* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

raisins de la mort (les)

raisins de la mort (les)
Aka: pesticide

raisins de la mort (les)

L'histoire commence dans un train, dont les uniques passagères sont deux jeunes et jolies demoiselles. L'une d'elles, la brune Elisabeth, fait ce voyage pour retrouver son amoureux, gérant d'une exploitation viticole.
Alors que son amie part faire sa toilette, le train s'arrête et Elisabeth, peu rassurée, voit bientôt s'asseoir en face d'elle un jeune homme étrange. Il semble malade, et rapidement, sa peau se putréfie ; ce qui, bien entendu, effraie la jeune demoiselle. Celle-ci se sauve de la cabine, passe sur le cadavre de son amie, précédemment tué par le même jeune homme, et tire la sonnette d'arrêt du train. Elle descend et court à n'en plus finir dans la nature, si bien qu'elle réussit à semer le jeune homme malade qui la poursuivait, le laissant en larmes sur les rails, seul avec sa misère.
Dans la campagne désertée, elle fait des rencontres insolites et s'aperçoit rapidement qu'une étrange maladie frappe la région : non seulement ses habitants "pourrissent vivants", mais ils sont la proie à des accès de fureur criminelle...
Notre jolie brunette réussira t elle à s'en sortir vivante ?


pesticide

Avec "Les Raisins de la Mort" l'attachant réalisateur Français, Jean Rollin, revient à ses anciennes amours, à savoir le film d'horreur. Ouf, il était temps ! Il n'avait pas réalisé ce genre de film depuis 1975 ( "Lèvres de sang").
On peut entendre que notre célèbre géant de l'horreur ait besoin de renflouer son porte monnaie avec des films X mais il faut bien dire que ceux-ci sont loins d'être intéressants...
Et c'est grâce à un revival des films de zombies et l'intérêt que le public lui porte que nous allons retrouver notre Jean National pour cette commande bien précise du producteur Claude Guedj.
Il est vrai cependant que "Les Raisins de la Mort" n'est pas ce que j'appellerai 'du pur Rollin', mais on sent néanmoins, avec grand plaisir, la pâte si particulière de ce réalisateur atypique et que l'on apprécie beaucoup chez AKA :
Tout d'abord, au niveau des décors et de la gestion de l'espace. Film de commande ok, mais Rollin n'est pas prêt à abandonner ce qu'il aime.
Et il aime quoi notre Jean ?


raisins de la mort (les)

Filmer une jolie brunette désespérée et perdue, courant dans un espace où il n'y a de vivant que la nature, la voir s'arrêter à la porte d'un cimetière gothique comme on n'en fait plus, errer parmi les vieilles ruines de maisons abandonnées...
Il aime quoi ? les grands paysages français. Il en montre la beauté cachée et naturelle, dans la couleur blafarde d'une fin de journée morose. Le soleil, les cocotiers et la couleur ne sont assurément pas de mise chez Rollin, adepte des nuages et de la grisaille, et c'est tant mieux !
Il aime aussi les paysans, austères et rustres, le terroir, le concret, le réel et les intègre à sa réalisation.
Dans cette campagne, Elisabeth fait quelques rencontres inhabituelles, des personnages parfois repoussants, parfois attirants, sortis tout droit d'un l'imaginaire 'rollinesque'.
Comme cette fille et son père, seuls dans une maison de pierre isolée. Ils sont statiques, presque déjà morts (le père enfourchera d'ailleurs sa fille après l'avoir dénudée). Les scènes filmées de ces deux personnages font d'ailleurs penser aux oeuvres austères et dérangeantes des peintres baroques Hollandais du XVIIème, à Vermeer ou Rembrandt... Ils pourraient être des personnages de contes de fée. Le père, que l'on pourrait comparer à un ogre, est méchant mais ce n'est pas de sa faute. Il est rongé par le remord d'avoir égorgé sa femme, mais ne peut s'empêcher de tuer... Elisabeth s'arrête dans cette maison (tout comme Ansel et Gretel l'ont fait), pensant être protégée mais en fait elle se jette dans la gueule du loup...
Il y a également ce jeune homme qui a dû être charmant, un jour, dont le front est en putréfaction. Ivre de douleur il n'hésite pas à s'automutiler, à s'éclater la tête sur la vitre de la voiture, laissant des traces peu ragoûtantes de pue sur celle-ci.
Ou encore cette jolie aveugle, en chemise de nuit blanche fluide, d'une autre époque, qui cherche, apeurée, son amant Lucas, pour l'heure devenu zombie. Elle ne cesse de l'appeler d'une voix douce et pure dans la nuit glaciale.


pesticide

Bref, le film fulmine de ces fantômes issus d'un univers merveilleux et naïf. Ils ne sont en rien ordinaires : ils sont soit très laids, soit très beaux, il n'y a pas de demi mesure. Ils sont tous emplis de pulsions fortes, convertantes qui les torturent inlassablement. Nous trouverons peu, dans "Les Raisins de la Mort" d'êtres apaisés.
De même, les situations sont déclinées sur le même registre, elles peuvent être à la fois grotesques et sublimes, cruelles et féériques, merveilleuses et réalistes, passant d'un extrême à l'autre. Rollin joue de manière plus ou moins grossières avec les émotions et ressentis humains.
Les personnages infestés par la maladie tuent leurs êtres chers avec la "passion de l'amour" qu'ils leur portaient auparavant. Les sentiments y sont décuplés à l'extrême, et Rollin ne peut s'empêcher de faire dans l'excessif. Ce défaut devient parfois une qualité, en tout cas, il est extrêmement touchant, il faut bien l'avouer.
Rollin s'amuse également à dérouter le spectateur. Par exemple, lorsque l'on aperçoit enfin le Lucas tant réclamé de la fragile aveugle, on tombe de très haut. A la place de l'image du doux prince charmant qui s'était forgée progressivement dans notre tête, Rollin nous place un paysan grassouillet, édenté, au rire gras, caricature du français de campagne, casquette sur la tête et baguette sous le bras, affublé d'un pantalon cracra et de bottes de caoutchouc... On se demande si le choc ressenti vient de son apparence, de son comportement si indélicat, ou de la pourriture qui commence à lui manger le visage.... Brutal retour à la cruelle réalité : dans la vie, le prince charmant n'est pas toujours le beau ténébreux jeune homme glamour à souhait. Le monde n'est pas fait que d'êtres beaux, délicats et sveltes et tout le monde a droit au bonheur de l'amour... Et oui ! Rollin nous rappelle cette vérité.
Et même ici le Lucas en question, tranchera le cou à sa tendre et belle, en lui disant "je t'aime". Et il continuera son chemin sans pourtant se séparer de sa chère tête aimée... l'amour ne rime pas toujours avec bonheur...
Bref, le commun des mortels côtoie et se mêle à des êtres vaporeux, comme la jolie Brigitte Lahaie, érigée en une déesse maléfique... et les héros ne sont pas forcément ceux qu'y en ont l'apparence.


raisins de la mort (les)

Il y aurait beaucoup à dire sur "Les Raisins de la Mort", notamment sur l'esthétique, les personnages et les situations. Et je me rends compte que je n'ai soulevé que les points, qui sont pour moi, adepte de Rollin, positifs du film et son caractère poétique. Ceci dit, comme je l'ai dit en incipit, "Les Raisins de la mort" n'est pas du 'pur Rollin' comme l'est "La Rose de Fer" ou "Vierges et Vampires".
Le film est un peu plus rapide, notamment pour la deuxième partie, sans toutefois réussir son pari d'atteindre l'efficacité d'un "Zombie" de Romero par exemple et à faire l'hunanimité auprès des amateurs du genre.
Il répond à une attente commerciale : le rythme s'accélère, il y a une accumulation de figurants, inhabituel chez Rollin, et la fin met en avant l'intrigue et le déroulement de l'action. Ainsi, l'ennui et la lenteur qui distinguent ses précédents films sont moins présents. Les effets spéciaux sont travaillés, les maquillages plutôt réussis, et le film montre des scènes parfois gores.
Bref, "Les Raisins de la Mort" se veut plus moderne, plus actuel, plus abouti, plus vendeur, moins Rollinesque donc.
Mais l'intérêt ne se situe pas là à mon sens.
On sent un Rollin partagé entre ses obsessions personnelles, décalées du cinéma de l'époque, et les exigences nécessaires à la réalisation d'un film qui se doit de plaire, avec une commande et des exigences précises (être tout simplement à la mode et plaire).
Et même si le film n'est pas le plus réussi de Rollin, il n'en reste pas moins intéressant par le lancinant oscillement entre sublime et grotesque, entre poésie mélancolique et réalisme campagnard, entre le beau et le laid, provoquant l'attirance et le rejet... car chasser le naturel et il revient au galop !
On aime donc "Les Raisins de la Mort" pour la qualité de ses défauts, pour son esthétique travaillée et on reste attendri une nouvelle fois par Monsieur Rollin.


bloodyjane

Affiche(s)

jaquetteposter