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blacula

blacula
Aka: le vampire noir

blacula

"Blacula" est le tout premier film d'horreur de black exploitation. Et oui, parce que les noirs en avaient marre de mater des films pour les blancs avec des blancs et des créatures blanches ! (ce je comprends aisément). Alors ils se sont rebellés pour revendiquer le droit d'avoir leurs films, leurs héroïnes ("Coffy"), leurs séries Z à eux, leurs navets à eux, leurs monstres, leurs vampires et aussi par la suite, leurs zombies (voir "Sugar Hill ").
Mais c'est vrai, ça, pourquoi Dracula ne serait pas noir ??? Pourquoi les héros sont ils blancs ? Pourquoi Jesus et la vierge sont des blancs ? Pourquoi Charles Ingalls n'est pas noir ?
Mais là n'est pas la question, même si dans "Blacula" la persécution et l'exclusion des minorités est évoquée, la pensée ne va pas très loin...


le vampire noir

Revenons à nos coupes afros et à notre Blacula. Une histoire simple mais il fallait oser. Nous sommes au XVIIIème siècle, Le prince Mamuwalde (quel talent il a ce William Crain pour les noms de ses personnages !) ainsi que sa charmante épouse Luva rencontrent le conte Dracula. Le vrai... Enfin, le blanc... Enfin, celui qu'on a l'habitude de voir même si ce n'est pas Christopher Lee... bref, il se rend chez le célèbre Dracula dans le but de s'en faire un allié pour abolir l'esclavage. Mais le machiavélique conte Dracula se moque de lui et lui fait payer cher son audace : il le mord et l'enferme dans un cercueil situé au fond d'une cave. Puis il part et verrouille la porte de la pièce, emprisonnant Luva.
Passent les siècles. Nous voilà en 1972, les temps ont changé, les moeurs également. Un couple homosexuel aux allures très maniérées, rachète le château du conte Dracula. Lors de l'emménagement, ils découvrent le cercueil. Ils ne résistent pas à la tentation de regarder ce qu'il contient et font sauter le cadenas. Horreur malheur ! On vous l'avez dit que la curiosité était un vilain défaut !


blacula

De ce cercueil surgit : BLACULA ! Quand Dracula l'a mordu, il lui a répété plusieurs fois : "Tu seras maudit" "Tu porteras le nom de Blacula". Et maudit, on peut dire qu'il l'est ! Déjà parce que porter ce nom là, c'est quand même sacrément la honte... ensuite, parce qu'il est un peu piteux pour un prince vampire... Habillé de la somptueuse cape du vrai Dracula, il n'en a pas pour autant la classe. Tout d'abord, il est poilu du visage. Affublé de fausses moustaches mal collées sur les joues et sur le front, il tient plus du loup garou miteux que du noble conte Dracula. Ensuite, il court après ses victimes, au lieu de voler, en poussant des cris de bête... je vous le dis moi, Blacula aurait dû s'appeler Blacoloup... Toujours est-il qu'il est sauvagement ridiculisé par son aspect, mais aussi par la façon dont il est présenté : il se fait traiter de "patate" (dans la version française bien sûr, qui soit dit en passant est un délice) par une femme chauffeur de taxi, il est réduit à arpenter les boîtes de nuit pour combler sa solitude (c'est dur pour tout le monde, le célibat), on le surnomme "le frimeur à la cape" (ça a du bon, parfois, la version française), il éprouve de grands moments de détresse sentimentale pathétiques... Si le film se déroulait à notre époque, à coup sûr William Crain l'aurait fait participé à une séance de speed dating !


le vampire noir

Notre digne vampire black perd de sa superbe... il participe à des scènes d'amour à l'eau de rose, tellement niaises qu'on a du mal à en rire. On découvre un Blacula geignard, malheureux de son état, qui se lamente sur son sort. Un Blacula victimisé qui a perdu sa femme, issu d'un "peuple qui a beaucoup souffert"... Il est à moitié méchant et à moitié gentil. Il a de bons sentiments, refuse de contraindre la femme qu'il aime à le suivre, il tergiverse sur le style "il faut que tu le veuilles"...
Le vrai Dracula, lui, l'aurait mordu, envoûté et emballé vite fait bien fait !
Bref, Blacula est mou. Comme beaucoup de scènes du film. On constate une absence de rythme, il y a des longueurs et le film est parsemé de scènes inutiles à l'intrigue.
Heureusement pour nous, il y a également de bons moments. Par exemple, les dialogues sont pittoresques et les maquillages ratés mettent en joie. Les victimes de notre Blacula mémorable sont pour certains à mourir de rire. Lorsqu'ils deviennent vampires, leur peau prend une couleur flashy bleue/verte. Ils ressemblent plus au bouffon vert du comic Spiderman qu'à d'effrayants vampires. L'ex chauffeur de taxi devenue démon(e) vaut son kilo de cacahouètes également : des poils lui ont poussé sur le visage (comme le maître) et lorsqu'on pointe sur elle une croix, elle court, les jambes écartées, en sautant et en poussant des petits cris de singe ! Attention Blacagorille peut faire des petits !
On savoure également la classe vestimentaire de certains d'entre eux et leur coupe de cheveux. Il y a de quoi faire pâlir les blonds et blondes aux cheveux raides filasses des pays du nord... Les filles y sont séduisantes, sensuelles, elles chantent et bougent merveilleusement bien.


blacula

Ceci dit la grande réussite du film est tout de même sa bande son pour qui aime les rythmes funks de l'époque, façon Isaak Hayes ("Shaft"), ou Lalo Schifrin, Tom Scott ("Starsky et Hutch"). La musique est au top, un délice pour les oreilles. Dans les courses poursuites les rythmes sont effrénés et réellement sauvages. La basse se veut tribale, et parfois on a l'impression que la guitare miaule réellement. Bref, il y a dans ce film de grands moments sonores, à défaut d'être visuels... chapeau à Gene Page ! Avec une telle enveloppe sonore, le film aurait pu aisément provoquer l'émotion.
Malheureusement, la réalisation ne tient pas la route malgré cette merveilleuse musique (on n'imagine mal un film de blaxploitation sans musique groove), de bons acteurs et un bon montage.
Ma critique est, vous le constatez, mitigée. Etrangement malgré tous ces défauts, je garde une affection particulière pour ce film que je tente de regarder en entier depuis dix ans... il reste l'un de mes films préférés... A force de volonté, j'ai réussi à le visualiser dans sa totalité (et sans m'endormir ou détourner mon attention) ce soir ! Je n'en suis pas peu fière.
Mais si j'ai été aussi tenace, c'est également que ce film à son charme et qu'il mérite d'être vu dans son intégralité (et oui ! Blacula ça se mérite !)... Serait-ce le charme de Blacula qui opère ? Ou le charme de Gene Page ?
Aussi il s'agit d'un film culte qui est à voir, ne serait ce que par curiosité.


bloodyjane

Affiche(s)

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