* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

god told me to

god told me to
Aka: meurtres sous contrôle, demon

god told me to

Un homme qui tire dans la foule sur des badauds sans aucune raison apparente.
Un père de famille qui tue sa femme et sa fille du jour au lendemain.
Un autre quitte son journal et son fauteuil préféré pour aller faire un carton au supermarché du coin.
Un flic qui se met à tirer au hasard lors d'un défilé.
On dirait que le monde ne tourne plus très rond à New-York. Et la police ne fait pas de liens entre tous ces meurtres, si différents.
Pourtant, l'inspecteur Peter Nicholas est sur une piste. Toutes les personnes qui ont perpétré ces actes ont fait une étrange rencontre, un drôle de type, du genre hippie : cheveux longs blonds, tunique, pieds nus. Un certain Bernard Philips.
Et surtout, chacun lui confiera pourquoi il a fait ça : " Dieu me l'a ordonné " !


meurtres sous contrôle

Je ne présenterais plus Larry Cohen, le génie incontestable du B-Movie, réalisateur de nombreuses perles, scénariste génial, dont on a eu loisir de parler ici ou (et ailleurs aussi).
Nous sommes en 1976 et Larry Cohen a déjà réalisé quelques films de blaxploitation, et son premier film d'horreur, "It's Alive".
"God told me to" n'est pas le film le plus connu de sieur Cohen : il s'agit pourtant d'un film phare de sa carrière : bien moins exubérant que le reste de sa filmographie, il se concentre d'avantage sur l'atmosphère, le non-dit.
Dès les premières minutes, on voit que ce film de Cohen ne sera pas comme les autres : il y règne un sérieux inquiétant !
Où est passée la bonne humeur légendaire qui orne ses films ? Où est ce soupçon de cynisme, ce second degré planant tel "Q" sur New York ? Vaporisés !
Mais il laisse place à tout autre chose.


god told me to

Tous les films de Cohen sont de purs films de genre - ce n'est pas une critique dans nos colonnes, bien au contraire : horreur, monstre, polar, blackexploitation, chacun adhère totalement au système de l'exploitation, ne tendant systématiquement que vers une "sous-catégorie".
Pourtant, "Meurtres Sous Contrôle" est à la croisée des genres , et ne verse jamais réellement dans l'un ou l'autre. Il empreinte au polar, au fantastique, à la fable mystique. Il bascule presque dans le film de gangster, dans le film de mystère, dans la science fiction.
Les thèmes abordées sous-tendent beaucoup d'autres thématiques et offre un panorama incroyablement riche : la folie, la responsabilité des actes d'un Homme, Dieu, la croyance d'une façon générale - et bien d'autres.
Notons que New York a encore une place importante ici, et Cohen s'attarde à filmer la ville qui plus que toute autre est la sienne : les gens affairés qui vaquent à leurs occupations, le concert infernal des taxis jaunes, la fourmilière géante - quand le terme "the Big Apple" prend tout son sens.


meurtres sous contrôle

Tout est du coup très dynamique - presque brouillon parfois - mais un brouillon maîtrisé, qui entretient le mystère.
Le montage est nerveux, comme souvent chez Cohen, mais ici s'ajoute un sens du rythme très fin. Ces variations de rythme jouent alors un rôle diégetique,
Mais Larry Cohen prend aussi, à contre pied, le temps de se poser. Le temps de regarder ses personnages, de les montrer.
Il filme des dialogues mais aussi, il filme les silences.
Du coup, toute une partie de l'histoire est conditionnée par ces phases de non-dit que l'acteur principal, Tony Lo Bianco, incarne assez magistralement.
Car il y a bien un héros ici, presqu'un héros de western (mais ça, Orribile René pourrait vous en parler mieux que moi, non ?) : charismatique, fantomatique, énigmatique (et plein d'autres mots en -ique) pourraient caractériser ce personnage.
Etrangement, jamais Larry Cohen ne nous propose de partager les sentiments de cet homme bourru, 'oursesque'. On le suit, on assiste, on essaye de deviner mais l'empathie ne se fait jamais.


god told me to

Caméra à l'épaule, extrêmement volubile, on suit le héros et sa longue descente. Descente vers quoi ? Les enfers ?
Surtout pas : le monsieur est un dévot de la première heure, une sorte de béni oui-oui qui se cherche, en perdition. Il croit sans même savoir pourquoi. Par conviction...
Une longue descente ?
Pas réellement. la plongée se fait en lui, comme une longue quête de soi, tourbillonnant dans les tréfonds de son être. Le vertige est bien pire que la mort : "We do not die of death : we die of vertigo " dit le poète américain.
Finalement, ce qui est important ici, ce n'est pas tant les meurtres ou la prétendue résurrection de Jésus Christ dans les caves de New-York : ce que l'on nous donne à regarder, c'est la quête d'un être qui se cherche, et tout le vertige que cela engendre... Du coup le film ne raconte pas tant par son scénario que par son montage, son rythme, le jeu de l'acteur, et d'un coup... on est presque devant un objet de videaste, et non plus un film.
Pourtant, malgré tout ces qualités, "God told me to" souffre de quelques défauts. La dernière partie s'embourbe dans une métaphysique pas forcément intéressante, l'histoire gagne une complexité qu'elle n'aurait pas forcément méritée, et du coup, la lisibilité générale y perd (du fils et du saint esprit, Amen).
On le lui pardonne aisément. On ne regarde pas "God Told Me To" : on est absorbé.


maht

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