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non si sevizia un paperino

non si sevizia un paperino
Aka: la longue nuit de l'exorcisme, la nuit de l'exorcisme, don't torture donald duck, don't torture a duckling, fanatismo, fureur meurtrière

non si sevizia un paperino

Dans un petit village reculé d'Italie, le petit Bruno a disparu. Au bout de trois jours, les parents reçoivent un appel pour une rançon, mais les parents sont pauvres et ne peuvent payer.
La police décide de tendre un piège à l'agresseur. C'est Giuseppe, l'idiot du village, qui est pris la main dans le sac. Il amène la police à l'endroit où se trouve le corps du petit Bruno, mais jure qu'il ne l'a pas tué. Il prétend avoir trouvé le cadavre, et avoir profité de "l'aubaine" pour faire du chantage au parent. La police le croit, d'autant que quelques jours plus tard, on retrouve un second enfant mort dans un lavoir. Qui plus est, le meurtre a de nouveau été commis par étranglement.
Un reporter décide de mener l'enquête, en compagnie d'une des présumées coupables, une jolie jeune femme venue s'installer il y a peu de temps dans le village.


la longue nuit de l'exorcisme

On connaît surtout de Lucio Fulci ses fameux films gores qui ont réjoui des décennies d'amateurs d'hémoglobine et de bidoche.
Pourtant, ce goût pour l'horreur est arrivé assez tard chez Fulci, qui auparavant, a traité à peu près tous les styles possibles, du western à la comédie. Et quelques gialli, dont "Non Si Sevizia Un Paperino", réputé pour être un des chefs d'oeuvre du genre.
Premier choc : Fulci signe un film à l'intrigue complexe mais limpide, magistralement cadré, joué, etc. Autant de points qui ne font généralement pas partis des qualités que je trouve à Fulci, qui mise sur une réalisation plus "rugueuse" pour ses films d'horreurs (les seuls que je connaisse vraiment).
Dépaysement total donc, et tant mieux.
La première scène est d'ailleurs une scène choc : une femme creuse avec ses mains dans la terre, et en sort un petit squelette d'enfant. Il est classique dans un giallo d'avoir un scène d'ouverture qui ne fait pas de concession. Nous allons enfin voir ce qu'il se passe quand on "torture un caneton".


non si sevizia un paperino

D'abord, l'histoire se passe dans un petit village rural, chose assez rare pour être soulignée (voir également "La Casa Dalle Finestre Che Ridono"). D'ailleurs, l'ensemble du village semble être assez pieu, et on imagine toutes les accointances que partagent ces villageois.
Détail amusant (ou plutôt terrifiant) : dans l'église, on entr'aperçoit un squelette grimé en moine, ce qui n'est pas courant, et laisse entendre que tout n'est pas si rose qu'il semble l'être. D'autant qu'on y tue des enfants. Et la présence d'un meurtrier en son sein soulève le coeur de ce village.
Les villageois désignent tout naturellement des coupables dans sa marge : tous ceux qui ne sont pas de bons villageois souffrent de suspicion. Giuseppe - l'idiot du village, Maciara - un prétendue sorcière qui vit en ermite, ou encore Patrizia - une jeune droguée venue se retaper dans ce village si calme.
La vindicte populaire contre Maciara, coupable toute désignée d'autant qu'elle avouera avoir désiré la mort des enfants, donne d'ailleurs lieu à une 'superbe' scène, tout en tension, où Maciara se fait battre à mort à coup de chaîne avant de se traîner au bord de la route où personne ne s'arrêtera pour la secourir. Poignant et violent.
Mais est-ce que Maciara n'est pas une coupable trop évidente ?


la longue nuit de l'exorcisme

Puisque nous parlons de scènes gores, il y en a peu dans "Non Si Sevizia Un Paperino". En fait, il y en a uniquement deux : celle où Maciara se fait battre, et une où l'on voit quelqu'un tomber d'une falaise (je ne vous dis pas qui pour ne pas vous gâcher le suspens). Les deux scènes sont assez gores, mais on est bien loin de ce que fera Fulci quelques années plus tard.
Pourtant, en filigrane, c'est la violence de cette micro-société qui est montrée du doigt. Une société archaïque, bigote, mais qui est en fait aussi 'dépravée' que la société moderne : les enfants fument et vont mater les ouvriers qui copulent avec des prostituées, la drogue circule, distribuée par ces mêmes enfants. D'ailleurs, tous les personnages sont en demi-teinte. Par exemple, Patrizia, la jeune droguée, a des penchants pédophiles comme nous l'indique clairement une des scènes.
Plus étrange encore, aucun personnage ne ressort et n'est désigné comme un héros. Seul le reporter prend peu à peu cette place, non pas parce qu'on le suit, mais plutôt parce qu'il sert de lien entre les personnages, qu'il a une sorte de rôle de narration.
Bien sûr, quelques caractères forts jaillissent (Patrizia, le reporter, ou encore le chef de la police), et même si on finit par suivre le reporter et Patrizia, on ne peut pas dire que ce sont véritablement les héros du film.
En même temps, un reporter minable et une droguée aux tendances pédophiles, dur de s'identifier à de tels personnages !


non si sevizia un paperino

Pour revenir à la réalisation, Luico Fulci signe un film au cadrage soigné, un film atmosphérique avec une lumière incroyable signée Sergio D'Offiz, qui vous donne une impression de chaleur étouffante, de moiteur sauvage et de crasse.
Les acteurs jouent admirablement, du plus jeune au plus vieux, et on retrouve une Florinda Bolkan ("Flavia la Monaca Musulmana") au meilleur de sa forme dans le rôle de la sorcière du village.
Les effets gores restent assez 'cheap' et peu nombreux, mais le propos du film n'étant pas là, on pardonnera largement à Mr. Fulci.
Ajoutons à cela une belle musique toute parsemée de chants féminins signée Riz Ortolani, et on obtient un Lucio Fulci étonnant, détonnant, un film assez sordide, où l'humanité en prend un sacré coup, mais aussi un film esthétique, intelligent, critique.
Un vrai bon moment à passer !


maht

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