* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

rue barbare

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Chet a tiré un trait sur son passé de loubards dans la bande des Barbares. Il veut maintenant vivre sa vie pénard, en compagnie de sa petite femme frigide, de son frère drogué, de sa belle-soeur prostituée et de son père timbré. Mais, pas de chance, il a le malheur de venir en aide à une jeune asiatique qui n'est autre que la cible des perversions sexuelles du tout puissant chef de la cabane des Barbares, Mathias Hagen. Du coup, forcément, Chet va être en bisbille avec Hagen; alors ils vont se coller une castagne mémorable.


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Incipit : "Un homme... Daniel Chetman, avait décidé de ne plus jamais s'occuper des affaires des autres. Pourtant, ce soir-là...", près du café "Au Bon Accueil" (vins, café, liqueurs), le destin de Chet va changer. La première scène qui nous présente les lieux se fait en suivant une jeune femme seule, enceinte et visiblement inquiète, obligée de prendre par les dédales du pâté de maisons qui appartient aux Barbares. On comprend immédiatement que l'on vit dans la crainte, près du "Au Bon Accueil" (vins, café, liqueurs).
Si vous n'êtes pas un adolescent des années 80, vous risquez d'avoir de la peine à entrer dans cette "Rue Barbare". Vous allez me dire que l'on ne peut pas être un ado des années 80, même avec beaucoup de bonne volonté. C'est sans doute juste. Mais faites un effort quand même. Dans le cas contraire, la "Rue Barbare" va vite devenir une "Rue Barbante". Étrangement, à sa sortie, le film a choqué les spectateurs. Peut-être n'avaient-ils pas l'habitude des films de genre. Car en effet, "Rue Barbare", c'est un film de genre, à la française.
Une réelle volonté de filmer la violence à travers des scènes longues et réfléchies donne néanmoins envie de s'intéresser au film. Mais, sans savoir pourquoi, les images me semblent en permanence utiliser un costume qui ne lui appartient pas. Le style est emprunté.


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Si vous pensez à "New York 1997"("Escape from New York", 1981) de John Carpenter, si ensuite vous imaginez un réalisateur de série française (type Navarro) qui se décide à faire quelque chose qui pourrait ressembler à un film de Carpenter, vous obtenez: "Rue Barbare". Je ne dis pas que Gilles Behat a voulu consciemment faire un "Saint-Denis 1984". Certes, la différence de budget entre les deux films est sans doute conséquente. Mais le traitement d'un espace où la loi n'existe pas, un peu comme dans un western - John Carpenter pensait au western en faisant "New York 1997" et Behat fait allusion au western dans le supplément du dvd de "Rue Barbare" - n'est pas pleinement convaincant chez Behat, à mon sens du moins.
La volonté de rendre compte de l'atmosphère d'un roman de David Goodis est louable et l'application de Jean Vautrin (Jean Herman) est intéressante. Mais malheureusement, le temps est cruel et n'a pas épargné "Rue Barbare". On a beaucoup de mal à vivre le film sans le dater.


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Même en le regardant au second degré, les choses sont parfois très pesantes. Quoique, la fameuse peignée à mains nues, entre Mathias Hagen et Daniel Chetman reste tout de même un moment fort. Ce n'est pas vraiment qu'elle agisse encore sur le spectateur, mais, par sa durée et le choix des plans, elle reste quelque chose dont il faut se souvenir.
Ce qui agace parfois dans le film c'est que les personnages parlent d'eux, ils s'expliquent; c'est franchement emmerdant. Par exemple, scène qui aurait pu être réellement saisissante, lorsque l'ami de Chet (Temporini, Pierre Frag) est zigouillé et retenu par des couteaux contre le mur. Le fou du couteau, au lieu de passer à l'action, se met à discutailler à propos de lui et de son attachement morbide envers les couteaux. Ça brise et ça fige toute l'action. A ce sujet il me revient une réplique de "Le Bon, la brute et le truand" : "quand on tire, on raconte pas sa vie". Les mêmes scènes, dans "Rue Barbare", mais beaucoup plus sèches, plus muettes, auraient donné au film un impact plus solide.
Pierre Donnadieu est par contre assez marquant. Il a quelque chose qui fait qu'on arrive à croire au personnage. On a envie de voir sa folie s'exprimer. Tout en blanc, avec ses deux petites queues de cheval, on s'attache à lui. Certaines séquences, il me semble, sont évitées, comme par exemple une scène entre Hagen et la petite asiatique qu'il séquestre. En fait, excepté la scène de la bagarre, Hagen n'agit pas vraiment. Ce sont ses barbares qui font les choses, comme s'ils n'étaient que l'incarnation de ses décisions. En ce sens, si l'on peut penser que Chet, en reniant Hagen, renie le mal, il me semble que le film se penche davantage sur la réciproque, c'est-à-dire que c'est bien plutôt Hagen qui souhaite supprimer une partie de lui qui voudrait le bien. Mais il ne s'agit peut-être que de mon désir de centrer le film sur Hagen, dans le but de "sauver" l'ouvrage.


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C'est certain, ce n'est pas un film intellectuel. Et les remarques du réalisateur dans le supplément du dvd, à propos des banlieues, sont, à mon sens, plutôt pathétiques. Grâce à Dieu, beaucoup de films ne sont pas des films intellectuels sans pour autant être stupides. Or dans"Rue Barbare", parfois, les scènes sont malheureusement plutôt stupides. La scène pendant laquelle Chet fabrique son poing américain... c'est tout une époque. L'irréalisme du film est tentant mais je ne suis pas sûr qu'il nous transporte très loin.
Pourtant, "Rue Barbare" a marqué les esprits. C'est une belle tentative de faire du film bis en France.


orribile rene