* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

pin...

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Aka: pin: a plastic nightmare, schyzo dream

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Le Dr. Linden, sous ses airs de père la morale omnipotent et tyrannique, est un sacré rigolo. En effet, il se sert de Pin, un mignon écorché en plastique avec un short (echelle 1:1), pour palier à ses manquements éducatifs. Pour cela, il utilise un subterfuge diabolique : le Dr Linden use et abuse de son don de ventriloquie !
Ses enfants, Leon l'aîné et Ursula la cadette, reçoivent donc d'abondants sermons de Pin, avec sa petite voix chevrotante et sourde si nettement reconnaissable. Leon est d'ailleurs persuadé que Pin est vivant, et celui-ci devient son meilleur ami (même si, en théorie, Pin n'est autorisé à parler qu'en présence de son père).
Quand vient l'âge des boutons sur la figure et des premiers émois amoureux, Leon poursuit ses grands moment de fraternité avec Pin, tendit qu'Ursula devient une nymphette patentée.
Mais le père Linden découvre le secret de Leon, ses grandes conversations solitaires avec le mannequin. Il décide de se séparer de l'ersatz d'homme en polyuréthane, et meurt dans un accident de voiture mystérieux avec sa femme...et Pin.


pin: a plastic nightmare

L'enfance des deux chérubins sous la 'tendre' férule du paternel (et de la mère idoine) est posée en quelques scènes : Sandor Stern souligne la fermeté des parents, la presque sadique utilisation de Pin par le père Docteur. Il laisse aussi entendre une certaine forme d'homosexualité ( et/ou de fragilité) chez Leon, et une certaine propension à une sexualité exacerbée chez Ursula - et ce dès leur plus jeune âge.
La période "petite-enfance" sera fermée par une scène qui se veut choquante (avec un grand C) : Leon assiste aux galipettes d'une infirmière avec Pin, qui n'a d'ailleurs jamais aussi bien porté son nom. La scène arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, et on se demande comment l'infirmière arrive à faire quoi avec ce truc qui semble bien rigide et peu ragoûtant.
Bref, cette scène (suggérée - le film étant très chaste malgré de nombreuses connotations) symbolise bien maladroitement l'entrée dans l'adolescence du jeune garcon. Soit !
Suit l'adolescence des enfants, la maltraitance psychologique du père selon le même schéma, et l'aide toujours appropriée de Pin...


pin...

Une fois adolescent, on se rend bien compte que le petit garçonnet renfermé est devenu un grand garçon timide - toujours accro à Pin - tandis que la gamine impudique devenait le terrain de jeu préféré de ses camarades de classe - sur les banquettes arrières.
Néanmoins, pèse encore le poids paternel, véritable entrave à la vie (avec un grand V) des deux ados. Pour tout vous dire, le père ira jusqu'à pratiquer un avortement sur sa fille, en demandant à son fils s'il veut regarder - "pour s'éduquer".
Leon et Ursula, incapable de se libérer du joug de leurs parents, subissent et explorent la vie, l'une en expérimentant, l'autre en rêvant.
Alors, la mort des parents, c'est le début de la vrai vie pour les enfants : enfin libres de leurs mouvements, ils héritent qui plus est de suffisamment d'argent pour vivre tout leur vie sans travailler.
Et Pin prendra enfin place dans la maison, comme un membre à part entière de la famille.


pin: a plastic nightmare

Vous vous doutez bien qu'ici, une question hantera le film : "Est ce que Pin est réellement vivant ?" ou est-ce que Leon est cinglé, atteint de LA maladie des films d'horreur : la schizophrénie.
Tout cela semble d'une banalité affligeante, et les ficelles tirées font irrémédiablement penser à un vague resucé de "Psycho" (la voix chevrotante, le personnage immobile sur le fauteuil roulant, l'enfance bafouée).
Pourtant, considéré que "Pin..." n'est qu'un pompage éhonté de "Psycho" serait réducteur et surtout injuste (avec un grand I). Car s'il lui emprunte un peu de son scénario, il se focalise sur autre chose. Il ne laisse d'ailleurs pas réellement planer de doute sur la vie (ou non) du mannequin (sans pour autant délaisser des indices troublants. Ce qui est assez déstabilisant d'ailleurs).
Et si "Pin..." fonctionne aussi bien - outre sa réalisation correcte et sa mise en scène lente mais pas foncièrement idiote - c'est peut être aussi grâce à l'interprétation de David Hewlett (qu'on connaît surtout pour son rôle dans "Cube"). Méconnaissable en gringalet post-pubère et diablement efficace avec son regard dans le vague et son air de jeune premier - il cède parfois place à un personnage inquiètant aux yeux de fou - terriblement efficace.


pin...

Mais "Pin..." c'est avant tout une ambiance très particulière, doucereuse. Un peu vieillotte, comme les meubles recouverts de bâches en plastique des parents de Leon. Comme les habits de ce même Léon, toujours impeccables, ou sa mèche sur le côté, immuable. Bref, ça sent la poussière, la naftaline et la mémé d'antan (pas la mémé moderne, qui sent le Trésor de Lancôme et la crème antiride ! Non, la vrai mémé).
Il y plane un non-dit constant qui devient, à la longue, assez pesant. C'est l'angoisse, l'incommunicabilité qui pèse sur les épaules de Leon, enfermé dans sa folie, jouant inlassablement à la poupée pendant que sa soeur joue au docteur - (oui, enfin, elle ne fait pas que ça : elle travaille, elle a un petit ami, une vie active de jeune femme 'normale') .
Et c'est véritablement par cette ambiance étrange que le film se tient.
Ne crions pas au génie quand même. "Pin..." souffre de quelques défauts, et c'est principalement de maladresse dont il s'agit. Certaines scènes tombent un peu à l'eau, à force de vouloir être symboliques. Un peu comme si une jeune-fille en bikini passait avec une pancarte disant "Attention, la scène que vous allez voir est très symbolique".
Mais indubitablement Pin est un film qui a des qualités... avec un quand Q.


maht