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faceless

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Aka: les prédateurs de la nuit

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Un docteur en chirurgie plastique est victime d'une agression au vitriol. Mais, horreur! c'est sa soeur qui prend tout, en plein visage! Elle est immédiatement et entièrement défigurée. Tout marri, le docteur tente de soigner soeurette mais en vain car les dégâts sont trop importants.
Heureusement pour elle, on contacte un chirurgien, ex-nazi, qui a mis au point une réparation des tissus à partir de tissus VIVANTS. C'est-à-dire, concrètement, qu'il faut retirer délicatement la peau-visage d'une demoiselle en vie et éveillée, et la replacer là où elle manque. Alors allons-y. Y'a plus qu'à!


les prédateurs de la nuit

"Les Prédateurs de la Nuit" fait (ou devrait faire) débat. Un débat essentiel. Vous ne pouvez pas rester neutre, c'est inenvisageable. Une et une seule alternative vous est proposée: "Les Yeux sans Visages" de Goerges Franju versus "Les Prédateurs de la Nuit" de Jess Franco (remake de "Les Yeux sans visage"). L'un veut tout dire sans rien montrer (ou presque), l'autre veut tout montrer, au risque de ne plus rien vouloir dire. Il n'y a rien d'autre entre voir et ne pas voir, apparemment. Je sais d'avance que vous avez choisi l'un des deux, mais pas les deux. Oui, puisque le monde se divise en deux catégories, l'une comprenant ceux qui aiment "Les Yeux sans Visage" de Franju, et l'autre, le rebut, les sans-goût, les parias de l'image, les esprits brutes et puérils, les simples oculaires, ceux qui choisissent "Les Prédateurs de la Nuit", ceux qui veulent voir.
Mais, bizarrement, à vouloir tout montrer, comme dans ce film de Franco, on finit par voir moins que rien. On voit une sorte de farce, une criante irréalité visuelle; il est uniquement question d'images absolument naïves, au pied de la lettre; à tel point que l'on assiste vraiment au déplacement du visage de l'une pour se déplacer vers la face sans visage de l'autre. Montrer cela ne donne rien à voir. On pourrait croire que le visage est quelque chose que l'on pourrait ranger dans un tiroir. C'est plus qu'absurde. De telle sorte qu'on finit par se dire que l'on voyait plus de choses du côté de celui qui suggérait (Franju). On ne peut pas montrer ce qui ne peut se voir. Franju n'a rien montré parce qu'il n'y avait rien à voir; le hors champ était inouï (il faudrait le vocable équivalent de l'inouï pour la vue).


faceless

Décidément, on aura tout vu!
On aura tout sous les yeux, jusqu'à cet oeil qui SE voit lui même se faire piquer par une aiguille. L'oeil se regarde avec l'aiguille. L'oeil est piqué à vif, jusqu'au dedans. Mais que voit-on exactement si l'on se voit à la place de ce globe oculaire? Voit-on l'intérieur de l'oeil? Comme dans "Un Chien Andalou"? Non, ici, on en retire quelque chose, une espèce de sang du dedans de l'oeil. Le dedans du dedans de l'oeil est aspiré par la seringue. On en arrive à la même nullité (comme dans un procès raté qui s'achève par un non-lieu) dont il était question avec le visage qui se promène dans les airs.
C'est un point de vue, mais je préfère Jess Franco. je préfère l'idiot du village cinématographique. "Idiot" n'est pas un terme si méchant que cela. Je préfère ne plus rien y voir par cette monstrueuse parade monstrative. La parade des images idiotes, complètement et entièrement irréalistes à force de prendre les choses au premier degré. Une lapalissade visuelle: vous voyez, quand il nous manque un visage, il faut en trouver un autre (attention cependant à ne pas l'abîmer!). Le visage cela se découpe, se déplace délicatement, comme toutes sortes de choses par ailleurs.


les prédateurs de la nuit

Tout cela, ce ne sont pas des jeux de mots, mais des jeux d'images.
En fin de compte, je suis assez content que Brigitte Lahaie joue très sérieusement dans "Faceless". Cela donne au film une allure consciencieusement ratée. Sans doute voulait-elle impressionner quelque chose d'intéressant sur la bobine, et impressionner son compagnon René Chateau. Quant à Jess Franco, il a dû sans doute se gratter la tête plus d'une fois pendant le tournage. Pour une fois qu'il avait un peu les moyens, les acteurs, il ne va pas se priver de montrer pile ce qui ne pouvait pas se voir. Certains spectateurs, d'ailleurs, ne peuvent plus le voir, ce réalisateur-là, avec sa passion de l'image-esbroufe.


faceless

Lorsque j'étais petit, si l'on me disait "oh regarde, un éléphant rose qui passe dans le ciel!", je ne pouvais pas m'empêcher de jeter un petit coup d'oeil en l'air, histoire de voir. Avec "Les Prédateurs de la Nuit", je me suis encore fait avoir. Je devrais aller me faire voir ailleurs maintenant, car je n'ai rien dit de clair sur cette aberration visuelle.


orribile rene