* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

les lèvres rouges

les lèvres rouges
Aka: daughters of darkness, blood on the lips, children of the night, erzebeth, le rouge aux lèvres

les lèvres rouges

Au cours d'un voyage en Suisse, Valérie et Stefan se sont secrètement mariés alors qu'ils se connaissaient à peine. Selon l'usage, Stefan décide de présenter sa belle à sa famille, en Angleterre, mais une panne de train les forces à rester quelque temps en Belgique. Echouant dans un hôtel désert, ils réservent la plus belle chambre pour batifoler un peu.
Le soir même, une femme mystérieuse et sa secrétaire arrivent dans l'hôtel. La comtesse Bathory, car c'est elle, décide de sympathiser avec le jeune couple.
Mais la presse fait écho de bien étranges faits dans les environs : on retrouve des femmes mortes, vidées de leur sang un peu partout en Belgique. Et le comportement de la comtesse est équivoque.
Stefan, si tendre et amoureux, commence à avoir un comportement étrange, et n'est pas si décidé que ça à présenter Valérie à ses parents.


daughters of darkness

Nous suivons donc, quasiment en huis clos, ces quatre protagonistes (la comtesse, sa secrétaire et le couple) durant les quelques jours qu'ils partagent dans l'hôtel. On découvre peu à peu les personnages, et hormis Valérie, tout le monde semble avoir quelque chose à cacher.
La comtesse, d'abord, toujours impeccablement tirée à quatre épingle, qui joue d'ambiguïté avec Stefan et sa femme. D'ailleurs, tout le monde (le valet, un policier du village) la connaît depuis des années, mais elle ne semble pas avoir vieilli.
La secrétaire aussi a quelque chose à cacher : elle est l'amante de la comtesse, mais une sorte de prisonnière volontaire - à la recherche d'amour - éprise de liberté, fût-ce par la mort.
Stefan est le personnage le plus trouble : il aime sa nouvelle femme, mais en même temps, il ne veut pas la présenter à ses parents. Il semble d'ailleurs évident qu'il a peur de sa mère. Il a aussi un certain penchant pour le morbide et la violence, quelque chose que Valérie n'avait sûrement pas décelé en lui avant de se marier.


les lèvres rouges

Le mythe du vampire au cinéma, sans doute éminemment machiste, a souvent eu son pendant féminin. Certains réalisateurs s'en sont même fait les fers de lance, des conteurs passionnés et parfois passionnants (on peut citer Jesus Franco ou Jean Rollin qui ont fait de cette figure le personnage central de beaucoup de leurs films). Note au passage : très étrangement, les vampires femelles sont généralement lesbiennes, et préfèrent, elles aussi, les femmes ; d'une certaine façon, elles sont aussi sexistes que ces vieux-beaux à cape rouge et noire qui sucent le sang des belles sous la pleine lune.
"Les lèvres de rouge" respectent cette règle non-dite, mais se positionne très loin des films d'exploitation à la Franco, et est certainement plus proche d'un Jean Rollin.
Car le vampire, en métaphore filée tout au long du film, suggéré par quelques détails, n'apparaît point. Du moins dans ce qu'il a de crocs longs et acérés.
En effet, Kümel joue plutôt du mythe pour nous faire découvrir ses personnages, et l'ambiguë de l'humain. Le vampire originel n'apparaît que dans l'esprit du spectateur, et dans un plan qui, finalement, devient superficiel tant il est attendu : deux femmes lèchent le sang qui coule du cadavre d'un homme... je vous laisse deviner qui !


daughters of darkness

Je ne connais pas le cinéma de Harry Kümel, je le dis sans rougir, mais le monsieur sait de toute évidence ce qu'il fait.
La réalisation est soignée, quoi qu'un chouilla trop démonstrative. Le casting, sans ambiguïté, est remarquable, avec une mention particulière pour Delphine Seyrig en comptesse Marlène Dietrich-ienne, et pour la jolie Andrea Rau, qui joue la jolie secrétaire troublante ( une sorte de Mirelle Mathieu 'emo', pour reprendre un terme à la mode).
J'insisterai très lourdement sur la qualité, que dis-je, le génie, du thème musical de François de Roubaix, qui fait à lui seul une bonne part du boulot dans ce film. A écouter en boucle !
Et pourtant, et pourtant....


les lèvres rouges

S'il a toutes ces qualités, j'ai eu énormément de mal à entrer dans "Les Lèvres Rouges". Non pas que le rythme lent soit gênant. Non pas non plus qu'il souffre de défauts cruciaux - je n'ai eu de cesse dans cette critique de vanter ses qualités.
Pourtant, pour moi, le film tombe finalement un peu à côté. Peut-être par ses penchant trop démonstratifs dont je parlais plus haut, qui font plus penser à une approche littéraire que cinématographique.
J'ai parlé de Jesus Franco et de Jean Rollin plus haut, mais s'il fallait comparer "Les Lèvres Rouges" à un film, c'est sans doute à "Vampyres" de l'espagnol José Ramón Larraz, sorti trois ans plus tard. (D'ailleurs, les traducteurs fous ne s'y sont pas trompés, puisqu'ils ont tous les deux eu pour titre américain "Daughters Of Dakness").
"Vampyres" traite sensiblement du même thème que "Les Lèvres Rouges". Il partage aussi ce caractère atmosphérique, froid, sensiblement gothique, et singulièrement 'so british'. Pourtant, "Vampyres" est pour moi un petit bijou qui laisse une part importante au silence et au non dit, ce que ne fait pas "Les Lèvres Rouges" (ou beaucoup moins bien).
Surtout, "Vampyres" traite son sujet cinématographiquement, parfois très violemment et avec une cohérence singulière.
"Vampyres" est un pur film d'exploitation qui vire au cinéma d'auteur. "Les Lèvres rouges", lui, fait l'inverse.
Mon coeur, c'est un penchant naturel, tend vers le premier.


maht

Affiche(s)

jaquetteposteraffiche