* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

corta notte delle bambole di vetro (la)

corta notte delle bambole di vetro (la)
Aka: je suis vivant!, malastrana, short night of the glass dolls, paralyzed

corta notte delle bambole di vetro (la)

Un journaliste qui ne perd pas son esprit, alors qu'il est déclaré mort par les médecins, se remémore sous forme de bribes son enquête au sujet d'étranges disparitions de jeunes femmes et notamment de sa propre petite amie. Il finit par découvrir l'existence d'un club occulte, le "Club 99", composé de personnes très influentes.


je suis vivant!

Dans un premier temps on peut avoir le sentiment que le film se déroule de façon plutôt banale car les scènes s'enchaînent de façon assez plate, sans que l'on sache toujours exactement où l'on en est dans le cours de l'histoire. Si le spectateur partage le monologue intérieur du journaliste, il partage aussi une l'incompréhension partielle de ce qu'il est arrivé au héros. On avance donc toujours un peu à tâtons, suivant une piste puis une autre selon les réminiscences du journaliste; en ce sens, certaines scènes, par exemple celle où le journaliste s'approche de sa tendre avec un coussin à la main, laisse suggérer l'idée qu'un événement a préféré être refoulé par le journaliste: n'a-t-il pas tué son amie?.
Mais, plus encore, si l'on semble un peu perdu, voire un peu ennuyé si le film déplaît, c'est aussi parce que le film déjoue de façon assez subtile nos habitudes de spectateur de films de genre - que ce soit le giallo, le film d'horreur, et le film noir et même peut-être le film fantastique - . En effet, nos attentes sont la plupart du temps frustrées dans ce film : on s'attend à un meurtrier en chair et en os, il n'en sera rien; on s'attend à des scènes de meurtres mais elles n'arriveront pas réellement puisque les meurtres auxquels on assiste se déroulent de façon très rapide et sans artifices (par exemple un homme poussé par dessus un pont); de même, puisqu'on baigne dans l'atmosphère si particulière du giallo, on s'attend à des scènes sanguinolentes, à des lames terribles réfléchissant la lumière, or il n'en sera pas question (on a tout juste le droit à un pauvre petit cran d'arrêt plutôt inoffensif). Mais, plus déroutant encore, frôlant le fantastique, est le traitement de ce qui sépare habituellement les morts des vivants.


corta notte delle bambole di vetro (la)

Ce dernier point est ce dont traite le film de façon centrale, c'est-à-dire la question de savoir qu'est-ce qu'être vivant et qu'est-ce qu'être mort. Ne peut-on pas envisager des états intermédiaires inconnus, entre la vie et la mort. Ou bien encore, peut-on accorder une sensibilité à une tomate fraîchement cueillie? Cela peut faire sourire, c'est vrai, mais le film montre cela de façon assez sérieuse et au premier degré.
Prenons rapidement quelques éléments du film qui cherchent à brouiller notre vision simple de ce qui est en vie et de ce qui est mort : le héros d'abord est dans un état mystérieux, cela va de soi dès le début du film; ensuite certains personnages ressemblent davantage à des zombies qu'à autre chose, par exemple la femme blonde complètement inerte, statufiée, que l'on utilise comme un simple corps-objet (et dont le seul désir est de coucher avec un communiste avant de rentrer dans son pays), qui accompagne l'ami barbu du héros; il y a aussi le groupe de spectateurs assis écoutant un concert de musique classique, les membres du Club 99. Il faut noter que l'image de ces personnes dans un état fantomatique est très bien rendue et on éprouve un certain malaise en les voyant ; enfin, on n'arrive pas exactement à savoir si la petite amie du journaliste est partie voir ailleurs si l'herbe est plus verte, si elle est morte assassinée, ou bien retenue prisonnière par une secte satanique, ou encore si elle ne se serait pas tout simplement évaporée de façon irrationnelle; dernière hypothèse possible : l'esprit du journaliste ne parvient pas à se souvenir de ce que sa petite amie est devenue. On oscille un peu entre toutes ces possibilités sans parvenir à une conclusion franche.
Il faut noter d'autre part que la réflexion sur la vie et la mort se poursuit aussi en interrogeant le monde médical (et plus globalement le monde scientifique), car c'est bien celui-ci qui décide de la vie et de la mort, qui peut guérir ou tuer, et qui manipule les corps morts comme des choses inanimées (brrrr, quelle horreur!). Ainsi, autant les manières de mourir - disparaître, être tué, se suicider, ou n'être plus qu'un légume décadent - que l'état de la matière elle-même - être en vie, être mort, être un végétal (au sens figuré ou non), ou être une chose inanimée - apparaissent à l'image souvent de façon saisissante et intelligente. Cela permet aussi, d'un autre côté, de jouer avec les genres classiques du cinéma. Dès lors, même si parfois le film peut prêter à sourire, si le traitement n'est certes pas toujours sans défaut, le fond de l'affaire, à savoir l'analyse sur les causes mortifères est plutôt osée et attachante.


je suis vivant!

Un autre pas est franchi si l'on considère que les situations étranges que l'on pouvait prendre pour des faiblesses du scénario sont aussi les prémices d'une chute pure et simple dans la folie. Avec en prime la réponse originale à la question que l'on ne pouvait pas se poser sans une certaine dose d'anxiété: le journaliste sera-t-il ou non autopsié? Car en effet, même s'il l'on sait que le journaliste a perdu toute sensibilité corporelle, le film ne laisse pas de jouer avec nos nerfs en reculant intelligemment le moment où l'on va utiliser son corps comme s'il s'agissait d'une intervention post mortem. Le film va donc conclure sur la situation pas très réjouissante de notre journaliste qui n'a plus aucun pouvoir sur son corps et qui ne peut pas communiquer avec autrui. Toujours dans le même ordre d'idée (en ce sens le film est très cohérent), la réflexion sur la vie et la mort se situe à la fin du film plus directement sur le corps; avant la question corps du journaliste sur le point de subir une autopsie meurtrière, a lieu la fameuse scène des corps nus, entremêlés, dans une espèce de transe. La scène ressemble à un rite païen pendant lequel les individus ne sont plus que des corps sans esprit, pris de convulsions douloureuses ou semblant subir des vagues de pulsions fornicatrices incontrôlables (je me demande ce que le lecteur qui n'a pas vu le film se représente en lisant " pulsions fornicatrices incontrôlables "...) . La scène quoique entièrement démente apparaît aussi comme une sorte d'explication ultime aux disparitions mystérieuses: une secte qui contrôle tout (et même le reste) manipule les gens, un peu comme les Compagnons de Baal en plus psychédélique. Remarque au passage: alors que le groupe de personnes en pleine transe ne semblent plus maîtres de leur esprit, notre héros journaliste, lui, n'a accès qu'à son esprit. Le metteur en scène semble donc nous proposer deux genres d'aliénations, soit la perte de contrôle de l'esprit soit la perte de contrôle du corps propre.


corta notte delle bambole di vetro (la)

Il va de soi en outre que le film a un message politique à faire passer. Je laisse ce point de côté, parce que les messages politiques au cinéma, cela a tendance à me barber. Notons cependant que le film se passe à Prague, ville qui a fait basculer l'Europe de l'est dans le bloc communiste. Sans doute Prague vient aussi manifester cette situation paradoxale des personnages, à la fois bien vivants d'une certaine manière mais aussi exsangue à cause d'événements tragiques. À propos des rouges, il ne faut absolument pas manquer le flic (idiot) à la veste en cuir noir (prêt-à-porter style Gestapo) qui ressemble à s'y méprendre au Pepon de Dom Camillo (quand je dis " à s'y méprendre ", j'exagère un peu). Plus sérieusement, il y a le passage où le journaliste et sa petite amie, avant le drame, se courent après amoureusement dans l'étrange cimetière juif de Prague. Ce qui est sûr c'est que la ville, avec les événements politiques qu'elle évoque, son passé culturel et ses multiples statues, s'intègre si bien dans l'histoire du film qu'elle devient une sorte de personnage à part entière. Ce dernier point se répète d'ailleurs parfaitement dans un autre film d'Aldo Lado (Chi la vista morire?), dans lequel Venise participe littéralement à l'intrigue du film.
La toute fin du film, qu'il ne faut pas raconter trop précisément, est vraiment intéressante et perturbante. En effet, en une seule scène, par laquelle on passe alternativement et brutalement du point de vue du journaliste à un point de vue de spectateur absolument objectif, plusieurs choses se condensent, comme dans une sorte de cauchemar. La séquence réunit, alors que c'est tout à fait invraisemblable, plusieurs personnages du film, tous installés dans un amphithéâtre, position de spectateur privilégié, en train d'assister à un des meurtres sans doute les plus terrifiant: à la fois pleinement public et vécu de façon atrocement privée par la victime. Il fait nul doute que le réalisateur prend à partie le spectateur, et pointe ses folles pulsions scopiques. Mais on peut aussi en tirer une dernière réflexion: les épicuriens n'avaient pas raison de dire que l'on ne fait jamais l'expérience de sa propre mort. Enfin, cette finale qui tolère l'incohérence, fait éclater la trame narrative pour offrir une superbe et terrifiante séquence cinématographie, c'est tout à fait superbe.


orribile rene

Affiche(s)

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