* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

residencia, la

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Aka: la résidence, the house that screamed, the finishing school, the boarding school

residencia, la

Thérèsa, une jeune demoiselle entre dans un pensionnat austère et angoissant. Celui-ci est dirigé par Mme Fourneau, une dame rigide et sévère qui entend bien de faire de ses demoiselles des filles de bonne famille. En effet, l'internat a aussi pour mission de remettre dans le droit chemin des "filles difficiles".
Il règne donc en ce lieu un climat de tension et la rigueur y est de mise.
Dans cet univers féminin, il y a quelques éléments masculins, très peu représentés, dont entres autres, Luis, le fils de Mme Fourneau. Celle-ci, bien entendu, lui interdit de parler aux filles et même de les regarder. Elles sont de petite vertu, et son petit Luis adoré doit trouver une femme parfaite, comme maman...
Mais depuis quelques temps, Mme Fourneau est inquiète : des pensionnaires disparaissent tour à tour. Oseraient-elles fuguer, ces petites pestes ??


la résidence

Nous voilà à nouveau devant un chef d'oeuvre de ce réalisateur espagnol peu prodigue, Chicho Ibáñez-Serrador. En effet, il n'a fait que deux films : le déroutant "¿Quién Puede Matar a un Niño?" et "La Residencia", deux films de grande qualité. Le reste de sa production est essentiellement des réalisations TV. Dommage.
Et on plonge de suite dans cet univers qui lui est si particulier : froid, tendu, une ambiance à la Ibanez-Serrador, à vous donner le frisson.
Le lieu est austère, il s'agit d'une vieille bâtisse dont les portes claquent, où des horloges avec ou sans aiguille tapissent les murs, qui comporte des cachots semblables à des salles de torture...
Esthétiquement, l'endroit n'est pas des plus accueillants. Tout (le matériel et l'humain) y est rangé, organisé, déshumanisé. Il n'y a aucune place pour la spontanéité.
Le film est sombre, à peine quelques couleurs rouges sangs (une goutte de sang, un tissu) viennent déranger cette monotonie de tons.


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Cette atmosphère rigide génère parmi les occupants des lieux des sentiments troubles.
Et dès son arrivée, Thérèsa se rend compte de la tension qui y règne. D'ailleurs, la dirigeante est plus que ferme avec les pensionnaires qui osent défier son autorité : coups de fouet et tortures seront leur punition immédiate. Dans cet enfermement étouffant, les instinct sous-jacents les plus basiques rejaillissent et c'est avec un grand art que Ibanez-Serrador nous les dévoile à demi mots. Tout n'est qu'évocation, rien n'est réellement montré.
Ainsi, dans ce lieu, les dirigeants torturent, humilient, laissant libre court à ce qu'on pourrait comparer à des pratiques sado-maso. Là où la nudité est cachée, où la sexualité est interdite, où les pensionnaires sont forcées de prendre leurs douches habillées, le désir charnel reprend le dessus et les regards ou les gestes entre certaines demoiselles deviennent évocateurs. Que ce soit parmi les pensionnaires ou parmi les dirigeantes, le fantasme est présent, caché, dissimulé, mais bel et bien présent. D'ailleurs, la frustration atteint son paroxysme lors de cette scène où l'une des pensionnaires rejoint son amant dans une grange alors que ses camarades assistent à un cours de couture. A ce moment, explose visuellement tout le désir réfréné de ces filles, et la frustration qu'il engendre.


la résidence

Et Ibanez-Serrador ne s'arrête pas là.
Il n'est pas de ceux qui reculent devant les bienséances. A ce fond de lesbianisme latent, il ajoute un soupçon de relation incestueuse entre Mme Fourneau et son fils, à peine dévoilé... Bref, il bouscule les préjugés et développe cette atmosphère suffocante et malsaine au plus haut point.
Le mélange d'images, de musique, de sons est fabuleux. Le fond sonore participe de cette ambiance si particulière.
Les scènes de meurtres d'ailleurs sont époustouflantes. Comme pour "¿Quién puede matar a un niño?", elles jouent du décalage entre le vu et le ressenti. Elles sont d'une extrême violence, dérangeante, alors que pratiquement rien n'est montré. Avec brio, Ibanez-Serrador se joue du spectateur le mettant mal à l'aise.
La découverte du meurtrier à la fin et surtout le mobile des meurtres achèvera de bousculer les valeurs.


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Ainsi, on ne peut que souligner le talent que déploie Ibanez-Serrador dans ce presque huis clos : "The House That Screamed".
Le film est surprenant, l'ambiance particulière, le scénario original.
Ce "whodunit" (genre dans lequel le réalisateur ne dévoile le meurtrier qu'à la toute fin) est à la hauteur de certains Hitchcock.
Par ailleurs, on ne peut s'empêcher de le rapprocher de "Suspiria"de Dario Argento, tant par l'aspect scénaristique que par l'aspect esthétique de l'ensemble. En effet, les deux films se déroulent dans un pensionnat pour jeunes filles, où règne l'ordre et le respect de règles strictes, mais surtout, ils sont des films d'"ambiance". Ceci dit, il est nettement moins effrayant que "Suspiria".
Toujours est il que je vous conseille vivement d'aller jeter un oeil sur la production de ce réalisateur espagnol, trop peu connu à mon sens.


bloodyjane

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