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sweet sweetback's baadasssss song

sweet sweetback's baadasssss song

sweet sweetback's baadasssss song

Sweetback, c'est le nom qu'on donne à ce noir, "acteur" dans un boui boui érotique et qui fait son show tous les soirs en compagnie de nombreuses dames. Ce surnom, il l'a gagné par le nombre de ses conquêtes... car dès l'adolescence, notre héros fait tomber les demoiselles qui s'agrippent à son "dos soyeux" lors de extase.
Mais la vie banale de Sweetback va prendre un tournant le jour où deux flics viennent à la maison close demander un noir pour effectuer un faux témoignage. Le proxo leur vendra Sweetback. Le voilà en voiture pour le commissariat.
Sur la route, une manifestation de blacks perturbe l'ordre public. Les deux flics font donc un petit détour, missionnés par leur supérieur pour remettre du calme dans la rue. Ils chopent le leader : Moo Moo et s'isolent dans un chantier désert, uniquement animé par le bruit de grues.
Ils comptent bien lui mettre sa raclée, à ce jeune noir rebelle. Mais la menotte de Sweetback empêche l'un des flics de bien frapper...
Il libère donc Sweetback.
Et là ? Pourquoi ? Comment ? Que ce passe t il dans la tête de Sweetback ?
Celui-ci, après quelques longues minutes où il voit son "frère" se faire salement tabassé, passe à l'acte.
Il tape, tape, tape avec la menotte restée accrochée à son poignet.


sweet sweetback's baadasssss song

Voilà le début de ce film au titre si accrocheur. On pourrait le traduire par "la chanson de sweetback le salopard", mais celui ci perdrait de sa splendeur et de sa sonorité. "Sweet Sweetback's Baadasssss Song", tout un programme...
Mais par quoi commencer ?
Peut être par dire à quel point ce film, encore maintenant, reste atypique. J'ai littéralement été scotchée. C'est tout de même le premier film de blacksploitation... j'attendais depuis si longtemps ce moment où j'allais le regarder les yeux plein d'étoiles...
Rien à voir avec les autres blackex que j'ai pu voir jusqu'alors. Rien à voir avec les films proprets et léchés tel "Coffy". Il est également différent d'un "Shaft" même si on peut trouver certains points communs.
Tout d'abord, notons cette esthétique si particulière. Bien entendu, je m'attendais à un petit budget. Je me doutais bien que les financiers n'allaient pas se jeter sur Melvin Van Peebles, dont le projet était de créer un film de noirs sur le thème des noirs et de leur oppression par les blancs ! Ceci dit, le réalisateur a su tirer profit de ce manque de moyen. Le côté cheap, il en fait un véritable atout, et d'un point de vue artistique, c'est plutôt bienvenu.
D'emblée, nous entrons dans un univers particulier, populaire, cracra, violent, bousculé. Un univers violent par son aspect réaliste, mais d'une réelle poésie. Toute la force de "Sweet Sweetback's Baadasssss Song"se trouve là, il semble tiré de la rue.


sweet sweetback's baadasssss song

Le film est réalisé dans l'excès : Melvin Van Peebles multiplie les effets cinématographiques, il en fait une quasi overdose. Il use et abuse d'incrustations (superposant les images les unes sur les autres), le résultat final donnant parfois un tableau plutôt sympathique. La surexposition et la solarisation sont de mise. Des aplats de couleurs sont ajoutés ça et là, donnant un grain criard et agressif à l'image. Les mouvements de caméra (zoom avant - zoom arrière) se succèdent en saccade.
Tout ceci renforce la sensation que "Sweet Sweetback's Baadasssss Song" vient de la rue. Il est tournée de façon épileptique, saccadée, parfois brutale. Le tout est rythmé et s'adapte à la musique et aux actions qui se déroulent sous nos yeux ébahis. A l'image de la course effrénée à laquelle s'adonne Sweetback. D'ailleurs les sons, qu'il s'agissent de la BO ou de bruits extérieurs font corps avec l'image, comme dans cette scène superbe où les flics tabassent Moo Moo. C'est ce mélange sonore et visuel qui rend le tout quasiment insoutenable, d'une violence extrême, car le contenu des images est peu évocateur.
Parfois, le tout s'arrête quelques secondes. Marquant le coup. Le réalisateur stoppe sa respiration. Et puis ca repart.
Nous retrouvons aussi dans "Sweet Sweetback's Baadasssss Song" la texture du film porno bon marché des années soixante dix ainsi que des plans qui ne sont pas sans rappeler les séries télévisées des seventies et ses split screens.
Ce parti pris nous montre les références de Melvin Van Peebles, qui puise son inspiration dans la culture populaire.


sweet sweetback's baadasssss song

Melvin Van Peebles veut être libre, libre de son propos, libre de sa caméra. Il ne fait aucune concession, à l'image de son héros, dont il est l'acteur.
Et il réussit parfaitement. Son cinéma est libre de toute contrainte. Il n'hésite pas à nous montrer des scènes choquantes, tel cet adolescent faisant l'amour avec des femmes mures, à nous dévoiler une amérique crade, artificielle,violente, à filmer comme bon lui semble.
Il s'amuse également avec certains stéréotypes, tel le noir qui fait crier les femmes grâce à son organe magique (d'ailleurs, subrepticement, on pourra entrevoir "l'outil" tant convoité de ses dames). Les personnages sont d'ailleurs 'hauts en couleur'.
Au palmarès des personnages sympathiques et caricaturaux, nous avons "Beatle", gangster bedonnant, qui reçoit ses invités en petite tenue de bain, charlotte colorée sur la tête, et qui malgré la présence de Sweetback ne se gêne pas pour aller au toilette devant lui. Le tout filmé d'une manière "romantique" à travers un miroir arrondi : la scène en aurait réjouit plus d'un si une douce jeune fille aurait été à la place du gros Beattle... Ce qui heureusement n'est pas le cas !
Le prêtre n'est pas mal non plus dans son genre, habillé aux couleurs de l'Afrique. Il prêche, oui, mais pas pour la paix ! Loin des valeurs colportées par les prêtes habituels, il dira un "black avé maria" pour chaque flic frappé par Sweetback...
Ce petit monde est très masculin. C'est une affaire d'homme ! On ne peut dire que Melvin Van Peebles ne soit attaché à la cause des femmes, leur rôle cinématographique se résumant à faire l'amour avec Sweetback.
L'univers n'est pas donc pas peuplé de cowboys et d'indiens, mais de flics blancs vicieux qui manipulent la presse, de noirs pris au piège de la misère et de hell's angels délurés. Une amérique un peu moins édulcorées que ce que nous proposent les films de blancs : Nous sommes très loin du rêve américain.
Mais ce monde est très musical pour notre plus grand plaisir. Funk, thèmes groovy qui reviennent en leitmotiv, gospel : il y a un large pannel de musiques afro américaines. Bref, l'univers de Sweetback est sonore et agréablement rythmé.


sweet sweetback's baadasssss song

Le film reste minimaliste au niveau scénaristique, il s'agit juste d'une cavale jusqu'au Mexique, Sweetback court, s'arrete dans une communauté, reprend sa course jusqu'à la prochaine communauté et ainsi de suite. Malgré tout,on ne s'ennuie pas.
On pourrait en dire long sur "Sweet Sweetback's Baadasssss Song" qui, sous ses aspects cheaps, dénote une certaine profondeur.
L'engagement est traité de manière singulière, laissant toute sa place au côté artistique de la réalisation, avec laquelle le réalisateur prend des libertés pour notre plus grand plaisir.
"Sweet Sweetback's Baadasssss Song" est un tout. On ne peut le réduire à une histoire, à un film sur la cause des noirs, et à un vulgaire film de genre.
Melvin Van Peebles n'a pas cédé à la tentation de faire un film accessible. Il fait réfléchir, il émeut, il étonne, il surprend, il choque.
Il peut se regarder à plusieurs degrés.
Bref, je ne peux que vous conseille de voir cet petite perle noire qui est à l'origine de tout un genre cinématographique !


bloodyjane

Affiche(s)

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