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last life in the universe

last life in the universe
Aka: ruang rak noi nid mahasan, chikyû de saigo no futari

last life in the universe

Kenji (Tadanobu Asano) est un bibliothécaire japonais expatrié à Bangkok en Thaïlande, il est plutôt ordonné et carré dans sa vie, et commence à avoir des tendances suicidaires prononcées. D'un autre côté il y a Noi (Sinitta Boonyasak) une prostituée, désordonnée et impertinente, qui n'a plus rien à perdre dans la vie, et qui habite sur la plage près de Pattaya, dans une maison à l'intérieur mal rangé et totalement bordélique. Mais ces deux personnages que tout éloigne l'un de l'autre, vont se rencontrer par le plus grand des hasards. Tout va alors commencer lors d'une soirée lugubre, une soirée où après une dispute, Noi tue sa soeur Nid par inadvertance lors d'un accident de voiture, et où elle va faire la rencontre fortuite de Kenji qui vient d'abattre le Yakusa qui a assassiné froidement son frère dans son propre appartement. Noi, complètement dépressive, va alors décider d'héberger Kenji, complètement suicidaire. Ils vont donc finir par s'attacher l'un à l'autre et c'est alors que malgré les apparences leur vie va prendre un tout autre sens...


ruang rak noi nid mahasan

"Last Life in the Universe" nous plonge littéralement dans une ambiance tantôt sombre tantôt burlesque, frôlant parfois l'humour noir. Il est par exemple difficile de savoir sous quel angle apprécier les différentes tentatives de suicides de Kenji tout au long de l'histoire, ou encore lorsque les Yakuzas trouvent un intrus dans l'appartement. D'ailleurs Asano Tadanobu ("Ichii the Killer"...) interprète ici son rôle à merveille ! Il donne l'impression d'être totalement paumé dans la vie et de ne pas savoir où il va... il reste stoïque et Zen, face à des événements qui perturberaient la plupart des gens normalement constitués, comme lorsque Noi se présente en sous-vêtements devant lui, ou encore lorsque que son frère se prend une balle en pleine tête dans son appartement. Quant à Sinitta Boonyasak, dans le rôle de Noi, elle est tout l'inverse de lui ! On assiste alors à une véritable vie de couple entre ces deux personnages, mais sous un aspect totalement ambigu. En effet, il n'y a aucune relation charnelle entre eux, mais ils vivent sous le même toit, en parfaite harmonie, dans cette maison bordélique, où le temps passe lentement, très lentement, suffisamment pour que les deux protagonistes puissent passer leur temps à cogiter sur leur sort, et la morosité de leur vie... et où l'espoir finalement renaît en chacun d'eux... l'espoir d'un avenir moins sordide. Un peu comme si chacun d'entre eux trouvait en l'autre la force dont il a besoin.


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Ce qui frappe d'emblée est le côté esthétique du film et son atmosphère contemplative. Car Pen-Ek Ratanaruang a ici mis l'accent sur le sens et l'impact des images, en faisant intervenir David Doyle à la photographie. Ainsi il réussit à transmettre avec efficacité par des plans larges, bien cadrés et des poses lentes, la mélancolie ambiante et le spleen évident des deux protagonistes. Les scènes dans la maison en sont d'ailleurs l'exemple le plus flagrant, dans une atmosphère presque humide et lourde par moment. A cela ajoutons un goût très prononcé pour l'esthétisme... ainsi le choix des couleurs et des décors font par moment de ce film une véritable oeuvre d'art. On finit par rester littéralement scotché et se perdre dans les méandres des images, en même temps que les personnages se perdent corps et âmes dans des discussions et des remises en question d'ordre philosophique ! Oui, nous sommes tellement transportés par les images qu'on en arrive presque à se demander où est le rationnel et l'irrationnel, comme pour la scène où le ménage est fait dans la maison par enchantement... Oui, on voudrait finalement croire à cette scène complètement irrationnelle, tout comme nos personnages veulent croire en une vertu cachée du suicide et finissent finalement par reprendre conscience. Les musiques quant à elles, sont enivrantes et langoureuses, elles reflètent tout à fait l'état d'esprit des personnages et collent parfaitement avec l'enchaînement des situations et l'ensemble.


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Il est aussi important de souligner l'aspect linguistique des dialogues dans ce film, et c'est d'ailleurs là que la version originale revêt toute son importance ! En effet il est intéressant de voir sous quel angle "Last Life in the Universe" aborde le côté relationnel qu'il peut y avoir entre deux personnes qui ne parlent pas la même langue, et dont la langue de communication est parfois une langue qui est étrangère aux deux. En communiquant en l'occurrence dans un anglais "amoché" par le couple, puis dans un thaïlandais plutôt "basique" pour Kenji, et enfin dans un japonais plutôt "rudimentaire" pour Noi. Et tout cela vient ajouter du poids à l'ambiguïté des relations entre nos deux personnages, ainsi qu'à leur développement personnel au fil de ce scénario plus que bien ficelé... se comprennent-ils réellement l'un et l'autre ? Où est-ce que chacun d'entres eux ne veut-t-il pas entendre et comprendre uniquement ce qu'il veut. Disons simplement que le développement des personnages est totalement inattendu et laisse entrevoir un final qui vous fait cogiter des heures après la fin. Niveau acteurs, en plus des deux excellents Asano Tadanobu et Sinitta Boonyasak, il y a aussi la performance extra de Takashi Miike en personne dans le rôle du Boss Yakusa (tient quel hasard...). Notons aussi l'apparition brève mais bienvenue de Riki Takeuchi ("Dead or alive", "Fudô"...) dans le rôle du Yakusa qui assassine le frère de Kenji.


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Décidemment Pen-Ek Ratanaruang fait bel et bien partie des meilleurs, avec "Last Life in the Universe", il confirme son talent et arrive à montrer qu'il se démarque du lot par son style, et son scénario inhabituel, particulièrement bien monté. A un tel point que même une critique ne suffirait pas à en donner un aperçu exact. Il faut donc le voir pour s'en faire une idée. Parfois tragique, parfois comique, frôlant l'humour noir, ce film est un film réfléchi qui ne laisse pas de place au hasard dans la mise en scène. Ainsi on ne se lassera pas de le voir et de le revoir pour son histoire profonde, pour ses magnifiques images, pour ses musiques ou son atmosphère étrange. Enfin "Last Life in the Universe" vous plongera totalement dans son ambiance si particulière, faite à la fois de doute, de mélancolie, de spleen, et d'espoir, un peu à la manière d'un rêve étrange où lors du réveil, on finit par se demander s'il fallait avoir peur ou non.
Voilà, Pen-Ek Ratanaruang joue vraiment dans la cour des grands et nous offre donc un véritable ovni cinématographique thaïlandais dont lui seul a le secret ("Ruang Talok 69"...) à voir absolument.


benhoa

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