* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

visitor q

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Aka: bijitâ q

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Voici le quotidien d'une famille japonaise qui connaît une mauvaise passe. Le père, est un documentariste en perte de vitesse à cause d'une bande de vauriens qui l'a tabassé et violé à l'aide d'un micro. Tout ça sous l'oeil de sa propre caméra. Pour remonter la pente, et pour faire de l'audimat, il décide de tourner un documentaire très réaliste qui a pour objet les souffrances de son propre fils qui se fait battre et humilié par ses camarades de classe.
La mère, quant à elle, se fait méchamment rosser par ce fils qui doit bien expurger sa frustration d'une manière ou d'une autre. Du coup, complètement résignée, portant comme sous-vêtements un sac poubelle - sans doute cela signifie-t-il qu'elle a une bien piètre image d'elle-même - la mère de famille se prostitue afin de pouvoir se payer de la drogue dure. Cela lui permet de supporter les multiples vexations quotidiennes. En ce qui concerne la fille, les choses ne vont guère mieux. Elle se prostitue et stimule son père pour qu'il succombe à ses avances incestueuses, ce qui risque de briser le peu d'équilibre mental qui lui restait.
Mais, miracle ! Un visiteur étrange et peu loquace vient à leur secours, sans en avoir l'air. Son truc à lui, c'est de fracasser par surprise la tête des inconnus avec une grosse pierre ; non pour les détruire mais pour les faire réfléchir sur leur vie en les réveillant de façon brusque. Façon de dire qu'il incarne la possibilité de faire bouger le contenu sclérosé du ciboulot des individus de la pauvre famille déstructurée.


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Nous pouvons nous réjouir, taper dans les mains, jeter en l'air nos chapeaux, embrasser les (belles/beaux) inconnus(es) que l'on croise dans la rue, en leur disant "Vive notre décennie, vive elle et vive nous qui sommes dedans ! Nous pouvons rester optimistes !" Cette franche gaîté résulte d'un visionnage de "Visitor Q". Enfin ! -- comme vous vous le dites très certainement -- nous pouvons dire du bien des films d'horreur de notre époque. Nous avons notre propre film d'horreur qui devra à coup sûr marquer les décennies suivantes. Ce n'est alors plus la peine de rêver des années 60 italiennes, des riches, libres et déjantées années 70, des attachantes, quoique parfois un peu naïves, années 80. Plus la peine de bisquer devant ceux qui ont eut la chance de connaître le choc que pouvait représenter l'ouvrage d'un Terence Fisher, d'un Mario Bava ou d'un Antonio Margheriti, d'un Dario Argento ou d'un Wes Craven, d'un William Lustig ou d'un Sam Raimi, etc, etc.. Non ! Plus la peine d'être mélancolique, de broyer du noir réactionnaire. Nous avons (au moins !) le "Visitor Q" de Takashi Miike.
Ouf ! Nous voilà sauvés. Certes, on a eu (par exemple) "Audition", c'était pas mal essayé, mais il manquait la réelle, la franche et honnête saveur de la transgression. De la transgression... disons plutôt de l'image transgressive, pour être précis. Le film d'horreur, c'est le goût de l'image transgressive. Takashi Miike nous en offre un bon exemple. Ce n'est pas qu'il révolutionne la transgression elle-même, car, la pauvre, elle est aussi vieille que le monde humain, mais il nous en donne une nouvelle et réjouissante représentation. Il remet la transgression sur pied et lui insuffle une énergie qu'elle avait perdue. OUF ! Sauvé ! La première décennie du XXIème siècle n'est pas à jeter aux ordures de l'histoire du film d'horreur.


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"Visitor Q" est, dit-on, une critique de la société (japonaise) contemporaine, laquelle est en train de perdre ses bonne vieilles valeurs, à cause des jeunes (comme d'habitude)... Certes, mais la critique de la société n'est avant tout qu'un prétexte malicieux dans le but de triturer et de sonder soigneusement nos fantasmes, nos tabous, et nombre de nos angoisses inconscientes (c'est-à-dire ce qu'il y a de chochotte en nous). Plus intéressant que le contenu des interrogations de Miike sur la famille, c'est la manière dont il s'attache à supprimer ce qui, quotidiennement, structure nos rapports avec autrui, pour mieux les faire apparaître. Si, par exemple, nos interdits sexuels disparaissaient, si notre sens de la dignité humaine fautait le camp, que se passerait-il ? Miike s'amuse à profaner ces valeurs, ouvertement, jusqu'à l'excès ; et cela avec une absence apparente de limite. On a le sentiment de voir le commun des mortels évoluer dans une sorte d'état dénué de tout sens moral. Et cela en jouant avec l'horreur et le comique comme s'ils n'étaient finalement, l'un et l'autre, que l'endroit et l'envers d'une même pièce.
Miike, disent certains, va trop loin. Mouais... personnellement je n'ai pas bien le sens des distances, alors je ne me rends pas compte.
Sur un autre plan, quelque chose peut tout de même chagriner les esprits tatillons. Il s'agit des questions écrites à l'écran, au début du film. On peut avoir l'impression de se faire berner, comme un bleu. En effet, dire "Vous avez déjà couché avec votre père ?" ou, "On vous a déjà fracassé le crane ?", c'est bien gentil mais du coup l'image risque de ne pas se suffire à elle-même. Vous m'excuserez, mais ça flaire l'amateurisme ! Mais, Dieu merci, cela s'arrange très vite. Le film décolle très bien après cette ratée que l'on pardonne volontiers. On pourra mettre ce défaut sur le compte de la précipitation avec laquelle le film a été réalisé.
Autre chose aussi peut étonner, voire déplaire les natures voyeuses : le brouillage de l'image localisé sur les parties génitales des protagonistes. C'est bizarre et, avoir le sentiment d'un effet de censure devant un tel film, ça ne tient pas debout. Mais si ça permet d'éviter l'appellation incontrôlée "X", alors bon, on comprend. On fait avec. On ne va pas chipoter. Déjà que le film est parfois reçu comme un film porno, alors si on voyait les couilles du capitaine, je ne vous dis pas. Peut-être aussi que Miike ne veut pas que notre regard se dirige et s'attarde sur cela, parce que ce n'est pas ce dont il veut nous parler.
Autre chose encore me laisse plutôt perplexe. Vous ne manquerez pas de voir, pendant quelques plans longs, le micro du preneur de son apparaître à l'écran. C'est une chose qui arrive dans les petits films réalisés sur le pouce. En ce qui concerne "Visitor Q", on peut alors se demander si Miike ne joue pas au "petit film sans budget". Il s'agirait donc d'une sorte de faux petit film d'amateur. Miike est peut-être même dans une espèce d'hommage des petits films plus ou moins malsains, sans grandes nuances, plus ou moins bien réalisés, mais fait avec passion. Avant donc de penser à Pasolini, peut-être faut-il creuser plus bas...


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Je ne peux m'empêcher de vous recopier quelques répliques du film, en espérant que la traduction du japonais soit correcte. Elles me font rire et me permettent de penser qu'il ne faut trop prendre ce film au sérieux. Miike s'amuse avec nos nerfs, mais il cherche aussi à nous dire qu'il ne faut pas voir les choses au premier degré, d'une façon réaliste. Il décroche suffisamment avec la vraisemblance pour que l'on s'amuse et que l'on cesse de se dire que l'on a devant les yeux un film sérieux qui cogite sur la nature de la famille contemporaine dans les pays technos-déboussolés. D'ailleurs, "Visitor Q" s'occupe davantage de filmer les corps des individus, leur peau, que de filmer la chienlit des sociétés dans lesquelles les jeunes se suicident avant même d'avoir le Bac (Si si ! C'est vrai).
Maintenant, le dessert : les répliques : d'abord le père, parfaitement crétin et attachant néanmoins : "C'est parce que je suis éjaculateur précoce que tu te crois tout permis? Salope!" Suit une scène de viol qu'il faut croire incontournable dans le cinéma japonais. Je crois qu'on a le droit de rire de bon coeur, d'autant que les scènes suivantes s'arrangent pour aller toujours plus loin dans l'excès jusqu'à l'ignominie visuelle complètement improbable.
Encore une réplique du père, une réplique testamentaire : "J'ai fait un reportage sur la persécution de mon fils. Ça m'a permis d'explorer mes sentiments en tant que père. Je ne comprenais pas ce que j'éprouvais vraiment. Mais je comprends enfin. Ce n'était ni de la colère ni de la tristesse. Ça venait de là (il se touche les parties génitales). J'avais envie de baiser. Il y a des choses vraiment bizarres. "
Ca fait réfléchir. Surtout si l'on pense au contexte dans lequel il fait cette confession devant sa caméra.
Toujours le père. Attention c'est plus choquant : en pleine activité nécrophile, il croit s'apercevoir que la fille "mouille" cependant : "les mystères de la vie sont incroyables !", s'exclame-t-il. Puis, "Mais c'est pas un mystère de la vie, c'est de la merde, dit-il, lorsqu'il s'aperçoit que l'humidité qu'il ressent n'est autre chose que cette matière fécale."
C'est vrai, c'est ignoble. Mais c'est peut-être moins ignoble que ce dialogue que vous connaissez tous : "Mais... mais qu'est ce que c'est qu'cette matière ? Mais... c'est d'la merde ?! -- Non, c'est kloug." Ce qui est sûr c'est que le père doit faire face à une sérieuse épreuve de désenchantement en ce qui concerne les mystères de la nature humaine post mortem.
La seule réplique tendre du fils est extrêmement stéréotypée : "dès aujourd'hui je vais travailler à l'école", dit-il, alors qu'il trempe de tout son corps dans le lait maternel ; je trouve ça démesurément comique.
On dirait un peu du François Ozon, parfois. Du Ozon pour les hommes (je sais que l'on va me détester pour avoir dit ça, tant pis pour moi).
La mère aussi peut susciter le rire lorsque, dans une attitude pathético-comique, elle répéte sans cesse "Pas le visage ! pas le visage !".
La mère, c'est elle qui est à la source des images les plus folles, les plus belles, et sans doute les plus réussies. Je pense notamment aux scènes qui concernent l'éjaculation lactée des ses pénis mammaires.


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Attention ! Il reste vrai qu'il ne faut pas mettre ce film entre toutes les mains. Il est choquant. Mais il ne mérite pas pour autant une si mauvaise réputation. Je crois qu'en le voyant on peut finalement être étonné à la lecture de certaines critiques si virulentes. Il suffit d'ailleurs de lire quelques commentaires de "bloguistes" pour s'apercevoir qu'il peut malheureusement provoquer un rejet viscéral, aussi fort que lorsque dans les années 60 des comités étiquetaient certains films comme films à PROSCRIRE.
Pour conclure je dirais que si l'on peut penser à Pasolini en regardant "Visitor Q", de mon côté, mais cela relève sans doute d'une complexion toute personnelle, je pense plutôt à Buñuel. La plupart des scènes relèvent peut-être davantage d'un surréalisme réussi et réjouissant que de l'usage d'un symbolisme. Le symbolisme permet parfois de montrer ou de dire les choses sans en avoir l'air, le surréalisme, lui, met les pieds dans le plat.
Certes, certes, vous me direz que Miike est un petit joueur dans la mesure où il n'a pas su faire que le couple de "Visitor Q" s'exclame à la fin du film : "Quelle joie, quelle joie d'avoir assassiné nos enfants !" (réplique que l'on entend à la toute fin de "L'Âge d'or" de Buñuel, 1930).


orribile rene