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amityville horror (the)

amityville horror (the)
Aka: amityville, la maison du diable

amityville horror (the)

Le diable a fait construire. Il s'est offert une belle maison dans un cadre vraiment sympa, dans la petite ville d'Amityville. Cheminée-parquet-moulures à tous les étages. Bref, on ne se refuse rien. Le hic c'est qu'il n'aime pas la colocation alors que, perfidement, il fait croire le contraire. Une famille reconstituée va en payer les frais.


amityville

On peut se demander pourquoi ce film est si connu et pourquoi il fait peur. Car on ne peut pas dire que le film en tant que tel soit une véritable réussite; les comédiens ne sont pas fantastiques, la mise en scène n'est pas super et l'enchaînement des séquences semble parfois aléatoire, voire gratuit. Le scénario est simple, pour ne pas dire simpliste et les effets spéciaux ne sont pas terribles. On est loin de la précision d'un "Shining". Les points communs entre les deux films sont assez nombreux, retenons seulement le moins important, c'est-à-dire l'affection de George Lutz et de Jack Torrance envers leur hache.
Mais, après ces bémols, attaquons les dièses, et voyons immédiatement ce qu'il y a de bon dans "Amityville, la maison du diable":
la maison est hantée, et même carrément animée (au sens étymologique du terme, c'est-à-dire " doué de vie "). Ce n'est donc pas une maison qui héberge un fantôme; un fantôme qui viendrait enquiquiner les nouveaux occupants. Il y a une grande différence entre les deux approches. Dans Amityville, il est vrai, on a un peu des deux, mais dans l'ensemble le film réussit à nous faire croire que c'est la maison elle-même qui est douée de mauvaises intentions. Elle a un visage avec des yeux qui regardent - qui vous regardent -, un nez, elle saigne et paraît avoir des problèmes aux intestins puisque parfois une espèce d'ignoble bouillie sort des robinets ou de la chasse d'eau. En outre, elle ferme certaines de ses pièces pour piéger ses occupants et décide de la bonne marche de la glissière de ses fenêtres, comme autant de rotules ou de paupières.


amityville horror (the)

Donc le diable a fait construire, il ne loue pas, lui! Par contre notre héros et sa petite famille rapportée, faut pas trop qu'ils espèrent vivre le désir stéréotypé de tout américain moyen, surtout en période de crise financière. Car en effet, on l'a souvent noté, "Amityville" possède, comme le dit Stephen King, un " subtext ", c'est-à-dire une deuxième couche en filigrane qui structure le film. Il en dit plus qu'il paraît en montrer. De telle sorte que l'oeuvre est plus vraie que la réalité dont elle est censée nous rendre compte... (vous n'êtes pas sûrs de bien comprendre ce que je baragouine? alors je recommence:) ; autrement dit, donc, s'il est faux que le film nous parle d'une histoire vraie, par contre il contient quelque chose de très réel et de plutôt angoissant. En l'occurrence, selon Stephen King dans sa "Danse Macabre", "Amityville" met en place une véritable "economic horror story", une allégorie sur l'anxiété économique de la middle-classe américaine, qui ouvre les portes d'une pièce rouge sang, "a Money Pit". Par exemple, la scène du mariage du frère de l'héroïne, lorsque l'argent pour payer le banquet disparaît mystérieusement, n'est plus que l'expression de la frustration liée à l'argent. Celui qui attend d'être payé prend une place plus importante que le curé qui célèbre le mariage. Soit dit en passant, " Danse Macabre " contient d'excellentes petites nouvelles terrifiantes, comme "Desintox, Inc", "Une sale grippe" ou bien "La presseuse". Mais ce n'est pas le sujet.


amityville

Ce que dit Stephen King doit être vrai, et c'est tant mieux.
Mais revenons à la frousse que ce film peut susciter. Deux choses me font peur dans ce film.
La première concerne la scène de la baby-sitter avec son appareil orthodontique (pas facile de placer " orthodontique "!) particulièrement visible. Dès qu'on la voit, on se dit qu'avec ce qu'elle a dans la bouche personne ne va l'écouter souffrir. Ça ne rate pas. Et elle va en vain gratter de ses petits ongles la porte énergiquement fermée. Le sang qu'elle y laisse, est-ce le sien ou bien celui de la maison? Le sien, vous avez gagné; mais moi j'imagine qu'il s'agit du sang de la maison. La chose terrible dans cette scène c'est évidemment le manque de sympathie de la part de la petite fille adoptive de la maison. Il faut croire d'ailleurs que cette adoption est plus réussie que celle du beau-père George Lutz, et paf! bien fait pour lui.
La deuxième chose qui me fait peur est plus subtile mais terriblement efficace. Les individus de l'histoire perdent les liens, la familiarité, la proximité, l'intimité, ou comme vous voulez appeler cela, qu'ils partageaient avec quelqu'un. Aucun n'en réchappe. Je suis certain que si le malin existe, il doit s'amuser dans ce sens. Faire que les gens qui nous sont très proches, intimes, deviennent des étrangers, des inconnus jusqu'à en avoir peur, ça donne des frissons. Ce n'est pas une idée nouvelle, mais elle est plutôt bien faite, systématique tout au long du film, et pour tous les protagonistes. Je ne détaille pas, mais pensez-y (si vous voulez) en visionnant "Amityville", vous verrez que c'est vrai.


amityville horror (the)

Dans un livre sur le cinéma horrifique d'un universitaire très intelligent (comme tous les universitaires, ha non? Je croyais...), "Le cinéma d'horreur et ses figures", d'Eric Dufour, qui s'occupe ordinairement de philosophie, on nous explique très gentiment ce qui fait une des spécificités du cinéma d'horreur: un bon film d'horreur remet en cause le schéma narratif normal avec un début, un milieu et une résolution finale. Le film d'horreur ne finit pas mal, il ne finit pas du tout. Il ne finit pas, non parce qu'il ne trouve pas de fin, mais parce que se met en place une répétition du même sans élucidation possible. Or dans "Amityville, la maison du diable", cette idée est magistralement visible puisque le héros a la même tête que l'ancien locataire (qui a tué toute sa famille, je vous le rappelle). Les nouveaux locataires sont là non pour entamer un nouveau début mais pour que se répète l'horreur, que ce qui s'est passé se passe encore et encore. Voilà pourquoi au début d'"Amityville", au moment de la visite, on assiste en même temps à ce qui a eu lieu.
Une dernière chose: regardez le film à 3h15 du matin. C'est la bonne heure. La plupart d'entre vous savent pourquoi je dis cela. Éteignez bien les lumières. Mettez juste une bougie allumée un peu en retrait dans la pièce. Si vous avez un peu froid ça sera plus facile pour vous identifier au personnage; mais, pour une fois, laisser votre hache de côté pendant la séance.


orribile rene

Affiche(s)

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