* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

don't look now

don't look now
Aka: ne vous retournez pas

don't look now

Un jour pluvieux. Une petite fille blonde vêtue d'un ciré rouge joue au bord d'un étang. Le petit frère fait du vélo non loin de là. Les parents sont dans le salon. Le feu de la cheminée crépite. Le père regarde les diapos de l'intérieur d'une église. Il y voit un personnage vêtu d'un ciré rouge. La mère recherche la réponse à la question de la petite fille blonde, nommée Christine : "si la terre est ronde, alors pourquoi un étang est plat"...
La mère trouve la réponse à la question : un étang n'est pas plat ! Elle réclame ses cigarettes, son époux lui envoie.
Et c'est l'incident.
Le père renverse un verre d'eau sur une diapo. La petite fille perd sa balle dans l'eau.
Sur la diapo une coulée de sang rouge part de la silhouette rouge... Le père comprend qu'il se passe quelque chose. Il se précipite vers l'étang.
Mais il est trop tard. Le père pousse un hurlement. La petite est morte. Noyée.


ne vous retournez pas

Ainsi commence "Don't Look Now", donnant d'emblée le ton à l'ensemble du film.
Un film morne, sombre, triste, lent, comme cette journée pluvieuse que viennent de vivre nos deux protagonistes. Parfois aussi ennuyeux qu'un après midi pluvieux en Normandie.
Le décor participe pleinement à l'intrigue. Nicolas Roeg a choisi d'emprisonner ses petites marionnettes tristes dans cette ville d'eau qu'est Venise. Cependant, il ne nous montre pas la Venise habituelle... la Venise chaude et chaleureuse des carnavals joyeux... non, ici nous découvrons un autre aspect de Venise. Sombre, inquiétante, froide, avec ses recoins humides qui vous glacent le sang... ce labyrinthe est à la fois attirant et angoissant. D'autant plus qu'elle cache à l'intérieur de ses canaux, sur lesquels se déplace nonchalamment des gondoles, des cadavres jetés là par un tueur en série qui rode dans la ville.


don't look now

Venise la Belle découvre un visage énigmatique, un visage si peu souvent dévoilé. Celle-ci semble habitée non seulement par des humains, mais aussi par des êtres dénués de vie, des fantômes. Les statues grises présentent partout ont le visage torturés par la souffrance... et semblent même communiquer avec les protagonistes. Notons cette scène superbe où le héros enlace une statue qu'il vient de découvrir...
Cette ville est hantée par des fantômes : les deux soeurs dont l'une est aveugle que nos héros rencontre à chaque recoin de la ville, le tueur qui reste absent tout au long du film mais présent dans toutes les bouches, et que l'on peut deviner roder dans les couloirs humides de la ville... Le couple, d'apparence heureuse, est rongé par la souffrance et tous deux semblent des coquilles vides, errant à la recherche d'un bonheur révolu... Leurs actes tournent autour de choses ou d'êtres qui les raccrochent à la petite fille : l'homme s'obstine à la rénovation de l'église qu'il regardait sur les diapos lors de sa noyade, l'héroïne est obnubilé par les visions de l'aveugle qui certifie voir sa petite fille. Ceci les ronge de l'intérieur. Malgré tout ils restent unis, subissant ensemble les tortures infligées par la vie et par la ville...
Les héros sont à la fois distants et pourtant attachants, beaux et laids, dénués en apparence de sentiment mais débordants d'émotions, parfois humains, parfois déjà passé de l'autre côté...
C'est cet autre aspect, psychologique, d'une grande complexité dans le traitement et dans le jeu des acteurs, qui donne également à "Don't Look Now" ce ton si particulier qu'on trouve rarement au cinéma.


ne vous retournez pas

La réalisation est également atypique. Nicolas Roeg est un de ces réalisateurs qui surprend et qu'on reconnaît. A la manière de "The Man Who Fell to Earth", réalisé quelques années plus tard, "Don't Look Now" est un film particulier.
L'ensemble est homogène, les caméras tournent au ralenti, la bande sonore, telle un hymne à la désolation fait corps avec les image, le décor participe à cette sensation de spleen lancinant, de douleur enfoui des personnages. Il constitue véritablement un labyrinthe débordant de vieux démons dont nos héros ne songent même pas à s'échapper.
Le film est réalisé sous forme de flash backs et d'images brutales qui viennent perturber la monotonie ambiante. Un événement rappelant un autre... les souvenirs des êtres présents remontent violemment à la surface et ses images, à la fois, surprennent mais aussi choquent par leur soudaineté et la violence de ce qu'elles représentent.
Nicolas Roeg ne montre pas vraiment les choses, mais joue relativement bien avec les émotions du spectateur. Quoi qu'il en soit, on continue de subir ces images, restant jusqu'à la fin malgré la nausée qui en découle.


don't look now

"Don't Look Now" en dehors de l'histoire de ses deux êtres torturés, nous dévoile une Venise atypique, loin, tellement loin, de l'image qu'on a coutume de voir. Il nous donne envie d'aller à la rencontre de cette Venise étrange et inquiétante à l'atmosphère si particulière...
Sa vision particulière en fait un film singulier, psychologique. Il peut être comparé à de par sa texture et son atmosphère à "Let's Scare Jessica to Death". Le sujet peut aussi rappeler le plus connu "Audrey Rose", sorti quelques années plus tard, mais le traitement y est ici différent. Bien que l'ambiance soit également froide et âpre dans ce dernier, "Don't Look Now" est tout de même d'une qualité supérieure.
Aussi, Nicolas Roeg, fidèle à lui même, nous réalise un film qui gêne, agace, fascine, déprime parfois... un film trouble, triste, sombre, mélancolique, et qui met sacrément mal à l'aise. Un film qui par sa lenteur peut aussi ennuyer profondément, laissant le spectateur osciller entre l'envie d'arrêter le supplice ou de le continuer...
Bref, ce genre de film dérangeant, lent, d'une profonde tristesse, dont j'ai horreur mais qui ne peut laisser insensible et qui a entraîné chez moi des sentiments contradictoires de rejets et fascinations...
Un film à voir lors d'un soir froid et pluvieux.


bloodyjane

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