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shaft

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Aka: les nuits de harlem, les nuits rouges de harlem

shaft

Dès l'ouverture, nous entrons dans l'univers de Shaft.
New Yord, 1971. John Shaft marche dans les rues de New York sur fond musical, concocté par le génial Isaac Hayes. Il fait le tour de ses relations et se rend chez le cireur de pompes du quartier, qui bien entendu, voit passer du monde. Il y apprend qu'il est recherché par le gangster de Harlem, Bumpy et sa bande. Bumpy veut en fait lui proposer une mission : retrouver sa fille, Marcy, kidnappée récemment. En bon père de famille, il est inquiet et effondré. Il sait que seul Shaft est capable de mener l'enquête et le supplie presque de la retrouver. Son prix sera le sien...
Shaft accepte. Et pour mener à bien sa mission, il part à la recherche de son ami d'enfance, Ben, chef des black panthers, replié dans le quartier d'Amsterdam.
Ensemble, ils vont libérer la pauvre Marcy, retenue prisonnière par d'affreux blancs, trafiquants de drogue...


les nuits de harlem

Shaft, comme je l'ai dit plus haut, est à lui seul un univers. Un univers tant sonore que visuel.
D'emblée la musique fait son apparition, accompagnant le héros dans les rues, dans les bars, dans son intimité... Elle fait partie intégrante du film, donnant du rythme aux scènes d'actions ou commentant les événements, elle permet de camper les personnages et les lieux, au même niveau que les images. Ces superbes morceaux soul, jazz funk amènent du rythme, donnent cette ambiance si particulière. Gordon Parks peut remercier Isaac Hayes de lui avoir concocté ce superbe écrin dans lequel il n'a eu qu'à déposer son héros. L'inoubliable thème de Shaft restera d'ailleurs gravé dans l'histoire des BO du cinéma.
La musique décrit et dévoile l'univers noir de Harlem, avec sa misère, ses rues crades, ses mafias, ses gangsters et ses gosses désoeuvrés. Les films de Blackex contiennent en général une forte critique de la société et de ses inégalités. "Shaft" est, à vrai dire, très discret sur ce sujet. Quelques images, une chanson sur le thème et c'est à peu près tout. A vrai dire, la qualité musicale sert à elle seule de "revanche culturelle" sur la société et montre ce que les noirs sont capables de faire.
Mais le but du jeu n'est pas de débattre sur ce sujet.


shaft

Plus intéressant que la misère d'une Amérique inégalitaire, il y a : John Shaft ! Le personnage. Ce détective Black, beau, sensuel, intrépide, grand et fort... Il concentre à lui seul l'intérêt de la caméra et du réalisateur, assez en tout cas pour donner son nom au film.
En effet, toute l'intrigue tourne autour de Shaft. Les évènements, les autres personnages, les lieux, tout converge vers la même et seule personne. Ils ne servent qu'à mettre notre héros sur un pied d'estale.
D'ailleurs, dans le film, aucune scène, ou si peu, ne se déroule sans lui. Il est au centre de tout, il gère tout.
John Shaft, au charme imperturbable, costume et manteaux de cuir, les fait tous tomber. Viril, il évolue dans un monde d'hommes. "Shaft" serait il un film d'hommes, pour les hommes ?
A l'inverse de certains films de blaxploitation, je pense à ceux de Jack hill ou de William Girdler qui mettent en scène une héroïne noire et sensuelle, il y a très peu de femmes dans ce film. Au nombre de trois, elles apparaissent furtivement et pour signifier la grandeur et la virilité de Shaft. Deux d'entres elles affirment, en gros, que notre détective noir est une bombe sexuelle (et même la chanson le dit), et la dernière, pauvre victime, montre sa toute puissance, puisqu'il la sauve des bras de mafieux...


les nuits de harlem

Ainsi ce personnage central, joué par Richard Roundtree, est impressionnant. John Shaft est ce qu'on pourrait appeler "la force tranquille". Imperturbable, il dégage un certain charme auquel le spectateur, et la spectatrice, ne résiste pas. Il semble que la personnalité de Richard Roundtree ait transcendé le personnage initial... Toujours est il que ce dernier joue admirablement bien.
Les autres personnages aussi campent leurs rôles avec aisance. On notera aussi le charisme de Ben, le chef des Blacks Panthers, qui a "une gueule" à faire frémir le plus courageux des héros.
Impressionnant, notre héros, donc, mais atypique également. Outre sa couleur de peau, il est libre comme l'air. Il n'appartient à aucun camp, et est respecté de tous. Et même l'inspecteur de police l'affectionne et le respecte. Il faut dire que ce n'est pas un mec comme les autres et il intègre tous les milieux, sans pour autant se fourvoyer. Il est, en quelques sortes, le frère noir de "Dirty Harry".
Indépendant, Shaft restera intègre et détaché, du début à la fin.


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Et notons que la fin est des plus admirables. L'attaque ultime du gang des mafieux sur le thème effréné de Isaac Hayes, vaut à elle seule le détour ! Époustouflante, cette fin est explosive...
Je me rends compte, en relisant, que j'ai été dithyrambique jusqu'alors. Alors, pourquoi me direz vous mettre un B+, plutôt qu'un A ? Et bien tout simplement parce que, même si la musique est bluffante, même si Shaft est impressionnant, il y a parfois des "longueurs". Ceci est sans doute dû au fait que nos yeux de spectateurs du XXI ème siècle se sont habitués à une action vive et accélérée, et que Shaft ne rentre pas dans ce schéma. Shaft prend son temps et la caméra aussi.
Peut être après tout, n'est-ce pas plus mal...
On peut également lui reprocher son classicisme et son histoire peu élaborée.
En tout cas, malgré ces petits défauts, ce film constitue un véritable événement sonore et visuel du cinéma, agréable à voir et à entendre.
Aussi, je vous conseille vivement de faire un tour du côté de chez Shaft.


bloodyjane

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