* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

dementia

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Aka: daughter of horror

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Voici, textuellement, en exclusivité, ce que "The Gamin" (Adrienne Barrett), l'actrice principale de "Dementia" a bien voulu me confier, lors de notre brève et unique rencontre :
Si vous prenez les faits eux-mêmes, vous n'auriez pas tort de me dire que les choses se présentent comme un film d'horreur.
Au tout début, vous entrez dans ma chambre d'hôtel par la fenêtre (j'espère que vous aimez ça !); exactement comme dans le début de "Psychose", d'ailleurs. Ensuite, comme dans un film d'horreur bis un peu extravagant, je sors d'un tiroir - celui de la commode de ma triste petite chambre - un superbe couteau à cran d'arrêt, très long. Je tue mon père avec, d'un coup dans le dos, par vengeance car il a tué ma mère. Un peu après, dehors, dans les rues mornes et désertées, je suis rudoyée par une pauvre cloche avinée. Heureusement, un flic vient me sauver. Celui-ci va rudement bien jouer de la matraque sur le corps de la cloche. C'est à ce moment que vous allez m'entendre ricaner d'un air mauvais pour la première fois. Ensuite, je m'occupe d'un homme (Bruno VeSota) gras, lubrique et riche qui était prêt à me payer une petite fortune pour abuser de moi. C'est à cause de lui que les choses tournent mal. En effet, je suis malheureusement obligée de couper, ou plutôt, pour être précise, de découper le poignet du bonhomme. Cela afin de récupérer sa main, laquelle retient quelque chose d'important et qui m'appartient. Je me demande si ce n'est pas quelque chose comme la soif du mal qui me pousse à faire tout ça.
Est-ce un de mes rêves ou bien un de mes cauchemars ? Vous allez sans doute penser que pour moi, c'est un cauchemar, mais non, c'est un rêve, et vraiment excitant, je l'avoue. Par moment, vous allez me trouver mauvaise, sadique et capable de tout. A la fin de l'histoire, vous allez penser que ça tourne mal pour moi et que ça vire au cauchemar. C'est assez vrai mais, en réalité, c'est surtout à cause de vous. Ce que je veux dire c'est que, au réveil, pour me comporter normalement, il va falloir que je sois écoeurée par tout ce tas de désirs interdits.


daughter of horror

Non, ce n'était pas un cauchemar, mais un rêve, avec mon cran d'arrêt, dans des lieux interlopes et au milieu de ces mauvais hommes qui me désirent. Car moi, vous le voyez, je suis plutôt courte et épaisse, tout est carré chez moi. C'est vrai que le gros dont je dois me débarrasser, il est plutôt dégueulasse, il ne ressemble pas vraiment au prince charmant. Le Prince que toutes les jeunes filles bien élevée doivent attendre béatement l'arrivée. Mais je sais que le gros, je le désire quand même, dans mon rêve, et je fais tout pour l'exciter. Pourquoi? C'est simple, il ressemble à Orson Welles (oui, vous voyez bien que physiquement il lui ressemble, c'est évident). C'est lui que je désire, lui et son cinéma, mais je comprends rapidement qu'il s'agit d'une méprise de ma part, ou alors que je n'ai pas le courage de désirer autant. Je le tue, sous prétexte de me défendre. J'essaie gauchement de jouer la sainte nitouche qui se rebelle, alors qu'en réalité ça m'excitait qu'il me prenne pour (et comme) une fille facile. Il y a un côté en moi, celui que vous voyez de moi en plein jour, qui refuse de faire ça comme ça, juste parce qu'on me donne beaucoup d'argent. Mais avouez que c'est excitant, un homme si riche qui a le choix et qui se tourne vers vous... Cependant, en chutant de son appartement qui dégouline de luxe, il va emporter quelque chose qui m'appartient. Je vais devoir faire quelque chose.
En fait, il n'y a pas qu'Orson Welles qui me fait envie, il y a aussi Humphrey Bogart; vous pouvez d'ailleurs reconnaître ce dernier, il se retourne à mon passage, avec envie, dans le club de jazz, à la fin de mon rêve.
Un autre type tout aussi porté sur la chose, m'accoste dans la rue. Il s'agit du gigolo, l'homme à femmes, celui qui me jette une robe de vamp et m'entraine dans une cave, un club de jazz (où l'on voit jouer les "Shorty Rogers and His Giants"). Je ne sais pas à qui il me fait penser ce gars-là. Il m'a choisi et il s'y connaît, il veut les plus belles. Et je suis réduite à ça, à un joli corps que l'on désire. Vous le trouvez plutôt répugnant ou vicieux, le gigolo ? Moi non, lui plaire m'excite, je n'y peux rien. C'est un rêve, pas un cauchemar, je vous le dis. A un moment, je monte sur scène avec les musiciens de jazz, j'ai la trompette juste là, tout près. Je vois le fou de jazz qui s'enivre du rythme, je l'envie car il a perdu la raison. On me regarde et je voudrais que l'on soit fou de moi comme le fou de jazz est fou de jazz. Faut dire aussi que j'en écoute, pour de vrai, du jazz, et je me prends à rêver dessus, j'oublie tout quand ça swing vraiment. Ça vous fait ressentir votre corps cette musique. Mais revenons à mon rêve.


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On parle de moi, je fais la une des manchettes, ce n'est quand même pas rien. Tout le monde peut se rendre compte de quoi je suis capable; un vrai monstre. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le nain me reconnaît immédiatement ; lui qui a joué dans "Freaks". Je sais bien que vous me voyez parfois avec l'air angoissé, mais ce n'est que ma petite conscience qui joue à donner le change pour que l'aventure puisse continuer. En vérité, je ricane. Pour être clair, je dirais que dans mon rêve, je rêve que les choses se sont passées comme vous le voyez, c'est-à-dire que ma mère est une vraie salope et mon père, qui aime bien me battre, se débarrasse d'elle. J'ai hérité de ma mère, il faut faire avec, et je suis plus puissante que mon père, car moi j'ai le cran d'arrêt, avec sa lame qui, en appuyant doucement sur le petit bouton, jaillit, étincelante, en faisant un mouvement si caractéristique, de bas en haut... vous voyez ce que je veux dire!
C'est vrai, dans la vie, c'est-à-dire ni celle de l'écran de cinéma ni celle de mes rêves, je ne suis qu'une petite secrétaire qui n'attire pas l'oeil, courte et carrée. Et je fais ce qu'il faut pour correspondre à l'image qu'on attend de moi. Mais je sais ce que je désire. Je sais que parfois je voudrais être une putain et trainer avec des gigolos pour aller dans les caves où l'on joue de la musique faite pour les plaisirs immédiats du corps. D'ailleurs, si j'y pense, lorsque par exemple, dans le rêve, je suis avec le gros dégueulasse dans une sorte de cabaret (au "Club Pronto") et qu'il mate la danseuse en fixant son regard concupiscent sur son entre-jambe, je voudrais que ce soit moi qu'il regarde. Je voudrais que ce soit moi qui excite les hommes. C'est pour cette raison que je prends un air sombre. Le prince charmant au teint pâle et aux gestes délicats, moi, que voulez-vous, ça me laisse sèche.


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Oh, vous pouvez vous rassurer! Le sentiment de culpabilité m'engloutit comme une vague énorme, comme celle que vous pouvez voir dans les images de mon rêve. C'est parce que je suis très bien éduquée; je n'ai pas le droit d'avoir ces sales désirs là. Ou alors juste en rêve, en cachette. D'ailleurs, encore une fois, soyez tranquille, mon rêve sur la pellicule sera censuré pendant longtemps. Vous n'avez que très peu de chance de voir les images de mon rêve. La vague de la censure emporte tout, et c'est moi qui disparais. Vous pouvez même, si vous voyez quand même les images, vous dire que c'est un méchant cauchemar. Moi je sais que c'est un rêve, un beau rêve. Tenez ! Je ricane encore à l'idée de tout ce qui a été mis en oeuvre pour que les images ne soient pas visibles, ou alors si mal.
Les choses vous semblent sans doute aller tout de travers, dans mon rêve. Or ce n'est pas de ma faute si, par exemple, je ne rêve jamais en couleur. Alors, c'est du noir et blanc, comme les vieux films que je vais voir au cinéma. Et si je reste muette, si je ne peux que ricaner par moment, cela en dit long. Mais, une voix de chanteuse d'opéra (Marnie Nixon), celle que je voudrais avoir, va vous poursuivre pendant tout le film. Si je croise un nain qui me tend un journal, vous pouvez trouver cela un peu bizarre. Pourtant lui, au moins, il existe vraiment (Angelo Rossitto), tel que vous le voyez. Et je crois que si je le vois c'est peut-être à cause aussi du souvenir d'un film avec Lon Chaney qui m'avait terrifié.
Et la main que j'ai découpée, je la cache dans le panier à fleurs; vous jugez ça comment ? Horrible, fascinant, ou absurde?
Parfois je me dis que les choses se passent comme cela parce que mon rêve est pour ainsi dire construit comme un film de cinéma tourné en six jours et avec peu d'argent. D'ailleurs, la plupart de mes rêves ressemblent aux films à petit budget. Mais, finalement, c'est normal car je vais souvent au cinéma. Lequel est un autre lieu, en dehors de mes rêves nocturnes, où mon esprit peut lâcher la bride. Les films au cinéma sont toujours un peu, pour moi, des rêves que l'on décide d'aller voir et vivre un peu.


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Voilà, ainsi se terminent les propos de The Gamin. Elle m'a encore dit deux ou trois petites choses, mais cela me concernait directement, alors j'ai préféré ne pas le retranscrire. Et puis, elle était pressée, ou du moins a fait mine de l'être. Malheureusement pour elle, je crois qu'elle fait des confusions entre ses rêves, la réalité et le cinéma. Elle ne sait plus très bien lequel des trois est l'image de l'autre. On lui pardonne aisément.
Ne manquez pas "Dementia". Il est extraordinaire. Le seul risque, c'est qu'il vienne vous hanter la nuit, comme moi au moment même ou j'écris cette critique. En effet, avant un réveil en sursaut, j'avais en rêve, en face de moi, The Gamin qui voulait se déshabiller pour me montrer quelque chose qu'elle avait caché sous sa robe de soirée. Je sens qu'il serait mal venu de lui refuser mon attention, bien que je me sente un peu coupable. J'ai envie de lui dire que je ne suis pas celui qu'elle croit. "Pour qui me prenez-vous, mademoiselle ?" Derrière elle, le nain aux journaux me regarde et semble vouloir me toucher. Sur une table, des instruments de musique. Le pavillon d'une clarinette (il y a des soufflants dans "Dementia", mais pas de clarinette) m'attire irrésistiblement. Je veux voir à l'intérieur de l'instrument. Ensuite, je dis à The Gamin que je sais qui elle est et que je connais son rêve, c'est-à-dire son film. Je lui demande de m'en dire plus. Je lui avoue mon désir de l'entendre parler d'elle et de son rêve.


orribile rene

Affiche(s)

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