* a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z

climax

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entretien avec frédéric grousset (réalisateur)

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Un couple en crise s'installe dans un appartement qui n'est pas le leur. Un tueur peu loquace, brutal et prisonnier de son pilulier, compte bien finir ce qu'il a commencé. Et bien sûr une victime, qui ne pourra pas remonter la traînée de son sang pour s'en sortir. Mais une réalité difficile à trouver: l'agresseur ne serait-il que l'objet d'une mauvaise fiction? Et celui qui semble avoir le rôle du courageux sauveur malgré lui ne serait-il pas en réalité celui qui...
Une fois n'est pas coutume, en guise de présentation du film "Climax", qu'Artus Films possède dans ses bacs avec plein de bonus époustouflants DONT le premier long métrage de Frédéric Grousset "Aquarium", je vous propose le résultat d'un échange entre nous deux.


entretien avec frédéric grousset (réalisateur)

Orribile René: Tout d'abord, "qui êtes-vous monsieur Frédéric Grousset?"
Frédéric Grousset: J'ai 36 ans et je réalise des courts et long-métrages depuis une dizaine d'années. Je n'ai fait aucunes études dans le domaine audiovisuel. J'ai appris sur le tas, caméra au poing. J'ai commencé par une demi-douzaine de courts métrages avant de réaliser mon premier long métrage en 2004 Aquarium. Comme le film avait reçu pas mal de critiques encourageantes et qu'il est sorti en dvd en France, aux USA et en Angleterre, je suis passé à l'étape suivante : Climax mon second long métrage.
O.R.: Avant l'image, il y a l'écriture du scénario. C'est une chose qui m'intéresse particulièrement. Comment cela s'est-il déroulé ?
F.G.:J'ai écrit une première version du scénario, puis nous l'avons réécrit plusieurs fois avec Marija Nielsen, ma coscénariste sur "Climax" jusqu'à obtenir une version de tournage. Comme nous savions dès le départ que le budget du film serait inexistant, cette contrainte a beaucoup influencé l'écriture. Je trouve cela stimulant car cela oblige à trouver des idées originales. Par exemple, la séquence où le tueur essaye d'entrer dans l'appartement des Barbier. Dans l'une des versions, le tueur allait chercher une hache et s'en servait pour détruire la porte. Je me suis dit que non seulement c'était du déjà vu, mais qu'en plus nous n'aurions ni les moyens ni le temps de tourner une telle séquence. C'est comme ça qu'est venu l'idée des clefs.
O.R.: J'aimerais que l'on parle un peu des personnes qui ont participé à "Climax". Car on a le sentiment que tout le monde a fait un travail vraiment admirable. Qui, par exemple, a fait ces magnifiques plans en synthèse ?
F.G.: Les plans en synthèse ont été réalisés par Fabien Baudier et il a fait un boulot incroyable. Il a recréé une forêt en 2D à partir du plan Google Map du lieu de tournage, puis il a animé les voitures à l'intérieur de ce décor virtuel. Comme Fabien habite à Lyon, on a tout fait à distance. Pour l'anecdote, on s'est vu la première fois, lors de la projection à "L'Etrange Festival" de Lyon, presque un an après le début de notre collaboration. Il y a aussi beaucoup d'effets visuels invisibles dans le film. Un autre technicien, Olivier Delporte, a retouché un nombre important de séquences : le gyrophare de la voiture de police a été intensifié, des résidus de lumières dans les plans en extérieur ont été gommés pour donner l'illusion d'une maison isolé.


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O.R.: Dans "Climax", le primat du sonore sur le parlant est-il venu de lui-même ou bien relève-t-il d'un choix réfléchi de votre part?
F.G.: La quasi absence de dialogues et l'utilisation du son étaient présent dès l'écriture du scénario. Je voulais ainsi me démarquer de mes influences télévisuelles qui sont souvent très bavardes. Le son avait pour moi autant d'importance que l'image voire même plus dans certaines scènes. J'ai même inclus des "gimmicks" sonores comme la sonnerie de portable du personnage principal qui est un hommage à "Predator" ou la sonnerie de portable du tueur qui est un clin d'oeil à "Tetris".
O.R.: Autant dans "Climax" que dans "Aquarium" (j'ai eu l'occasion de voir ces deux films dans l'excellente édition D'Artus Films), il semble assez évident que vous souhaitez faire une place à la télévision (la télé en tant qu'objet, l'écran cathodique). Le contenu télévisuel intervient aussi, mais on peut être frappé par la présence dans ces deux oeuvres de la place que prend l'objet télé. Il me revient aussi comment vous enchaînez deux séquences dans Aquarium: on passe de l'une à l'autre avec l'écran de surveillance qui se brouille (de la même manière que lorsque les programmes télé s'arrêtent dans la nuit). Je me demande alors s'il est s'agit de votre part d'une sorte de fascination par l'objet télé lui-même, au-delà du contenu télévisuel. Je sais que la télé (les séries télé par exemple) vous a beaucoup inspiré. Mais pourquoi voulez-vous filmer l'écran lui-même ?
F.G.: Je n'ai pas de fascination particulière pour l'objet télé (je la regarde d'ailleurs très peu), mais il se trouve que l'on est au quotidien cerné d'écrans de toutes sortes, alors il me semble intéressant de les intégrer à l'image ou de les utiliser dans la narration.
O.R.: J'ai le sentiment que vous aimez surprendre vos personnages dans une situation critique. Les plans (longs) semblent alors devenir des témoins neutres. On peut avoir le sentiment d'assister davantage à l'observation du comportement humain dans une situation critique qu'à une scène d'action proprement dite. Je pense aussi à une scène assez secondaire: lorsque Claire est seule dans l'appartement. Elle feuillette une revue, elle regarde un peu la vidéo des Barbier. Elle reste sur le canapé, immobile. En pensant à cette scène j'ai d'abord pensé au genre italien, la giallo. Je me suis dit: comme d'habitude, elle devrait se préparer pour la nuit (c'est-à-dire se dévêtir ou prendre une douche). Et le méchant aux gants de cuir ne serait autre que son compagnon. L'occasion d'une scène érotique, voyeuse est souvent présente dans le giallo et dans film d'épouvante en général. Parfois d'ailleurs, ce n'est pas si gratuit que cela. Dans "Climax", par contre, j'ai l'impression que parfois vous ne demander pas à votre comédien de "jouer" ou de se "montrer" ni d'ailleurs à brosser le spectateur dans le sens du poil. Le comédien semble libre de faire ce qu'il veut mais, s'il dans une situation d'attente, alors quelque chose d'angoissant surgi. La liberté d'improviser du comédien semble en quelque sorte se retourner contre lui. J'ai un peu le sentiment que le comédien devient comme un animal captif, captif dans un plan de cinéma. Et vous semblez éprouver un malin plaisir à filmer cela (et même en plan fixe). (Pour ma part, j'aimerais que les réalisateurs soient plus sadiques qui ne le sont souvent; leurs oeuvres seraient sûrement meilleures.)
D'où ma double question: avez-vous un rapport plutôt sadique avec le comédien (sadisme de type hitchcockien)? Et, évitez-vous volontairement toute scène érotique?


entretien avec frédéric grousset (réalisateur)

F.G.: Je ne pense pas avoir un rapport sadique avec mes comédiens (à part de les faire tourner systématiquement en hiver par 0°). Cette impression de "sadisme" vient certainement de mon envie de laisser durer les plans pour créer l'illusion du temps réel. En cela, je suis peut être plus sadique avec mes personnages qu'avec les comédiens.
Quand à l'érotisme, il n'avait tout simplement pas sa place dans le film. Une scène de douche aurait par exemple sorti le spectateur de l'ambiance que j'ai essayé de construire. "Climax" n'a jamais été conçu comme un pur film d'exploitation. Le film a dans ce sens un côté déceptif, mais c'est aussi ce que j'aime au cinéma : que l'on déjoue mes attentes.
O.R.: "Climax" est très précis, très écrit. N'aviez-vous pas peur de proposer quelque chose qui ressemble trop à une bonne copie d'élève d'école de cinéma? (Je dis cela juste pour être désagréable, évidemment.)
F.G.: Le film était entièrement storyboardé. Le manque de temps (le film a été tourné en 15jours) et d'argent (un peu moins de 7000 euros de budget) nous a contrait à suivre de très près ce découpage. Sur le tournage, toute l'équipe s'est efforcé de soigner le moindre détail dans les cadrages, de la lumière jusqu'à la déco pour éviter l'aspect cheap des no-budget films. D'ou le côté peut être un peu "scolaire" du film.


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O.R.: Avant que l'on ne se quitte, j'aimerais que vous parliez concrètement d'une scène de Climax dont vous êtes particulièrement fier.
F.G.: L'une des séquences dont je suis le plus fier, c'est le moment où Claire découvre ce qui se passe dans l'appartement de la journaliste et qu'elle retourne dans l'appartement des Barbier. Lorsqu'elle ferme la fenêtre sur David, et qu'elle hésite à lui ouvrir. Je trouve la séquence très réussie en termes de jeu d'acteur, de lumière, de cadrage etc. Et surtout elle illustre parfaitement le but que je voulais atteindre avec ce film: faire passer un maximum d'informations et d'émotions avec un minimum de dialogues et de plans.
O.R.: Je trouve aussi cette séquence très belle. A partir de celle-ci le personnage de David devient véritablement intéressant.
Êtes-vous sur un autre film en ce moment?
F.G.: En ce moment j'écris un nouveau long métrage avec Marija Nielsen la coscénariste de "Climax". C'est un film qui tourne autour du thème classique de la vengeance, mais traité de façon peu conventionnelle. Comme l'écriture risque de prendre du temps, je vais certainement tourner un court métrage avant, histoire de ne pas perdre la main.


orribile rene

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