* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

baxter

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Baxter est un bull-terrier. Un bull-terrier curieux, qui veut connaître les humains, même s'il éprouve pour eux un mélange de crainte et d'admiration. Alors, quand pour casser la solitude d'une vieille dame, on lui offre Baxter, celui-ci est content. Au début. Car finalement, la vieille dame est bizarre. Et elle a peur du chien. Même si Baxter fait des efforts, la vieille ne fait jamais rien de bien. Et puis il y a ce jeune couple, en face, que Baxter regarde par la fenêtre, qui a l'air si heureux, et qui font des bruits bizarres la nuit, quand toutes les lumières sont éteintes.
Baxter nous raconte sa vie, ses maîtres, ses pensées. Baxter peut nous le raconter, car Baxter parle.


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"Baxter" ou l'histoire d'un chien. D'aucun y verront un film sur les chiens, ces grosses boules de poils au regard mouillant d'intelligence qui vous bavent sur le pantalon. Ces gentils toutous qui ont besoin d'un maître, un vrai, "un mal dominant" comme le dit un personnage du film. Les fans d'animaux caudaux à poils courts s'outreront qu'un rôle si abjecte pusse-t-être donné à un chien.
Mais "Baxter", c'est surtout un regard naturaliste. Le chien n'a pas de morale (ou si peu), il ne connaît pas les conventions, il ne répond pas de ses actes. Baxter regarde ses contemporains d'un regard froid et cynique. D'un regard de chien.
C'est par ce regard que nous allons rencontrer tous les protagonistes du film. Du plus âgé (Madame Deville) au plus jeune (Charles) en passant par le jeune couple, "Baxter" est ainsi fait qu'on rencontrera l'essentiel de l'humanité: L'amour, la naissance, les tromperies, la peur, la haine, la fascination, la mort, etc.


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Et quel tableau ! Au premier regard, on voit toutes les aspérités, tous les défauts des Hommes. La vieille qui meurt seule dans sa grande maison peuplée de souvenirs passés. La naissance d'un enfant dans le jeune couple fait l'effet d'un tremblement de terre, mélange de peur, d'angoisse du futur, d'érosion des sentiments et d'amour toujours présent. L'enfant, l'être le plus proche de Baxter, qui n'a pas encore de conscience morale et qui glisse, doucement, dans le fascisme le plus abjecte.
Salaud de chien ! Mais finalement, dans quelle mesure les pensées de Baxter sont elles si éloignées des nôtres ? L'identification au héros, au chien, à Baxter, ne se fait-elle pas ses pensées sombres ?
Alors, Baxter est il le héros du film ou juste un miroir, qui nous renvoie une image si peu agréable de l'humanité.
Car finalement, on sait bien que cette boule de muscles poilue au regard inexpressif n'a rien de méchant. Elle obéit, et ça lui donne du plaisir. Tout au plus éprouve-t-elle de l'envie, ou de la jalousie. Les salauds du films sont les humains. Ceux qui en rentrant le soir disent à leur femme qu'ils étaient au travail alors qu'ils baisaient leurs maîtresses. Ceux qui dressent les chiens à tuer.


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Heureusement, le film n'est pas 'que' noir, et glisse quelques personnages, quelques scènes, qui donnent foi (ou espérance) en l'humanité. Finalement, à bien y regarder, "Baxter" nous laisse sur une vision en demi teinte, un tiers-optimiste/deux tiers-pessimiste.
Réalisé par Jérôme Boivin ( "Confessions d'un Barjo") "Baxter" est un de ces films français qui, à la fin des années 80, ont essayé de mettre un peu d'horreur/fantastique dans le paysage cinématographique français, en vain. Dommage. Si "Baxter" tirera son épingle du jeu, c'est qu'il fut présenté dans la sélection officielle du (feu) festival d'Avoriaz. Et quoi de plus normal pour ce film, tiré d'un roman de Ken Greenhall, adapté par le réalisateur et Jacques Audiard (qui signe aussi les superbes dialogues), et qui bénéficie d'une réalisation à la hauteur de son écriture.


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Magistralement interprété par des acteurs éclairés (notez l'excellente interprétation de Maxime Leroux, la voix de Baxter), intelligent, incisif, "Baxter" est un de ces petits films qui atteignent le rang de film culte pour certaines personnes, puis sombrent dans l'oubli. C'est pourtant un vrai film, qui mériterait sa place au soleil des productions françaises.
Là où pas mal de films sont tombés dans la facilité du chien méchant (au hasard "Cujo") ou de la comédie gnangnan avec le chien-chien qui parle, Jérôme Boivin tranche la poire en deux et ne suit aucun de ces chemins. Il nous offre une jolie comédie noire, angoissante, pénétrante, au rythme envoûtant, soutenue par une musique sourde et glaçante.
Le chien, l'étranger, nous offre ses yeux pour voir les humains "trop humains" sous un jour peu seyant.
Un film à voir. Vous ne regarderez plus jamais votre chien de la même façon.


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