* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

naked dawn (the)

naked dawn (the)
Aka: le bandit

naked dawn (the)

Suite à un pillage de train qui tourne mal, Vicente, ami et compagnon d'infortune de Santiago, meurt d'une blessure par balle. Vicente récupère les bottes et le chapeau de son ami. Par hasard, il fait la rencontre d'un couple de pauvres paysans qui ont tout, ou presque rien. Ceux-ci, Manuel et Maria Lopez, ne savent pas s'aimer et rêvent de ce qu'ils n'ont pas. Santiago va leur mettre sous le nez la véritable matière de leurs illusions.
Cependant, les pousses de maïs rachitiques attendent que le puit soit creusé et les jambes de Charlita - la belle danseuse espagnole - enflamment le coeur des hommes ivres de pulque.


le bandit

Deux mots sur Ulmer et sur Arthur Kennedy, deux très grands et trop méconnus du cinéma, avant d'entrer directement dans "Le Bandit" ("The Naked Dawn").
Edgar G. Ulmer, n'est pas très connu. Sans doute parce qu'il est l'auteur de petits (en terme de moyens) films de genre. Mais, dans le cinéma de genre, avec peu de moyens, il est toujours d'une efficacité sans faille. De mon point de vue il a fait un des plus beaux film d'horreur "The Black Cat", où s'affrontent Bela Lugosi et Boris Karloff dans un décor Bauhaus très impressionnant. Il a aussi réalisé un polar très solide avec des moyens très limités, "Detour". Et, ce qui nous intéresse, un des westerns les plus touchants de l'histoire du genre.
Ulmer a réalisé un tas d'autres petits films, dont par exemple "Babes in Bagdad" (avec Paulette Goddard), qui titille notre curiosité.
Il faut reconnaître que dans " Le Bandit " ("The Naked Dawn") , Arthur Kennedy fait le film à lui tout seul, avec une conviction permanente. Il est brillant. Pour les amateurs de westerns, c'est un nom ; mais on le connaît souvent comme second couteau, ou plutôt comme le second d'un duo marquant. Par exemple dans, " Red Mountain " (William Dieterle 1951), aux côtés d'Alan Ladd, ou dans " The Day of the Evil Gun  (Jerry Thorpe 1968)", aux côtés de Glenn Ford. Arthur Kennedy a aussi tourné des westerns sous la direction de grands réalisateurs.
Dans " Le Bandit " ("The Naked Dawn") , de façon unique je crois, il tient le rôle principal. Pourtant, c'est bien son remarquable génie du duo qui, très certainement, fait que " Le Bandit " ("The Naked Dawn") est si réussi. C'est ce dont on va parler maintenant.


naked dawn (the)

D'après moi, "Le Bandit" ("The Naked Dawn") est construit autour de trois grandes scènes, qui sont des duos.
La première, évidemment, concerne la longue séquence de l'agonie de Vicente. Ce dernier a peur d'aller en enfer parce qu'il est certain d'avoir péché mais Santiago (Arthur Kennedy) réussit à le rassurer si bien que le dernier soupir de Vicente devient un rire. La manière dont Santiago soutient son ami Vicente offre au spectateur le personnage en entier. La suite du film ne vient jamais contredire la vision que nous a donné cette première rencontre.
La seconde, plus légère en apparence, c'est celle de la beuverie au cabaret, avec Manuel. Santiago donne à Manuel son propre chapeau (qu'il avait récupéré à Vicente), ce qui symboliquement signifie qu'il passe de l'autre côté ; c'est-à-dire que Vicente n'est plus le petit paysan honnête et travailleur mais un vrai brigand. Il faut noter, dans " Le Bandit " comment un simple chapeau devient un véhicule de signification très puissant. Pendant cette scène de cabaret espagnol, les deux protagonistes ne sont pas tout seuls; mais l'espèce de sabbat auquel se livrent les deux personnages les lie de manière irréversible. Il s'agit donc de la scène pendant laquelle le duo Santiago-Manuel devient extrêmement tragique, alors qu'ils ne font rien d'autre qu'une fête à tout casser.
La troisième scène où Arthur Kennedy exprime son génie du duo, très touchante aussi, c'est celle avec Maria (Bretta St. John), la femme de Manuel. Il lui parle et lui donne une image de la ville qu'il veut rejoindre : Vera Cruz ! La ville fantastique entre toutes, la ville de la liberté. Mais lorsque Maria exprime son désir d'y aller avec lui, alors il se recule brusquement et réalise les conséquences de ce qui arriverait s'il acceptait. Les belles images qu'il lui offrait pour la séduire, ou bien pour se donner l'apparence de l'homme le plus libre du monde, deviennent des images extrêmement tristes et illusoires.
Les trois scènes sont extrêmement simples ; leur montage est parfois approximatif, on sent qu'il a fallu se débrouiller pour que cela fonctionne. Mais la manière d'Arthur Kennedy de mener ces scènes fait que nous assistons à de vrais moments de poésie. Cela sonne parfaitement, sans lyrisme creux, sans rien de mièvre ni de sur-joué pour faire pleurer dans les chaumières.


le bandit

Je me souviens de la réaction d'une dame à la fin d'une séance de "The Naked Dawn" dans un cinéma parisien (l'Action Christine). La dame, qui avait suivi scrupuleusement le festival Western, s'est faite remarquer en manifestant son désaccord face à ce film : "A côté d'un Ford, a-t-elle dit en substance, ce film, c'est de la gnognotte !". De mon côté je suis resté une séance supplémentaire puisque l'Action Chritine est un cinéma permanent mais je suis encore étonné par la réaction de cette dame. Je crois bien sûr que l'on peut aimer les deux (Ford et Ulmer) mais il y a en effet une saveur particulière dans un film comme "Le Bandit" qui n'est pas forcément audible par tout le monde. Au contraire, comment ne pas aimer sur le champ la perfection d'un western de John Ford ?
Pensons à une autre scène du "Bandit", une superbe scène, sans Santiago cette fois : lorsque Maria fait sa toilette pieds nues dans la terre molle, avec autour d'elle des poules et des cochons (on dirait du Bunuel). C'est extraordinaire et cela ne se verra jamais dans un John Ford !
On peut même parfois se demander en quoi "The Naked Dawn" est un western. Il y a quelques codes du genre mais ils restent ténus. D'un autre côté il faut reconnaître que certains films ont un décor western très présent mais... justement, ce n'est qu'un décor. Autrement dit, vous savez maintenant, grâce à mézigue, qu'un décor de western et des scènes de western typique ne font pas forcément un western. C'est dingue, non ? Mais dès lors, où donc se cache l'essence du genre ? Mystère et boule de gomme !


naked dawn (the)

Le visage de Santiago ne pourra plus vous quitter. Il est toujours entre l'ange et le démon, la tentation et la rédemption. Santiago a le visage sale, mal rasé, il crache et boit trop de pulque. Il a raté sa vie, enchaîne les mauvais coups et brûle l'argent dans les vices. Il rêve de la grande vie à Vera Cruz, sans y croire lui-même. Il veut se faire passer pour l'homme libre, une sorte de Knulp, mais n'est qu'un pauvre type, qui parfois devient un serpent et tous se laissent prendre.
Je ne sais pas comment Arthur Kennedy a su si parfaitement jouer son personnage, mais en tous les cas je vous conseille "Le Bandit" ("The Naked Dawn") d'Edgar G. Ulmer et vous enjoins de taper des mains pendant la fantastique exhibition de la danseuse de beuglant espagnol, Charlita, AÏE AÏE AÏE !
Le DVD n'est pas encore disponible chez nous, ce qui est un triste scandale.


orribile rene

Affiche(s)

jaquette