* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

rosso segno della follia (il)

rosso segno della follia (il)
Aka: une hache pour la lune de miel, la baie sanglante 2, hatchet for the honeymoon

rosso segno della follia (il)

John Harrington est un assassin de jeunes femmes en robe de mariées sur le point de connaître leur nuit de noce. Or, John a beaucoup de chance puisqu'il est à la tête d'un atelier de haute couture spécialisé dans ce style de vêtement. Tout semble donc aller pour le mieux pour John, homme désirable et désiré par de jolies mannequins, riche, intelligent et cultivé. Malheureusement, deux " choses " viennent sans cesse le harceler. Sa femme, d'une part, qui se plaint que leur mariage n'a jamais été consommé, refuse de laisser son mari libre de mener sa vie comme il l'entend. La propre conscience de John, d'autre part, qui exige impérieusement " la vérité qui me pousse à faire cela ". " Cela ", c'est-à-dire tuer à coups de hachoir d'innocentes jeunes femmes. Il faut remarquer cependant que cette voix intérieure n'est pas le résultat d'une conscience rongée par le remords, mais plutôt un désir de maîtrise de soi jusqu'aux raisons des actes les plus pulsionnels; c'est pour cela qu'il affirme, calmement, au policier qui vient l'interroger, qu' " un esprit atteint de folie peut aussi avoir ses raisons ".


une hache pour la lune de miel

L'insensibilité de John, son cynisme désabusé, frappe immédiatement notre esprit dès que l'on fait sa connaissance. Il se regarde bien en face dans le miroir tout en monologuant: " Je suis fou ... Je suis un dangereux criminel que personne ne soupçonne. " Il en vient même à faire le philosophe: à la différence de l'animal, l'homme a conscience de la mort et dès lors, dit-il, " la vie se transforme en un drame ridicule et bref ". À la différence par exemple d'Albert DeSalvo interprété par Tony Curtis dans "L'Étrangleur de Boston", et même de Norman Bates dans "Psychose", notre criminel, dans "Une Hache pour la Lune de Miel", se présente à nous comme un homme dénué de tout conflit intérieur. Et si John recherche la cause de ses pulsions, il ne se pose pas en victime souffreteuse, comme Frank Zito (Joe Spinnel) dans "Maniac" de William Lustig. À propos, quel est selon vous le point commun entre "L'étrangleur de Boston", "Maniac" et "Une Hache pour la Lune de Miel" ? Un indice: il s'agit d'un accessoire qui impressionne ou fascine le " héros " et que l'on retrouve dans ces trois films mettant en scène un tueur en série. Je vous laisse un peu réfléchir. La réponse est écrite dans le dernier paragraphe de cette critique.
Revenons à notre propos. Plutôt que la douteuse taxidermie ("Psycho"), John préfère soigner de délicates fleurs dans sa serre. D'ailleurs, son secret pour avoir de si beaux spécimens réside dans le choix de l'engrais: le corps réduit en poussière des femmes qu'il a tuées grâce à un petit mais néanmoins efficace crematorium. Une façon aussi de préserver son sens du raffinement, c'est-à-dire de ne considérer ses meurtres et la façon de se débarrasser des corps que comme une belle métamorphose vers une beauté florale éclatante et délicate. Inutile de dire que le bourru Norman et ses marais cradingues ne font pas le poids. John n'a pas non plus la vulgarité cracra des propriétaires de "Motel Hell" qui font de la viande fumée de leurs victimes!
Puisque John a le sens de l'élégance, l'arme qu'il utilise est un miroir. En effet, son hachoir possède une lame qui fait facilement office de glace. N'allez donc surtout pas vous représenter notre assassin commue une espèce de boucher! Lorsque John brandit son arme il se regarde lui-même, s'observe agir et finit, un peu comme une auto-analyse, par se remémorer la scène première refoulée, traumatisante. À ce sujet, on ne peut qu'être surpris par le visage filmé en gros plan de John enfant: il exprime de façon bouleversante la haine et le désir de détruire, plus encore que lorsqu'il tue à l'âge adulte.
Mais John affirme aussi que ces meurtres sont une manière d'avoir le courage de ses idées: " Une femme, dit-il, ne devrait vivre que jusqu'à sa nuit de noce. Se donner une fois et ensuite, mourir ". Il affirme donc qu'il n'est pas juste conduit par des pulsions qu'il ne domine pas.
Mais il n'est pas toujours facile pour notre meurtrier d'avoir sous la main de jeunes femmes dociles qui se plient à ses désirs. C'est pourquoi il affectionne en outre ses dociles mannequins en matière inanimée qu'il utilise dans son atelier de mode. Cette attirance de notre héros est d'ailleurs aussi celle de Mario Bava. Pour l'un comme pour l'autre un mannequin fait de cire, dénué de toute volonté propre (comme une jolie fleur), que l'on peut disposer quand on le veut pour incarner (si l'on peut dire) toutes sortes de fantasmes, représente certainement la femme ou l'actrice parfaite.


rosso segno della follia (il)

Mario Bava, dans "Il Rosso Segno Della Folia", utilise le fantastique de façon économique et suffisamment intelligente pour que le spectateur se retrouve face à une sorte d'alternative. C'est en quelque sorte le spectateur qui fera ou non usage d'une lecture fantastique. En effet, soit l'on peut avoir l'impression d'assister à une sorte de complot finement dirigé par la police afin de démasquer le tueur en le faisant sombrer dans la folie. On lui fait croire que sa femme qu'il a tuée revient d'outre-tombe. Soit, réellement, c'est la mère de John qui visite, au cours d'une séance de spiritisme, sa femme et décide de se venger de son fils. John a alors tué sa femme mais pas le fantôme de sa mère qui garde l'apparence de sa femme.
Soit donc nous avons un film policier italien, un " poliziotto ", soit nous sommes en face d'un film giallo-fantastique qui empreinte aux films gothiques italiens des années 60. Je ne vous cache pas que le choix de la deuxième est de mon point de vue bien plus excitant.
Le choix entre policier et giallo-fantastique n'implique pas la même chose quant à l'accentuation ou à la minimisation de la provocation "morale" perceptible dans ce film.
Si l'on assiste à un film policier, John est puni par les autorités civiles et sombre dans sa psychose, ce qui tend à prouver qu'il n'était pas ce qu'il croyait être, c'est-à-dire un homme maître de sa vie, sans conflit intérieur. John perd les pédales et la maîtrise de soi qu'il manifestait n'était qu'apparente.
S'il s'agit de la vengeance de la mère, par-delà la vie et la mort, alors John n'a pas les moyens de lutter. Et ce n'est pas la police qui réellement le coince, ni son esprit morbide, mais une force obscure, pleine de haine et indestructible. La police ne peut rien contre lui. Alors ce n'est pas John qui craque. La seule chose que John ne savait pas c'est qu'il était impossible de tuer sa mère. Selon cette lecture littérale, John n'en vient jamais à se désavouer, il reste l'homme qui se regarde bien en face, dénué de sens moral. Si John est poursuivi par un spectre, il n'y a aucune idée d'éclatement de la personnalité, ce qui pourtant aiderait à garantir une fin plus morale à "Il Rosso Segno Della Folia". John est mauvais, il le sait, il a construit sa vie autour et personne n'a pu l'arrêter sauf le fantôme de sa mère.
Reste évidemment la lecture psychanalytique. À mon sens elle est celle qui écrase encore davantage le film vers du "bien connu" en subsumant toutes les scènes sous des notions valises telles que " Complexe D'Oedipe ", " Complexe de Castration ", etc.. Il est cependant indéniable que john accède à un souvenir enfoui dans son esprit, à la manière d'une psycho-analyse. Mais on peut toutefois s'étonner de cette scène et se demander ce qu'elle vaut exactement. La scène est en somme plutôt improbable. Il est possible d'imaginer qu'il s'agit avant tout d'un souvenir fantasmé. Cette manière de considérer que le souvenir lui-même n'existe que dans l'esprit de John pourrait peut-être permettre une interprétation psychanalytique moins simpliste.
Parfois on peut lire que d'un point de vue psychanalytique ce genre de film ne vole pas haut. On peut aussi se dire que ce sont les interprétations immédiatement simplistes qui réduisent le film à une psychanalyse de comptoir.


une hache pour la lune de miel

Les scènes les plus fortes du film sont celles du meurtre de la femme de John et les apparitions fantomatiques de celle-ci. La beauté de la photo, la précision de l'éclairage (Mario est vraiment un bon chef opérateur) créent une succession de plans très réussie.
Par exemple la scène qui suit le meurtre de sa femme et le ressouvenir du terrible traumatisme. Tout d'abord, John ne semble pas vraiment perturbé, ni par son souvenir, ni par le meurtre de sa femme. Il est en effet, comme à son habitude, en train de prendre son petit déjeuner raffiné dans le jardin de son splendide manoir. Pourtant, les motifs de sa tenue invraisemblable ne peuvent pas ne pas faire penser à des chaînes qui le parcourent de part en part: tout son corps est parcouru de maillons noirs sur fond blanc. En face de lui, le vent fait tourner les pages du livre posé sur la table, là où sa femme prend place habituellement. John referme violemment le livre, comme s'il empêchait quelqu'un de lire: la présence de sa femme est d'abord simplement suggérée. Ensuite, la servante sert, dit-elle, " madame ", parce qu'elle l'a demandé, paraît-il. Après avoir rempli la tasse de "madame", on voit la servante s'éloigner lentement puis, sans que la caméra ne se rapproche d'elle, on la voit se retourner. On partage le point de vue de John. Au moment où la servante se retourne, le plan change et on occupe le point de vue de celle-ci (plan très large): la femme de John est là, visible, assise sur sa chaise, un sourire étrange aux lèvres. Elle a l'allure d'un spectre, immobile, vêtue de noir et le visage très pâle, cadavérique. Derrière elle, les feuilles d'un buisson tremblent à cause du vent, mais nullement ses vêtements ni le voile autour de son visage, ce qui renforce l'idée d'une présence irréelle. Étrangement, lorsque John se retourne brusquement vers sa femme, celle-ci disparaît. Comme si l'apparition provenait de notre seul esprit.
Alors que la scène est relativement simple, l'effet est percutant grâce à l'exactitude de Mario Bava dans l'usage des éléments naturels, dans la manière, comme en surimpression, de faire apparaître le fantôme, dans le choix de la posture de John, et évidemment dans les choix des déplacements de caméra.
"Il Rosso Segno Della Folia" ("Une Hache pour la Lune de Miel") n'est pas non plus dénué d'humour; ainsi lorsque notre héros s'écrie "À nous deux, chérie!", en parlant à une valise contenant les restes calcinés de sa femme. L'acharnement qu'il met à détruire sa femme, même une fois réduite en poudre, révèle à mon sens un délicieux cynisme macabre chez Mario Bava.


rosso segno della follia (il)

Toutes les séquences sont riches et contiennent plusieurs niveaux de lecture. La longue séquence du meurtre de la femme de John, pleine de beaux points de vue grâce à une caméra qui utilise intelligemment le lieu du crime, c'est-à-dire un escalier (un escalier "hitchcockien") est évidemment superbe. Jusqu'à l'arrivée inopinée de la police juste après le meurtre, l'amateur exigeant du genre ne sera pas déçu.
Pour conclure, une indication de sommelier: avec un aussi bon film, il ne faut pas boire n'importe quoi! Alors évitez pour une fois les boissons gazeuses ignobles, vous n'êtes pas devant un navet américain mais devant un excellent film italien: alors Asti pour tout le monde, dans une coupe!
- Réponse à la question du paragraphe 2: l'usage marquant, dans ces trois films, de mannequins de vitrine. Un peu moins présents dans Le Tueur de Boston, ils subjuguent cependant l'assassin dès qu'il en croise.


orribile rene

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