ! Ah le rêve américain des "Gated Communities" sécuritaires.
Pourtant, juste après ce speech, on voit un vieil homme étrangler une jeune fille, puis l'ouvrir littéralement en deux, et faire quelques expériences mystérieuses avant de s'égorger lui même. On dirait que cet immeuble ne sera pas le paradis escompté !
Puis on nous présente une galerie des personnages de ce micro monde, vivant en autarcie, travaillant, mangeant, se faisant ausculter par le Dr Saint-luc, le tout dans ce même immeuble... Puis la découverte du cadavre.
Et on apprend que le tueur était un docteur renommé (mais fou), qui faisait des expériences permettant d'implanter des parasites dans un corps humain. Un parasite qui aurait pour but de désinhiber l'être humain, de le transformer en sorte de bête sexuelle nymphomane.


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Tiens tiens. Les parasites, la maladie, la chirurgie, la sexualité: des thèmes chers à Cronenberg ! Bien sûr, ces parasites vont trouver moyen de passer de personne en personne, puisqu'ils sont une sorte de maladie sexuellement transmissible. Et on découvrira que ce palais somptueux et capitonné, qui se nimbe d'une probité à toute épreuve, est en fait un beau ramassis de dépravés sexuels (bien avant d'être contaminés d'ailleurs) !
Ce qui donne la possibilité à Cronenberg de nous montrer un amas de chair (le parasite - qui ressemble à s'y méprendre à un étron, ou à un phallus nécrosé) se traîner le long des canalisations, sauter à la figure des dames, ou entrer dans quelques orifices naturels.
Assez mal réalisé d'ailleurs, le parasite. Mais cela n'enlève en rien à l'horreur des scènes. Car le grotesque, pour une fois, devient crédible, et "Frissons" mise plus sur les peurs innées que sur les effets sanguinolents (pourtant nombreux).


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Et tout ce petit monde devient une sorte de foule de "morts vivants", ayant pour unique but de violer pour propager la maladie, ou d'attirer leurs proies par le bas du pantalon.
Cronenberg va loin et fait une énumération de tout ce qui peut se faire en sexualité, de l'hétérosexualité à l'homosexualité, en passant par la gérontophilie, le sado-masochisme, et même des évocations de la pédophilie et de l'inceste dans des scènes assez choquantes et complètement "politiquement incorrectes". Pourtant, si cela reste marquant, il y a peu de scène de sexualité. Tout est majoritairement suggéré, et c'est bien ce qui renforce le malaise.
Le héros, Paul Hampton dans le rôle du Dr Saint-Luc, est étrangement détaché. Il semble combattre la maladie comme un médecin de famille soignerait une angine. Il subit, plus qu'il n'est acteur, et la maladie devient au fur et à mesure la véritable héroïne du film.
Elle est d'ailleurs incarnée à la fin par la belle Lynn Lowry, dont on suit la contamination pas à pas. Etonnante beauté froide que celle de cette femme, qui incarne à elle seule le côté attirant et répulsif de la maladie.
Pour le reste, le film a une structure assez simple, misant tout sur une montée en puissance de la peur parallèle à la propagation de la maladie. Néanmoins, ce concept simple agrémenté de l'imagerie de Cronenberg offre un résultat très intéressant, dérangeant, angoissant.


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Bref, Cronenberg utilise avec brio l'angoisse liée à la sexualité débridée et la peur des MST. En ce sens, "Shivers" est en quelque sorte prémonitoire, puisque le Sida apparaîtra quelques années plus tard.
Il trouve le moyen aussi d'évoquer dans ce premier "vrai" film tout ce que sera "le cinéma de Cronenberg". On peut le regarder comme un petit film d'horreur de série B, choquant et sanguinolent, mais le film prend toute son ampleur si on s'y attarde un peu. En cela, on pourrait le comparer à "Dawn of the Dead".
Différents niveaux de lecture qui en font un film accessible et intelligent, à mon goût le meilleur de la période radicalement "horreur" du réalisateur.
Ajoutons à cela une fin étonnante, qui laisse entrevoir un avenir "heureux" pour le monde civilisé, et on obtient un classique indémodable.
A voir absolument.


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