* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

angst

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Aka: schizophrenia, le tueur de l'ombre, fear

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"La peur dans les yeux, et le couteau dans la poitrine C'est mon dernier souvenir de ma mère.
Ça m'a valu quatre ans de prison, même si elle a survécu.
Après ça, je n'ai plus eu de problème jusqu'à cette vieille dame. Ses derniers mots furent : "Mon Dieu". Puis, plus rien. Je n'avais rien contre elle. L'envie m'est venue comme ça, et je n'ai pas pu m'en empêcher. Je n'ai pas pu l'expliquer, et on m'a condamné à 10 ans.
Les psys ont commencé à s'intéresser à ma personnalité. Quand ils m'ont interrogé sur mes rêves, j'ai dit que je rêvais de fleurs. Juste de fleurs. En réalité, je m'imaginais toutes sortes de choses. Ça m'aidait à contrôler cette envie... de tout faire éclater. La prison est censée vous rendre meilleur. Mais dans mon cas, je ne suis pas parvenu à éliminer mon besoin de torturer les autres.
Si on additionne, j'ai été enfermé plus de la moitié de ma vie. Cependant, je n'ai jamais tué uniquement par plaisir, il y a toujours eu quelque chose de plus.
Bien sûr, je sais que je recommencerai. C'est certain. Mais cette fois, ils ne m'auront pas".


schizophrenia

Vous vous direz que je ne me suis pas foulé, mais le premier paragraphe est tout simplement la retranscription de l'ouverture du film, les cinq premières minutes. Ca peut vous donner une idée de ce que l'on va entendre encore pendant une heure dix environ : les pensées de cet étrange héros. Ou plutôt anti-héros, car je doute que quiconque puisse avoir ne serait ce qu'un brin d'empathie avec ce pauvre type, persuadé de maîtriser son destin alors qu'il arrive à peine à répondre à ses pulsions.
Le Psychopathe, appelons le comme ça car c'est sans aucun doute de ce dont il s'agit ici (et en plus on ne sait pas son nom), va donc nous faire partager ses pensées, ses envies. Il essaiera de tuer une jeune conductrice de taxi, mais finalement échouera lamentablement dans une maison abandonnée... enfin, qu'il pense être abandonnée. Puisque quelques temps plus tard, il se rendra compte qu'ici vivent une vieille dame acariâtre, sa fille et son fils paraplégique et handicapé mental.
"Angst" est purement descriptif de bout en bout : il n'y a pas d'intrigue, il n'y a pas de suspens, pas de dialogue, pas un brin de narration, si ce n'est par le monologue angoissant du psychotique. Tout ce que nous allons faire, c'est suivre et écouter le tueur. Une relation forcée, comme un voyage en ascenceur avec un haut parleur branché sur le cerveau d'un inconnu détestable, est ainsi établie avec le spectateur. Elle permet de nous placer en spectateur sans passer par la case identification. Oui... Sauf que c'est le Psychopathe qui commande l'ascenceur!


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Le cinéma actuel nous habitue étrangement à des tueurs en série parfaits : ces types à l'intelligence froide qui endorment leurs victimes avant de les réveiller une fois correctement ligoté. Là, ils peuvent les faire souffrir, toujours plus sadiquement, pour la plus grande joie des spectateurs. (pas moi, les sadiques, c'est pas trop mon truc.... j'ai dû voir trop de films d'horreur.)
'Angst' est très loin de tout ça.
Le tueur se débat pour réussir son meurtre. Il est aussi perdu que ses victimes. Il n'a pas tout sous la main, il court à droite, à gauche, s'attaque à l'une puis à l'autre. Les victimes s'enfuient, se débatent violement. La vieille dame reste prostrée en voyant sa fille se faire frapper. Le Psychopathe chute, se trompe, ligote ses victimes n'importe comment, se blesse. Cette présentation anarchique, désastreuse du meurtre, rend ces scènes incroyablement réalistes et difficilement supportables. Bizarrement, cette scène fait penser à l'hyperviolence gratuite de nos amis du "Korova Milk Bar".
Chaque meurtre est abondamment commenté. Joyeux d'avoir joui (au sens propre), le Psychopathe est souvent partagé, un peu déçu de ne pas avoir tout maîtrisé et de ne pas avoir pris plus de temps pour faire son affaire. Un peu comme un homme après une partie de jambe en l'air un peu trop hâtive. Car c'est de cela dont il s'agit : de sexualité.
Les quelques détails, anodins, qui font basculer ces meurtres dans la "pornographie d'un dérangé" rend le film d'autant plus insupportable.


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Froid. Glacial même; on ne peut pas dire que 'Angst' mette toutes les chances de son côté pour attirer le chaland. Rien n'est fait pour rendre le film agréable : une musique coldwave est parsemé tout au long de 'Schizophrenia'. La tonalité générale du film tire sur le gris dégueulasse. Le ton monotonal-exalté du tueur donne envie de s'enfuir en courant. Même l'acteur, Erwin Leder, donne froid dans le dos avec son regard globuleux. Enfin, tout semble effroyablement sale, réaliste.
Mais qu'est ce qui peut nous retenir devant 'Angst' ?
Et bien tout cela en même temps. La réalisation tisse un lien poisseux entre le Psychopathe et le spectateur. A ce titre, on ne peut qu'applaudir la qualité de nombreux plans - souvent très longs - voir la virtuosité dans certaines scènes où la caméra virevolte littéralement autour du protagoniste. D'une façon générale, la caméra est extrêmement mobile. Elle tournoie sans cesse autour du tueur, donnant parfois le vertige - et très souvent aussi, elle écrase les protagonistes en se plaçant au dessus. Alors on est dans le personnage ou au dessus ?
Un peu des deux.
Pour les scènes très près, une Snorricam (caméra fixée à l'acteur) est utilisée abondamment. Fixée sur un rail autour de la taille de Erwin Leder; la caméra s'envole, passe dans son dos, revient devant, donnant un effet saisissant de légèreté.
Pour les scènes de très loin, on tourne aussi autour de l'acteur mais du haut d'une looma, comme un essaim de mouches. C'est un tourbillon incessant.
On pourrait d'ailleurs qualifier 'Angst' de film de cinéma technique (au sens industriel), et on ne serait finalement pas si loin de l'ambiance générale et de la musique que j'ai décris plus haut : Snorricam, Steadycam, Looma, toute la panoplie de caméras 'modernes' est utilisée abondamment. Elle est même posée en marque de fabrique, en style. Risqué, mais réussi, car la technicité du réalisateur (et/ou de ces cadreurs) ne vient pas gâcher le génie du film et ne vire pas dans le purement démonstratif.


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'Angst' n'est pas terrifiant comme peuvent l'être certains films de Lucio Fulci ou Dario Argento. Pas terrifiant comme peut l'être un film de Cronenberg ou un Hitchcock.
'Angst' est terrifiant comme des images de l'holocaust qu'on donnerait en bon point à des enfants de la petite école. Il n'est pas réellement terrifiant : il est dérangeant.
Il prouve encore une fois qu'un bon film d'horreur n'a pas nécessairement besoin d'effet spéciaux, si ce n'est d'un peu de sang.
Faire à la fois le choix de l'artistique, du parti pris (technique et artistique), de la technicité, et en même temps parvenir à nous imposer une vision réaliste, le pari était osé. 'Angst' le réussit totalement.
'Angst' est une perle oubliée comme on les aime sur AKA. Injustement méconnu, il faut que vous le voyez.
Et puis quoi : s'il ne vous plaît pas, ce n'est qu'une heure quinze à passer avec un esprit malade. Je suis sûr que vous supportez bien plus avec votre patron.


maht

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