* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

black moon

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Au milieu d'une guerre des hommes contre les femmes, des femmes contres les hommes, et de tout ce qu'il y a de vivant, Lily, déguisée en homme, fuit. Sa petite voiture écrase un blaireau, et peu de temps après, elle arrive à un barrage, où elle assiste à l'exécution sommaire de femmes-soldats.
Elle est alors découverte par des hommes armées, ce qui la pousse à fuire et à abandonner son véhicule pour s'enfoncer dans la forêt.
Là, poursuivant la vision d'une licorne, elle arrive jusqu'à une ferme où vivent un fermier, sa soeur et sa mère.


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Nous allons défendre (ou attaquer) un petit réalisateur, dont vous n'avez certainement jamais entendu le nom (moi même je ne connaissais pas hier): Louis Malle.
Si Louis Malle mérite sa place au milieu de nos petits budgets rigolards (hormis avec "Histoires Extraordinaires"), c'est qu'il a écrit et réalisé en 1975, peu avant de s'exiler aux USA, un petit film étrange : "Black Moon".
"Ce film ne s'adresse pas à votre sens logique. Il vous décrit un autre monde, à la fois familier et différent. Comme vos rêves. Entrez dedans, avec votre émotion, avec vos sens. Laissez vous emporter, c'est un voyage que je vous propose." Louis Malle.
Diable, voilà une entrée en matière bien triviale - et pour être franc, qui m'agace singulièrement - un peu comme si avant de regarder un giallo, on vous écrivait avec les mêmes lettres blanches sur fond noir: "pas la peine de vous taper tout le film, c'est le journaliste le tueur".
Pourquoi ce message ? On peut prendre ça comme un avertissement pour faire sortir les mâcheurs de pop-corn, mais je doute que Louis Malle connaissaient en 1975 l'utilisation abusive faites aujourd'hui de ce met atypique (j'ai toujours pensé que seul le bétail mâchait du maïs). Pourquoi prévenir le spectateur, lui ôter cette incontrôlable envie de chercher un sens aux images ?
Soit ! Nous ferons abstraction de la réalité, de la vraisemblance, et de tout ce qui constitue nos structurelles sensations pour regarder "Black Moon" (on peut faire la même chose en regardant "Spiderman", remarquez).


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En fait non ! Impossible de ne pas chercher de sens, d'ailleurs, si c'est pour ne pas chercher de sens, autant ne pas regarder.
Nous assistons donc aux pérégrinations de la jeune Lily.
Nous savons peu de choses d'elle, sinon qu'elle est plutôt jeune, entre 15 et 19,5 ans environ - son âge varie et ne semble pas réellement fixé. Ainsi, elle ressemble parfois à une petite fille, parfois à une adolescente, parfois à une femme - on notera d'ailleurs la mise en scène plaçant de temps en temps la jeune femme en porte à faux avec une réalité légèrement démesurée, comme lors des scènes avec le verre de lait - inaccessible et un peu trop grand.
Nous savons aussi que Lily est à la fois le Fermier (qui s'appelle Lily), la Soeur de la ferme (qui s'appelle Lily), et éventuellement la vieille mère (dont on ne connaît pas le nom, mais dont on peut supposer qu'elle s'appelle Lily, comme ses enfants).
Lily arrive dans cette ferme, seul lieu semi-hospitalier au milieu d'un monde froid et hostile où personne ne parle la même langue, et où tous semblent vouloir la mort de l'Autre, quel qu'il soit.
Elle poursuit la vision (?) de la licorne difforme, forcément majestueuse mais claudicante, belle dans son étrangeté, avec qui elle a quelques bribes de conversations, mais qui la rejette continuellement.
Elle court physiquement après la licorne, comme elle court après le beau fermier muet (qui chante l'opéra) interprété par Joe Dalessandro - sans doute pour les mêmes raisons.
Elle court après ce jeune homme comme elle revient continuellement vers la marâtre alitée, véritable peste qui vampirise ses enfants (au sens figuré comme au sens propre, puisqu'elle boit le lait au sein de sa propre fille, ce qui n'est pas sans suggérer une sorte d'auto-cannibalisme incestueux) et qu'elle semble à la fois chérir et détester, car elle essayera de la tuer plusieurs fois.


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Perte de repères dans le temps, dans les lieux, ubiquité, éclatement de la personnalité, discontinuité, monde semblable au notre mais différent... Ca sent le rêve non ?
Mince, Louis Malle nous avait 'déjà' prévenu dès le début. Un paragraphe complet à analyser 3 indices pourris pour rien.
Pourtant, c'est le minimum syndical, et je le complète par le fameux :"il s'agit d'une relecture d'"Alice au pays de Merveille" ou du "Petit Chaperon Rouge"" - pour sans me fatiguer clôturer cette partie, en ajoutant qu'on y retrouve également tous les thèmes chers à l'adolescence - perte de repères, attirance physique et sexuelle, attirance/répulsion pour la mère, cannibalisme de celle-ci, peur du monde extérieur, replis sur soi et addiction aux jeux-vidéo (chercher l'intrus !).
Pourtant, il y a bien plus que cela, et si le film fonctionne, c'est bien par la "cruelle beauté" qu'il dégage. A cet égard, la première séquence, où un blaireau (que l'on devine plein de vie, puisqu'il renifle quelques fourmis au milieu de la route) meurt écrasé sous les roues de la voiture de Lily, est caractéristique de ce que sera tout le reste du film : impeccablement cadré, avec un montage (y compris sonore) percutant, lent, le tout est d'une pureté incroyable. On est face au génie formel de Louis Malle: la beauté dans la simplicité - même lorsqu'il s'agit de la mort d'un animal. Notons au passage la magnifique photographie de Sven Nykvist, à la foi désaturée et contrastée, réaliste et fantaisiste, qui étend ce sentiment de délicieuse noirceur.
Tout au long de "Black Moon", nous aurons de nombreux morceaux de bravoure de ce type, où nous assistons à des scènes "dérangeantes" sublimées par la caméra. Autant de bons points pour Louis Malle.
A l'inverse, on a parfois l'impression d'assister à une succession de tableaux, certains fonctionnant à merveille, et d'autres moins bien (je pense à la bataille contre l'aigle qui s'éternise, ou à la scenette d'opéra avec les enfants). De même, l'amoncellement de la symbolique tend à rendre parfois le film illisible :on s'y perd parfois face à des références que l'on devine, mais qui nous laissent un peu sur le bord du trottoir.


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Autant le dire tout de suite, je suis client de se genre de film. Rien ne me plaît moins que de me laisser aller dans un film qui ne raconte pas forcément une histoire ( à part peut-être regarder "I Drink Your Blood", ce qui n'a strictement rien à voir).
Néanmoins, j'imagine mal suivre l'exercice proposé par Louis Malle au début de "Black Moon", puisque, inévitablement, l'image crée du sens dès lors qu'elle est montée, voir même dès lors qu'elle est présentée (voir même, à partir du moment où le réalisateur en fait une prise, mais c'est un autre débat).
Il faut beaucoup de talent pour rendre ce genre de production "présentable" et tenir en haleine le spectateur de bout en bout - aussi optimiste soit-il. Louis Malle y arrive presque, ce qui n'est pas rien, et seules quelques ombres ternissent le tableau, comme certaines scènes qui tirent un peu en longueur, et une symbolique à mon goût un peu trop abondante, ce qui gâche la lisibilité de l'oeuvre et étourdit le spectateur.


maht

Affiche(s)

jaquette