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thriller - en grym film

thriller - en grym film
Aka: crime à froid, they call her one eye, hooker's revenge, thriller: a cruel picture

thriller - en grym film

Devenue muette des suites d'un viol dans sa plus tendre enfance, Madeleine commet une erreur irréparable quinze ans plus tard en acceptant d'être raccompagnée par un homme en voiture de sport.
Elle tombe sous le charme du bonhomme qui l'emmène dans un restaurant chic avant de l'inviter chez lui boire un café. La jeune femme est alors droguée, puis devient captive et addicte à l'héroïne. Trop tard : pour avoir sa dose, la jeune femme devra se prostituer, et accepter tout ce que désire son mac.
Mais c'est sans compter sur la force de caractère de la jeune fille qui refuse tout acte sexuel, et le premier client en fera d'ailleurs les frais. La vengeance du proxénète est immédiate : il crève l'oeil de la jeune femme pour lui apprendre à ne pas se révolter.
Enfin docile, Madeleine n'est plus privée de sa liberté que par son addiction à la drogue, et peut se déplacer. Devenue "la borgne", elle subit la vie de prostituée.
Mais elle garde au fond de son coeur l'envie de se venger, et va tout faire pour sortir du gouffre et se venger de ceux qui lui ont fait du mal.


crime à froid

"Thriller - En Grym Film" porte bien son nom. En effet, c'est un film des plus cruels qui ne prendra pas de gants, ni avec son héroïne, ni avec le spectateur.
Difficile d'en parler car on ne sait pas exactement par quel bout le prendre. Pur film d'exploitation - ou se voulant ainsi - il est tellement jusqu'au-boutiste qu'il ne peut être traité comme tel.
Je vais commencer par expédier le plus évident : "Thriller" ne fait pas dans le détail, et ne s'encombre pas de fioritures. Les décors sont simples, la mise en scène est efficace et carrée, résolument moderne, n'hésitant pas à cacher, mais aussi à montrer.
Il y a très peu d'acteurs, l'essentiel reposant sur les épaules de Christina Lindberg dans le rôle de Madeleine, et de Heinz Hopf (le mac), quelques seconds rôles et quelques figurants. D'ailleurs, le film ne tourne qu'autour de Christina Lindberg, sorte d'égérie filmée sous toute les coutures, centrée à l'écran. Les dialogues sont rares, la musique l'est tout autant. Très peu de maquillage, pas d'effets spéciaux, mais une impression de réel, de concret.


thriller - en grym film

Le film se décompose grosso-modo en trois partie.
La première demi-heure nous sert d'ouverture. On assiste au viol initial - début de l'enfer pour la jeune femme - en vue subjective de la victime. Pas anodin et assez glauque, le procédé précipite l'identification dès les premières minutes ( ou du moins l'empathie).
Les quinze années suivantes ne sont pas détaillées, et on assiste au second moment clé de la vie de Madeleine : le mac et sa belle voiture. Le resto, le sofa. La drogue.
Pas mal d'elipses, mais le réalisateur ne nous perd jamais : on suit les piqures, les réveils en manque, les piqures, les réveils en manque... Puis le premier client et l'oeil percé (voir "A noter" à propos de ce remake de la fameuse scène du "Chien Andalou"). Et l'acceptation en attente de la vengeance !
Une petite demi-heure, et on commence à discerner les tics de Bo Arne Vibenius : des scènes répétitives (la seringue), le goût de l'élipse et du hors champs.
La deuxième partie, à mon avis la plus remarquable, nous montre la vie (l'enfer) de Madeleine, son envie de se battre, et son apprentissage de la violence.
Ses clients (elle en a peu) la choisissent car elle n'a qu'un oeil : il y a un homme qui ne fait que la photographier nue, un qui la baise violemment et une femme qui aime la frapper pendant qu'elle la caresse.
Mélange de l'héroïne. Aspiration dans la seringue. Injection. Billets négligemment jetés sur le coin du lit. Inserts pornographiques. Bandeau sur l'oeil rose.
Ces scènes se répètent inlassablement, jouant le rôle d'un "calendrier de l'avant" sordide. Entre deux, on observe la jeune femme en train d'apprendre le karaté, la conduite automobile, le tir. Bandeau noir.
Puis c'est reparti pour une passe, un fix. Et le rythme s'accélère.


crime à froid

Parlons quelques instants de ces scènes pornographique qui jalonnent "Thriller - En Grym Film". Quand arrive la première scène, on se dit qu'il y a un mauvais montage, que ces scènes sont rajoutées par on se sait quel malin producteur. C'est vrai qu'elles ne s'intègrent pas très bien (grain plus marqué, lumière différente, pas de visage). Qu'il s'agisse de vraies scènes tournées par Bo Arne Vibenius ou d'ajouts tirés de films pornos n'a d'ailleurs pas réellement d'intérêt (même s'il semble bien que ces scènes ait été tournées spécialement pour "Crime à Froid"). Le fait est que ces scènes sont là.
Ces plans, affichant en détails les parties charnues de la bête à deux dos (typiques quoi !), perdent tout caractère sexuel, et deviennent purement démonstratif.
Et étonnement, bien que courtes si on les compare à la totalité du film, elles en disent bien plus sur ce que vit Madeleine que tous les longs discours et que les autres scènes. On ne peut être qu'étonné par la force de ces scènes, sur leur qualité narrative intrinsèque, alors que les pornos - qui en abusent - sont généralement si faibles... (en même temps, le but final n'est pas exactement le même !)
L'association cyclique de ces plans de pénétrations, des fix à l'héroïne, de la violence (Madeleine étant régulièrement battue) constituent l'intérêt même du film qui devient alors une expérience sensorielle et intellectuelle plus proche de l'art contemporain que du cinéma d'exploitation.


thriller - en grym film

La dernière partie nous montre la vengeance de Madeleine. Plutôt bien harnachée, elle ira se venger de chaque client, et fera son possible pour rendre la pareille au proxo.
Cette partie, la plus riche en action, est aussi la moins intéressante, quoi qu'assez jubilatoire. Elle offre aussi l'occasion de souffler un peu pour reprendre l'aspect plus traditionnel d'un 'film'.
On assiste donc à des combats et des fusillades assez conventionnels, mais entièrement au ralenti . Le procédé sympathique à cependant tendance à alourdir ces scènes, et leur donne une temporalité qu'elle ne mérite pas forcément (je pense à la scène de baston avec les deux agents des forces de l'ordre qui s'éternise un peu trop). Pourtant, les longues giclées de sang volutant dans les airs donne un côté hyper-graphique hypnotisant qui perpétue le caractère si 'artistique' du film.
La fin nous offre un duel westernesque, sorte d'apothéose finale sadique où Madeleine pourra satisfaire sa vengeance... hors champs.
Bo Arne Vibenius voulait faire un film qui mélangeait tout ce qu'il y a de plus commercial, le pire de l'exploitation en quelque sorte. Raté ! Le film est un véritable chef d'oeuvre et mérite une place auprès des grands films du cinéma, tendance "nouvelle vague dégénérative".
En bref : seringue, sexe et vengeance - la trinité selon "Thriller".
Un objet cinématographique dur sur la vie d'une fille qui n'a pas de chance.


maht

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