* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

black spurs

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Aka: les éperons noirs

black spurs

Santee (Rory Calhoun) compte bien conclure avec la belle Sadie (Linda Darnell). Mais finalement, au dernier moment, juste avant d'écaler les oeufs durs, il décide de prouver qu'il a la plus grosse... c'est-à-dire qu'il est le plus fort et qu'il peut ne faire qu'une seule bouchée du légendaire bandit aux éperons noirs. Une fois chasseur de primes, la routine s'installe très vite chez notre héros. Alors il lui faut du nouveau, sinon il risque de nous faire une dépression. Par chance, on lui offre une mission des plus excitante et rondement bien payée : rien de moins que ficher un bordel monumental dans une petite ville afin de ternir son image de marque (à la petite ville). On sent que le job plaît à Santee mais malheureusement, comme d'ab, à cause d'une belle, les choses se compliquent.


les éperons noirs

Je ne sais pas pour vous, mais moi, rien que le titre me met le coeur en joie. "Les éperons noirs" ("Black Spurs"), cela flaire bon le petit western de derrière les fagots. Dès le générique et les paroles de la chanson, on sent bien que l'on ne s'est pas trompé. Et en l'occurrence, vous pouvez me croire, on est bien servi. Il est vrai que pendant le film on rit. Mais attention, ce n'est pas un rire méprisant, un rire moqueur. Au contraire il s'agit d'un rire sain venant d'un plaisir simple et entier. Le réalisateur n'aurait pas à se sentir vexé de cet élan du coeur. "Les éperons noirs" nous offre ce vrai plaisir du petit western sans nuance, avec ses codes qui pèsent une tonne. De toute façon, l'oeuvre n'a qu'une seule prétention : ne pas ennuyer le spectateur et remplir le contrat qu'il a passé avec lui, à savoir lui offrir de vraies scènes de western. A partir de là, les dilemmes moraux doivent être réduit à l'essentiel. Pas de finesse ! Des situations qui provoquent l'action ! Et on enchaîne comme ça jusqu'à une résolution où évidemment l'état de droit ("law and order", comme on dit dans les westerns et, accessoirement, ailleurs) a le dernier mot. Mais quand même, avant le coup de balai de la fin, le film prend le temps de faire en sorte que les pires côtés de l'âme humaine puissent s'en donner à coeur joie. "Tu es capable de tuer pour de l'argent ?", demande la belle au fringuant soupirant. "Oui" dit-il du regard, et il le prouve ! Alors Voyons ça.


black spurs

Après un pique-nique bucolique avec la belle, il décide, je ne sais plus trop pourquoi de se frotter contre LE chasseur de prime le plus méchant du conté, j'ai nommé EL PESCADORE ! (olé !). C'est quitte ou double : soit il se ramasse un pruneau et il rentre la queue entre les jambes, soit il tue la terreur espagnole et alors c'est la grand vie qui commence. El Pescadore, rien que le nom fait hésiter ! Notre héros, évidemment, après un duel hyper caricatural, gagne le cocotier. Cependant, d'après vous, notre héros, qu'est-ce qu'il fait une fois qu'il a tué El Pescadore ? Bien évidemment, il chausse les éperons noirs de El Pescadore. Et voilà, il peut enfourcher sa monture et partir mener sa carrière de chasseur de prime tambour battant. Il va rapidement se faire sa petite réputation de dur à cuire. Pourtant, tout en faisant son boulot pas très réjouissant (mais qui rapporte un maximum) il va petit à petit découvrir que ce n'est pas en chassant les bandits toute la sainte journée qu'on devient véritablement heureux. "Black Spurs", jusque là, aurait pu s'appeler "les confessions d'un chasseur de prime malheureux". Mais, heureusement, le film rebondit et nous offre une nouvelle situation dramatique très réjouissante.


les éperons noirs

En effet, notre chasseur de prime désabusé accepte un boulot pas commun mais sans doute très instructif : il doit faire en sorte qu'une petite ville où règnent l'ordre et la justice devienne une ville de débauche. Pourquoi ? Eh bien pour que cette ville ne soit pas choisie comme ville de tête pour le chemin de fer. Notre héros, avec cette nouvelle mission, reprend du poil de la bête et va faire des heures sup' sans rechigner. Alors, quand on sait s'y prendre, on commence par faire quoi quand on veut amener le vice dans une gentille petite ville ? Hein ? On fait quoi ? Bravo, vous avez deviné, on commence par faire venir une bonne poignée de prostituées. "Lachez les putes !" Pardonnez l'expression, mais... c'est celle qui convient. Et ça marche. Après les putes, les bandits manchots (autre nom des machines à sous), ça va sans dire. De là, tout s'enchaîne : le gibier de potence envahit la ville, la corruption va bon train, les règlements de comptes se multiplient, les maris découchent, etc. etc. Mais il reste une chose à faire de capital pour que ce soit bien le bordel. En ce qui concerne le shérif de la ville, il faut être certain qu'il ne pourra pas faire appliquer la loi. Alors, rien de mieux que de le tuer de la façon la plus humiliante : le goudron et les plumes ! Bon, heureusement, il s'en sort. Mais il est quand même dans un sale état et son amour propre en a pris un mauvais coup. Comment, finalement, voit-on vraiment que la ville est fichue ? Simplement, par un mouvement de caméra tout qui résume tout, pour qui a l'habitude du western : la caméra passe lentement d'un cheval immobile sans cavalier jusqu'à une bouteille de whisky vide, à terre, près d'un cow-boy ivre mort. Tout est dit. Ce coup-ci la ville transpire le vice, on a gagné. Et maintenant, que faire ?
Une autre dimension de "Black Spurs" fait que le film ne s'essouffle jamais. La ville entière ne sait pas pourquoi le célèbre chasseur de prime s'est arrêté dans la ville. Du coup tout le monde a peur. Et là où règne la peur, les comportements les plus lâches ont le dessus. C'est un thème récurant dans le western. On peut notamment penser au fameux "No name on the bullet" ("Une balle signée X", de Jack Arnold 1959, avec Audie Murphie) ; D'ailleurs, le thème du film est parfaitement résumé dans le titre. Dans "Les Eperons noirs", le thème est traité de façon un peu trop caricaturale mais... qu'est-ce que c'est bon ! Les scènes sont biens senties, les acteurs posent un peu mais ils n'ont pas l'air de s'ennuyer. Il faut dire que Rory Calhoun, qui interprète le héros Santee, n'est pas un débutant, loin de là. Malheureusement pour la paix de son âme, il est quasiment oublié. Puisque l'on parle d'acteurs, il ne faut pas manquer DeForest Kelley qui lui aussi est acteur westernien (il n'a pas toujours été médecin à bord de l'Enterprise). On voit fugacement aussi Lon Chaney Jr., et ce n'est quand même pas tous les jours que ça arrive. Les prostituées sont rigolotes. Et parfois les répliques sont carrément stupides, du moins en ce qui concerne la VF. Par exemple, une réplique qui fait rire (malgré elle je crois) : après une nuit de débauche la mère maquerelle ne trouve rien de mieux à dire à ses jolies poulettes que ceci : "vous avez bien travaillé les filles, vous pouvez maintenant aller vous coucher". Moi ça me fait rire, c'est comme ça.


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Sans nul doute, c'est un petit western. On peut facilement trouver cela un peu stupide, bête et méchant, voire inconsistant. Mais moi (et vous peut-être), je trouve ça vraiment réjouissant. En sachant le prendre pour ce qu'il est et en se rendant compte que tout est fait pour que l'on passe un bon moment westernien, on finit par rechercher ce type de westerns qui deviennent de vraies perles. Evidement ce n'est pas le même plaisir qu'un western d'Anthony Mann, loin s'en faut, mais c'est quand même un vrai plaisir, et bienfaisant en plus de ça ; aussi bienfaisante que peut l'être une douce pluie en pleine été.


orribile rene