* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

maniac

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Un homme, Frank Zito, obsédé par les souvenirs douloureux de sa mauvaise mère, mène une vie de patachon. En proie à des pulsions irrépressibles, il tue et scalpe sans vergogne. Sa consolation? Couvrir la tête de ses trophées capilaires les mannequins de vitrine qu'il possède dans son petit intérieur ; et aussi faire avec ces mêmes mannequins inanimés des choses pas très catholiques, c'est-à-dire ce qu'il ne peut pas faire avec de vraies femmes.


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Il est difficile de proposer une critique pour un tel film, même si l'envie de parler d'un si beau film est réelle. "Maniac" est culte, connu et reconnu. On a sûrement dit de lui ce qu'il fallait en dire. Les cinéphiles trouveront facilement de quoi s'amuser en lisant le casting. William Lustig est jeune et veut faire peur, Joe Spinnell est génial, Tom Savini idem et Caroline Munro est bien mariée.
Pour éviter de dire des choses que vous savez déjà, peut-être même mieux que moi ou que vous pouvez lire facilement un peu partout, je vais choisir un thème qui me paraît utile pour mettre en lumière les effets de "Maniac". Ce thème c'est celui de l'omniprésence.
Qu'est-ce qui est omniprésent?
Frank Zito, évidemment. On verra que ce qui fait peur chez lui, ce sont autant de méthodes cinématographiques pour le rendre omniprésent. Pour le dire rapidement : Les présences en chair et en os en premier plan, celles en filigrane, celles en dehors du champ, les occupations sonores, accomplissent une omniprésence parfaite. Tellement "là", que lorsqu'il s'efface, il laisse un manque que nous devons, bon gré mal gré, remplir à sa place (on verra ça plus bas).
Cette omniprésence est aussi supportée par une persistance des effets visuels afin que n'existe, entre les meurtres, aucun temps de relâche : climat d'angoisse persistant et omniprésence du tueur.
Le tueur n'est pas autre chose qu'un maniaque sexuel, il n'y a que cela à voir. Frank Zito n'a pas de vie sociale (même s'il donne le change un instant) et son mental est de part en part occupé par les souvenirs des sévices de sa mère à l'encontre de son corps et de sa psyché. Il est entièrement agi et n'est, au fond, que le gros bébé en relief de l'espèce de tableau accroché au mur sur laquelle on peut lire "born without A". Frank Zito est ce bébé, d'un relief écrasant.


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Voici quelques détails sur l'omniprésence de Frank Zito à travers un choix arbitraire de séquences.
D'abord, la séquence avec la prostituée : présence physique écrasante. La pauvre femme est recouverte du corps épais de celui qui va l'étrangler. Gros plan du visage de Frank en train de la tuer. La présence massive et malsaine de Frank impressionne la pellicule et notre esprit.
Ensuite, La séquence de la séance de photos au studio avec Anna d'Antoni (Caroline Munro). Il s'agit, si l'on veut, d'une pésence en filigrane qui devient plus importante que l'action principale. Frank Zito se tient immobile en arrière plan, dans l'ombre, sans bouger. Il observe et on le regarde observer, on ne regarde plus la scène en premier plan ; la caméra elle-même finit par tourner le dos à la scène principale pour nous montrer Frank qui regarde la scène principale.
Autre séquence, celle, si intéressante, si giallesque, du mannequin seule chez elle prenant un bain et finissant par se faire tuer par Frank Zito. Il s'agit d'une présence hors-champ et d'un manque à gagner. Frank ramène chez elle le bijou qu'il avait subtilisé durant la séance photo. Il n'est pas invité à entrer prendre un bain avec le mannequin. Il annule la fermeture automatique de la porte. S'en suit une longue scène (dont je vais reparler) pendant laquelle le mannequin se prépare pour aller se coucher. Frank Zito, n'est pas là mais ne va pas tarder, il devrait être déjà là, il devrait être celui qui assiste à ce que nous voyons. Peut-être est-il là, derrière, sans qu'on le sache. En réalité, nous avons pris sa place pendant un instant. Il nous a offert un peu de temps pour le remplacer (merci Frank, t'es un chou!). Frank a bien compris qu'il pouvait nous laisser jouer au voyeur. En ce qui concerne les choses importantes, il préfère faire le travail lui-même. On est donc lui jusqu'à ce que la caméra quitte la salle de bain en travelling arrière et rencontre la main de Frank Zito. Dès lors nous partageons son regard, la caméra se cale de nouveau sur lui, il reprend les choses en main.
Enfin, les séquences qui expriment une présence qui impressionne l'oreille et non plus la pellicule. Frank est alors hors-champ physiquement. On l'entend respirer au tout début du film. On fait donc d'abord sa connaissance de l'intérieur, par sa respiration; on nous dit immédiatement, alors que Frank regarde à travers des jumelles faites pour les touristes de passage (nous), que l'on va regarder les choses de l'intérieur. Plus tard on l'entend grignoter des "Cracker Jack" (sorte de popcorn) alors qu'il range un fusil dans une housse de violon. Quand on ne le voit pas en chair et en os, sa présence est en quelque sorte encore plus prégnante puisqu'on est en lui, pour ainsi dire dans sa bouche.
Ultime séquence, tout de même: la toute fin du film. Nous ne voyons pas la scène de ce qui s'est réellement passé. Nous sommes maintenant suffisamment immergé dans l'esprit du tueur maniaque pour assister de son point de vue à la revanche de ses femmes inanimées. La présence de son corps et sa présence intérieure fusionnent.


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Voici maintenat quelques exemples de séquences qui rendent possible la persistance de l'horreur.
Avant tout, ce qui va de soi: après un meurtre, on rentre à la maison. Or, être invité dans le petit intérieur de Frank Zito, en passant pas son intériorité, ne permet pas l'effet de relâche habituelle, après la violence du meurtre. Les choses continuent, on a le sentiment de descendre un peu plus dans le sordide.
C'est encore plus sordide après. Après le meurtre, après l'opération post-mortem. Tuer n'est pas le pire, scalper c'est plus horrible. Et puis, on descend encore plus bas en allant chez Frank Zito, dans sa tête et dans son petit intérieur (c'est la même chose).
Au fond, c'est triste et c'est méchamment contradictoire, Frank pleure. Cet homme épais, maniaque jusqu'au bout des ongles, est une victime qui n'arrive pas à se défaire de lui-même; de même que nous, spectateurs, on ne se défait pas de lui.
Une autre forme de persistance de l'horreur rendue possible grâce à notre réaction quasi pavlovienne vis-à-vis de notre passé de spectateur de l'horreur. Pour preuve, la scène du mannequin "seule". Lorsqu'elle met en marche les robinets de son bain, lorsque l'on voit le bain moussant s'écouler aussi vert que le sang est rouge, inutile de chercher plus loin ; nous voilà comme le chien de Pavlov : on commence à saliver, on ramène à soi notre expérience de Psychose, sans s'en rendre compte. L'aspect gentiment érotique de la scène est sapé, on se croit revenu en 1960 avec Norman et sa pauvre mère à lui, tout aussi sévèrement incitatrice.
Et, dans le désordre, à titre indicatif, on peut aussi noter quelques procédés résussis : par exemple, s'il ne se passe "rien", comme le déplacement d'un personnage dans la rue, cela se fait à travers un grillage. L'usage de tout de ce qui peut produire un sentiment de fermeture, de piège ou d'enfermement est parfaitement maîtrisé dans la fameuse scène dans le métro. La lumière est aussi un procédé présent dans le film, par exemple lorsque la photographe parle au téléphone avec Frank, elle est dans sa chambre de développement, entièrement éclairée d'une lumière rouge ; il ne se passe rien de méchant, mais l'éclairage annonce déjà quelque chose ou bien maintient une ambiance oppressante. Ou bien encore, the last but not the least, lorsque Frank est assis en robe de chambre, pensif, au bord de son lit. Il regarde la télévision. On y voit la ville de nuit filmée par un hélicoptère en vol. Or, l'image de la ville filmée par le vol de l'hélicoptère, sur l'écran de sa TV, devient l'image mentale de Frank. D'un coup, c'est lui qui rêve, plane et rode au-dessus de la ville.


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"Maniac", c'est l'histoire d'un maniaque. "Maniac", c'est l'histoire de la fin et de la synthèse des films d'horreur italiens des années 70. C'est aussi la fin et la synthèse des tentatives un peu bêtes du cinéma gore américain. "Maniac", c'est aussi le début d'une nouvelle histoire du cinéma d'horreur. Suppression, achèvemment et dépassement du genre. Hegel aurait aimé "Maniac" de Lustig-Spinnell-Savini.
Si vous n'aimez pas Hegel : Les réalisateurs de Maniac connaissent parfaitement les gammes du film d'horreur. Ils peuvent se permettre une improvisation suffisamment brillante pour créer de nouveaux standards.
Le conseil du sommelier: évitez de voir ce film si vous être trop jeune. Évitez donc de le voir avant 10 ans, vous risqueriez de ne pas comprendre l'histoire. Buvez une bière pendant la séance, du moins si vous n'êtes pas au cinéma. Cinéma? Ça existe encore? Voir ce film projeté sur grand écran, est-ce possible? René Chateau nous aurait-il fait oublier que Maniac était l'oeuvre de personnes passionnées par l'horreur projeté sur grand écran?
Félicitations au Forum des Images (Paris) qui a réussi à en projeter une copie.


orribile rene

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