* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

just before dawn

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Aka: survivance

just before dawn

Un groupe de jeunes en camping-car s'offrent une virée dans une forêt sauvage et profonde afin d'explorer une montagne qu'ils viennent d'acquérir. Ils ont le malheur de croiser sur leur chemin deux jumeaux dégénérés, sadiques et dénués de tout sens moral. Ils vont alors devoir faire face à la nature sauvage, à ces êtres ni homme ni bête, mais aussi à leur propre stupidité d'humains superficiels des villes.
Quatre grands moments structurent l'ouvrage. Comme prologue, on assiste d'abord à la tuerie d'un des deux soulards perdus en pleine chasse dans une ancienne église avec son cimetierre au beau milieu de la forêt. Ensuite, on fait connaisance avec le valeureux flic local (a forest ranger), qui se place entre l'inpugnable montagne et le monde civilisé. On enchaîne avec le corps de l'histoire, les déboires de nos jeunes délurés. Enfin, l'incomparable Final Girl, apothéose de violence, d'affirmation de vie et une pénétration fantaisiste en guise de dessert.


survivance

La nature est parfois ingrate, surtout quand elle s'exprime à travers un être dégénéré. Encore plus ingrate dès lors que la dénaturation est allée jusqu'à la duplication du même être dégénéré. Cela se découvre (à l'aide de solides champ-contre-champ) dans le dos d'une des victimes, dans une église désafectée, alors que l'autre frère, à l'extérieur, s'initie à l'art de la photographie. Décidément, mère nature semble à cran dans ce film. La montagne elle-même exprime sans cesse une menace et un manque flagrant de tolérance envers de jeunes citadins qui ne sont pas si détestables que cela. Il faut reconnaître qu'ils n'écoutent nullement les mises en garde de la Cassandre en rangers. Ils n'ont aussi aucun souci écologique puisqu'ils jettent parterre des cannettes vides. En outre ils pensent que tout leur est dû parce que ces fils à papa friqués ont l'habitude de s'approprier les choses à coups de dollars. Et, peut-être le pire, ils baignent dans le péché de chair des pieds jusqu'à la tête. En fin de compte, ils méritent peut-être de prendre une bonne leçon, ça leur apprendra les bonnes manières.
On peut dire que l'ouverture du film est exemplaire pour évoquer ce dont traitera le film. On a une concentration exemplaire de signes évocateurs et on a immédiatement envie d'en voir davantage. La nature apparaît immédiatement hostile, la montagne qui se profile est menacante et le refuge des deux poivrots est une église désafectée. Aussi le premier meurtre exprime immédiatement et intelligemment, en faisant voir que l'assassin endosse les habits de la victime, l'idée que ce qui tue n'a pas une identitée réelle, comme un individu conscient de lui-même. La suite du film confirme cette impression que les tueurs ne sont qu'une sorte de manifestation épouvantable d'une nature malade. Du coup, le fait que le tueur se dédouble n'apparaît plus comme un simple effet de surenchère. Ça tue, c'est " inanimé " (c'est-à-dire sans âme), et ne souffre pas des contraintes du principe d'individuation.


just before dawn

Au fond, le reproche que l'on peut faire à ce film c'est d'être trop " symbolique ", ou de trop réfléchir à ce qu'il fait. Le film ne veut pas juste faire horreur, il veut aussi faire penser Si vous aimer comme moi les films d'horreur " sans esprit " vous risquez d'être un peu décu. Le plus frappant à ce sujet est l'absence quasi totale de scènes gores, comme si le réalisateur voulait nous dire qu'il y a autre chose à voir. C'est frustrant et malin. Malin parce que le film peut faire autre chose que se résumer à quelques scènes de tueries lardées de filles dépoitraillées. Le film veut autre chose, et le plus emmerdant c'est qu'il l'obtient. Laisser les massacres hors champ permet aussi de rendre tout à fait explosif le " final girl ". Soit. À la fin, donc, tout est " au point " pour l'effet démesuré que l'auteur de l'ouvrage avait prémédité. Paf! en plein gueule le Final Girl!
Le film est intelligent, c'est dommage. Prenez par exemple la jeune fille sauvageonne qui tente de prévenir comme elle peut nos infortunés citadins. Elle est complètement l'opposée des tueurs débiles. elle est fraiche, douce et sensible. Très bien, mais du coup on se met à refléchir, et on ne risque plus de détourner le regard, on sort de toute possibilité d'horreur. Prenez aussi le flic du coin (Cassandre à ses heures) qui arrive un peu trop tard et repart un peu trop tôt pour être vraiment efficace. Dès que l'on fait sa rencontre, on le voit parler à son cheval et faire méticuleusement des greffes type banzaï dans son salon... C'est chouette, mais là encore on se met à refléchir en se grattant la tête: " tient, en voilà un qui est peut-être en parfait accord avec la nature, qu'est-ce qui peut faire pour sauver la planète, lui? " Et là, on est foutu, on repart dans le créno écolo. D'ailleurs, à ce propos, je m'étais fait un bon sandwich steak mayo, pour me nourrir pendant le film, et bien je me suis surpris à me demander si la viande que j'ingérais provenait d'animaux tués dans de bonnes conditions, si les oeufs de la mayo provenaient de poules élévées en pleine air...héééoo merdouille! c'est cuit, j'ai niqué ma soirée films d'horreur! Et la mayo qui dégouline sur la housse du clic-clac... Il fait ch.... ce film!


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Il est possible, me semble-t-il, de délimiter le film à l'aide de deux citations, dont leur réunion pourra peut-être laisser perplexes certains, mais je prends le risque. D'un côté, la phrase prémonitoire d'un de nos protagonistes : " Where we're going is no summer camp "; de l'autre, J.J. Rousseau lui-même, je crois cependant qu'il n'a pas vu le film: " un corps débile affaiblit l'âme ".
La dernière citation pourrait tout à fait être revendiquée par l'un des deux jumaux tueurs. En effet, le " final girl " du film reste un peu plus vraisemblable en tenant compte du fait que le grassouillet dégénéré éprouve des difficultés à se mouvoir correctement. Il était fort avec son frère et en acculant ses victimes. À l'inverse, dans la fameuse scène finale, la jeune femme est complètement enragée et compte bien voir le jour se lever.
La scène de fermeture offre d'ailleurs une scène inouïe. La jeune femme devient celle qui a le pouvoir - rare privilège pour une femme - de violer son agrésseur rapide comme un molusque. Elle le pénètre littéralement. De victime menacée de viole, elle devient celle qui a le plus gros membre que tous les hommes rêvent d'avoir au fond de leur culotte. Je ne donne pas d'autres précisions, comme ça, en restant allusif, ceux qui n'ont pas vu le film peuvent me détester: " qu'est c'qu'elle fait la fille??? ".


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La réalisation du film est impeccable et la photo est belle. C'est tout bête à dire, mais il est agréable à regarder et il comporte des scènes qui captivent vraiment. Je pense par exemple à celle où une jeune femme se fait peloter les jambes et le popotin sous l'eau dans le lac par le méchant (dégénéré mais roi de la plongée en apnée), alors qu'elle croit qu'il s'agit de son petit ami. Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'elle s'aperçoit que, d'où elles étaient, les paluches de son poutou ne pouvaient pas être assez longues pour réussir à l'atteindre! Cette scène est filmée avec en filigrane un torrent tumultueux qui semble nous dire "Fais gaffe mon gars! cette jeune nymphette insouciante que tu reluques est au sein de la sauvage et impétueuse nature qui ne va pas la laisser intacte".
Le film est quand même assez connu, mais si vous en entendez parler pour la première fois, allez-y voir par vous-mêmes, et évitez de mettre trop de mayonnaise dans votre sandwich.


orribile rene

Affiche(s)

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