* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

riget

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Aka: the kingdom, l'hôpital et ses fantômes

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Au Kingdom Hospital, des puissances occultes depuis longtemps silencieuses commencent à envahir cet édifice entièrement dévolu à la Science. La voix off du prologue nous explique que :
"Le grand hôpital de Copenhague repose sur d'anciens marais qui servaient, jadis, aux blanchisseurs. Ils y étendaient de grandes pièces de tissu. La vapeur qui s'en dégageait, enveloppait le lieu d'un brouillard permanent. L'hôpital y fut bâti des siècles plut tard. Les blanchisseurs ont fait place aux docteurs, aux chercheurs, aux plus grands cerveaux et à la technologie de pointe. Pour achever leur oeuvre ils l'ont nommé : "Le Royaume". Ignorance et superstition sont bannies à jamais du bastion de la science.... Mais il semble que le froid et l'humidité soient revenus..."
Deux personnages centraux structurent l'histoire : d'un côté, Drusse, la gentille petite dame qui entre en communication avec les esprits tourmentés de l'hôpital. Elle tente d'aider une jeune enfant fantôme à reposer en paix. De l'autre côté, Helmer, le chirurgien neurologue suédois complètement imbu de sa personne doit, malgré lui, travailler avec les "stupides danois" (comme il le dit lui-même). Il ne recule devant aucune méthode infâme pour éviter d'être accusé d'erreur médicale. D'autres personnages captivants et souvent inquiétants - ils ne sont jamais ce qu'ils ont l'air d'être - jalonnent les épisodes.


the kingdom

A l'occasion de la sortie du film "Antichrist" de Lars Von Trier, j'ai eu envie de vous parler de la série "Riget" ("L'Hôpital et ses Fantômes", "The Kingdom"). D'une part parce qu'elle mérite d'être mise en valeur ; mais aussi parce qu'elle peut permettre, on le verra, de mieux comprendre le rapport qu'entretient Lars Von Trier avec l' "horreur".
La série comporte 8 épisodes et elle a été écrite et réalisée par ce génial auteur danois en 1994 et 1997. Elle a été diffusée sur la chaine Arte en 1998. La sortie en DVD, longtemps après, alors que la série reprenait vie sous la forme (plus ou moins heureuse) d'une adaptation américaine avec la collaboration de Stephen King, fut pour moi une immense joie. Depuis, je visionne régulièrement "L'Hôpital et ses Fantômes" avec toujours un immense plaisir. Les personnages, évidemment, mais aussi l'image au grain surprenant, les situations dramatiques, l'humour et l'horreur parfois surréaliste peuvent provoquer une sorte de fascination pour qui a su se laisser prendre à l'énigmatique climat de "L'Hôpital et ses Fantômes". Parois même, les séquences prennent une véritable dimension poétique.
Je ne vais pas trop parler du contenu lui-même des épisodes. Car il est important que les effets de surprise et l'inattendu des développements dramatiques ne soient pas supprimés. Mais soyez prudents car, comme le dit Lars Von Trier lui-même, "derrière une façade excentrique et charmante, la terreur rôde".


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La vision du terrifiant et magnifique "Antichrist" donne envie de revoir "L'Hôpital et ses Fantômes" une nouvelle fois. Peut-être aussi a-t-on envie de s'interroger sur la place de l'horreur dans l'oeuvre de Lars Von Trier, puisque beaucoup semblent avoir été surpris et/ou déçus du basculement dans l'horreur d' "Antichrist".
Dans "Antichrist", Lars Von Trier a voulu faire souffrir physiquement ses deux personnages. Les douleurs morales, si bien étudiées par l'auteur dans ses oeuvres antérieures, deviennent des douleurs physiques.
Si, dans "Dogville", le personnage qu'incarne Nicole Kidman est entravé dans ses mouvements, il ne subit pas pour autant (à part les viols successifs) de sévices corporels ; son intégrité reste intacte, alors que l'on peut sentir que le basculement menace. A la fin du film, le personnage n'a pas de séquelle et sa "vengeance", même si elle est impitoyable, ne débouche pas sur des images d'horreur. Par contre, dans "Antichrist", Willem Defoe se retrouve lui aussi entravé, mais la meule qui l'empêche de se déplacer rapidement est directement vissée sur sa jambe. La différence (parmi d'autres, évidemment) entre ces deux films se situe dans cette volonté de faire souffrir physiquement les protagonistes de l'histoire. Le personnage qu'incarne Charlotte Gainsbourg abuse sexuellement de son mari, mais aussi le torture physiquement. Lars Von Trier passe donc du côté de l'horreur. Il a voulu que le drame tourne à l'horreur, avec tout ce qu'il peut y avoir d'improbable et de démesure dans ce tournant.
Or, avec "Riget" on constate que les images horrifiques et même carrément gores ne sont pas une nouveauté chez Lars Von Trier. Il a déjà depuis longtemps médité les effets des images d'épouvante. Voir "Riget" permet de se rendre compte que Lars Von Trier aime filmer des séquences proprement horrifiques. Mais, on découvre aussi qu'il ne faut pas trop le prendre au sérieux ; il faut toujours garder un peu de distance pour apercevoir le clin d'oeil de celui qui s'amuse avec des effets visuels parfois extravagants . Il se moque aussi malicieusement de ceux qui prennent les choses de façon réaliste et au premier degré.


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Pour Lars Von Trier, la série "Riget" fut, entre autres, la possibilité de s'offrir un voyage dans les thèmes, parfois les poncifs, du film d'horreur. Dans chacun des épisodes, il semble explorer avec délice le langage des films d'horreur. Dans le désordre, il faut vous attendre à faire la rencontre d'esprits tourmentés, du démon, d'adeptes du vaudou, de forces occultes, de têtes fraîchement coupées, de monstres, de tripailles bien sanguinolentes et, bien sûr, de morts vivants.
Dans "Riget", après chaque épisode, Lars Von Trier vient nous dire bonjour et nous invite à poursuivre l'histoire du Royaume. Il nous rappelle que si l'on veut le suivre il faut savoir "prendre le bien avec le mal" ; il nous dit cela tout en enchaînant le signe de croix et les cornes du Destin. Parfois, il nous livre des indications sur sa propre conception des images qu'il nous montre, par exemple, à propos du refus de voir quand les choses deviennent trop horribles, voici ce qu'il dit à la fin d'un épisode: "Ce n'est que quand vous détournez le regard qu'on vous a eus. C'est derrière les yeux fermés que se cache la vraie horreur."


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Dans "Riget", il ne faut absolument pas manquer la manière provocante utilisée par Lars Von Trier pour se moquer et montrer la vanité de la plupart des techniques thérapeutiques. En effet, il ridiculise autant la médecine occidentale que les rites vaudous ou certaines médecines parallèles. Il s'en prend aussi aux psychothérapies gestaltistes, et ceci d'une manière qui ne peut que provoquer le fou rire. De façon générale, il s'en prend au scientisme aveugle qui finit par devenir la pire des religions sectaires.
Si vous aimez les séries télévisuelles, ne manquez sous aucune prétexte celle-ci. Vous verrez quelque chose de vraiment original. "Riget" ne répond pas du tout au formatage américain des séries. C'est pourquoi on peut trouver les premiers moments du visionnage un peu déroutants, car ce n'est pas ce à quoi on s'attend ordinairement ; mais, une fois que les esprits du Kingdom Hospital se seront emparés de vous, vous finirez, comme l'ignoble Helmer, par vous écrier "Ha! P... de Danois!".


orribile rene

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