* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

neco z alenky

neco z alenky
Aka: alice, jan svankmajer's alice

neco z alenky

Alice va nous raconter une histoire. Son histoire.
Elle a commencé un jour, alors qu'elle voit un lapin s'habiller, puis détaler en disant: "Je vais être en retard".
Alors Alice le suit, et le voit rentrer dans le tiroir d'un bureau. Elle réussit aussi à rentrer dans ce tiroir, mais en la voyant, le lapin détale de plus belle.
En le poursuivant, Alice tombe dans un trou, et se retrouve dans un ascenseur qui descend inlassablement.
Puis, tombant sur un tas de feuilles, elle se voit enfermée dans une pièce, avec comme unique sortie une minuscule porte, dont elle trouve la clef sur un bureau.
Et dans le tiroir de ce bureau, elle ne découvre qu'une petite fiole remplie d'un liquide noir.
En le goûtant, Alice devient minuscule. Elle va enfin pouvoir passer la porte...


alice

Vous connaissez tous l'histoire d'"Alice au Pays Des Merveilles" de Lewis Caroll, que vous ayez lu le livre, ou vu le dessin animé de Walt Disney.
Mais cette fois ci, c'est Jan Svankmajer qui s'y est collé, et vous ne ressortirez pas indemne de son "Alice".
Pour ceux qui ne connaissent pas Jan Svankmajer : le bonhomme est tchèque, et a acquis une certaine réputation pour ses courts métrages d'animations (en stop motion), généralement assez étranges, surréalistes, et symboliques.
Alice est son premier long métrage (après 20 ans de courts), et sans doute le point d'orgue de sa carrière. Il livre un "Alice" loin, très loin de la version édulcorée de Disney. Il prend aussi quelques libertés par rapport à l'histoire originale, essentiellement sur la forme.
Pourtant, je considère que c'est, et de loin, le film qui a su rendre le merveilleux, le magnifique de l'histoire originale.
Le seul film aussi qui ait su mélanger aux composantes essentielles du contes, l'horrifique, l'angoissant, le malaise.


neco z alenky

Il n'y a donc qu'une seule actrice, qui n'est d'ailleurs pas une professionnelle, mais une petite fille repérée dans une école par Jan Svankmajer. (nb : en fait, il y a une deuxième actrice, qui fait la bouche et la voix de la fillette.)
Tous les autres personnages sont incarnés par des êtres animés par Jan.
Ainsi, vous retrouverez le lapin, le ver à soie, le chapelier fou, le lièvre de mars etc...
Mais ils sont loin d'être mignons : le lapin est un lapin empaillé, qui perd sans cesse son rembourrage qu'il est obligé de re-manger. Le ver à soie est une vieille chaussette, avec un dentier humain, et des yeux exorbités. Le chapelier fou est une vieille marionnette de bois, le lièvre de mars est une peluche piteuse qui ne cesse de perdre son oeil.
Et tout est ainsi, fait de matériaux de récupération, enfantin et à la fois étrange, parfois un peu glauque. Beaucoup d'animaux empaillés (le loir, le lapin, la souris), beaucoup de carcasses et de squelettes (l'épisode dans la maison du lapin). Alors, chaque scène est à la limite : film d'épouvante, ou conte pour enfant ?
Un exemple de scène qui pourrait parfaitement intégrer un film d'horreur : la chute d'Alice est représentée par un ascenseur qui descend, dans l'obscurité, sur fond de bruit industriel.
Le compte à rebours des étages commence : la jeune fille regarde autour d'elle des pots contenant on ne sait trop quoi (cadavres dans le formol, bestioles sous vide, confitures ?). Et c'est avec angoisse qu'on voit la petite Alice tremper son doigt dans un pot, puis le porter à sa bouche... On préférera penser qu'il s'agit de confiture.


alice

D'ailleurs, Jan Svankmajer a volontairement effacé tout l'aspect champêtre de l'histoire originale. Plus de nature, plus d'arbre : tout est représenté par un équivalent industriel ou manufacturé : l'arbre dans lequel tombe Alice devient donc une table en bois. La chute est symbolisée par un ascenseur. Le champignon du ver à soie un bouton de porte. Les seuls vrais animaux sont morts, tout le reste est remplacé par des éléments domestiques.
En fait, Jan Svankmajer, et ce dès le début, n'entretient aucun mystère sur la non-véracité de l'histoire (contrairement à Lewis Caroll) : Alice est dans son grenier, dès le début et rêve. Elle rêve même de la mini scène d'ouverture, où une soeur lui raconterait une histoire au bord d'une rivière, sous un arbre (nb : L'ouverture originale du livre).
Une soeur inventée par Alice, qu'on devine très seule, pauvre, et qui s'ennuie. D'ailleurs, on voit tous les objets qu'elle a recueilli (les vieilles poupées, les carcasses d'animaux, les dînettes, les pantins, etc) au début et à la fin du film. Après, "si vous ne fermez pas les yeux, vous ne pourrez rien voir" comme l'annonce l'incipit du film.
Mais ne retenir que le macabre de l'extraordinaire richesse de l'univers développé par le réalisateur serait bien dommage. Ainsi, toutes les idées sont merveilleuses (aussi sombres soient-elles), comme les personnages découpés dans les cartes (la dame de coeur, mais aussi tous ceux qui l'entourent) et qui sont toujours poursuivis par le fond de leur carte. Ou Alice qui, devenant petite, devient une poupée.
Autant de libertés prises sur le texte original, mais qui ajoute une couche de surréalisme collant parfaitement à l'histoire d'Alice.


neco z alenky

Bref, "Neco z Alenky" est un film essentiel. Incroyablement riche visuellement, hyper créatif, légèrement dérangeant, je le qualifierais de film 'industriel' (un peu à la manière du "Eraserhead" de David Lynch, film avec lequel il entretient certaines ressemblances, bien qu'étant plus limpide).
Chaque scène reste gravée dans la mémoire, peut-être car elles offrent une relecture inquiétante de l'histoire d'Alice. Peut-être aussi car l'histoire de Lewis Caroll est inquiétante, et que toutes les relectures cinématographiques avaient (volontairement) oublié cet aspect.
Un conte visuel qui ne vous laissera pas sans opinion, et qui éveillera forcément des sentiments contradictoires. Un chef d'oeuvre.


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